Covid-19 : bêtise humaine, stress, reconnaissance, le quotidien des caissiers ?

Rédigé par: Julie Delcourt
Date de publication: 25 mars 2020

Confinement. Les journées s’enchaînent et se ressemblent. Si certains, cloisonnés, perdent la notion du temps et confondent les jours, d’autres continuent à travailler pour faire tourner la société. Médecins, infirmiers, livreurs, caissiers, etc. Chaque jour compte pour ces métiers de première ligne, constamment exposés au virus et au risque d’être contaminé. Grégoire, 25 ans, est étudiant en dernière année de journalisme à l’UCLouvain et travaille en tant que jobiste dans un Carrefour Market depuis plus de trois ans.

caissier

Les mesures restrictives mises en place par le Gouvernement ont profondément bouleversé le quotidien de ce jeune étudiant. Outre l’annulation de ses cours et le report de ses examens, il est contraint d’exercer son travail de jobiste dans des conditions exceptionnelles, qui jusqu’alors lui étaient inconnues. « Du jour au lendemain on s'est retrouvé avec un vigile pour limiter le nombre de gens présents dans le magasin, et donc aussi avec une file de gens dehors. Le pire c’était le matin avant le confinement officiel. »

Si l’atmosphère anxiogène est relativement supportable c’est surtout la « bêtise humaine » des premiers jours du confinement qui a interpellé Grégoire et l’a révolté : « On a des rayons qui sont vides depuis 15 jours et dès qu'on les remplit, il faut maximum deux heures pour qu'ils soient vides. On est obligé de limiter le papier toilette à un paquet par famille pour qu'un maximum de gens puissent en avoir », confie-t-il. « C'est assez hallucinant ! Depuis le début on précise bien qu'il n'y a aucun problème d'approvisionnement. Chez nous, les camions passent livrer plusieurs fois par semaine et la mise en rayon se fait dès que le camion est déchargé. »

Actuellement, les clients dans le magasin sont moins nombreux. Ils font de plus gros chariots, en vue de provisions. Une attitude qui annonce inéluctablement la baisse de la demande au court terme et du chiffre d’affaires de l’enseigne. « On risque de subir l'effet inverse maintenant que les gens ont fait des réserves et qu'ils n'osent plus trop sortir », constate Grégoire.

Entre sécurité et insécurité 

En ce qui concerne la sécurité sanitaire, plusieurs mesures ont été prises chez Carrefour : des vitres ont été installées devant les caisses et des bandes ont été collées au sol pour respecter la distance de sécurité. Les caissiers portent des gants et ont tous à leur disposition une bouteille de gel hydroalcoolique.

« C’est le strict minimum, mais en toute honnêteté je ne me sens pas plus en sécurité qu’avant », assène le jobiste. « On sait que c'est un virus contagieux. Si on voulait être totalement protégé, il faudrait fermer. Mais comme pour les hôpitaux ou certains autres secteurs, c'est impossible. »

Le sentiment d’insécurité reste palpable et le stress inévitable. Grégoire a toutefois fait le choix de continuer à travailler dans ces conditions qui ne lui garantissent ni prime, ni augmentation salariale. En revanche, cette situation lui a apporté de la reconnaissance. « Habituellement, caissier dans un supermarché, c'est un boulot méprisé par les gens. Mais avec le contexte actuel, ils ont conscience qu'on prend des risques pour eux, comme le font les policiers, les médecins ou les infirmières. Ce n’est pas beaucoup, mais un simple ‘merci et bon courage’, cela donne l'impression de faire quelque chose de bien et d’aider », conclut-il.