Créer son propre job, une issue de secours ?

Les difficultés d’accès à un travail salarié et « l’héroïsation » de la figure de l’entrepreneur poussent de plus en plus de chômeurs à lancer leur propre activité. En Belgique, ils peuvent développer leur projet dans le cadre sécurisant des coopératives d'emploi. Entre accompagnement, gestion et réseautage, ils ont dix-huit mois pour gagner leur autonomie. Une forme d'activation efficace ?

On est encore un ovni, s’amuse Joël Beeckman, quand il présente JobYourself, coopérative d’activité bruxelloise, cogérée par Bruxelles-Émergence et Debuut. Élu, et non nommé, ce PDG coordonne une entreprise où tout le monde est à la fois patron et salarié. JobYourself est née en 2010. Dans un mouvement qui rassemble, en Belgique, environ onze coopératives d’activités (cinq en Wallonie et deux à Bruxelles), Job Yourself est la plus importante, avec deux cents membres actifs.

Le principe consiste à pouvoir lancer son activité en évitant les écueils du marché du travail : créer sa propre entreprise et en supporter tous les risques ou être salarié, mais inscrit dans un lien de subordination vis-à-vis de son employeur. La coopérative permet aux chercheurs d’emploi de se redonner du droit, de s’émanciper activement, tout en bénéficiant utilement de la protection sociale, développe Joël Beeckman. L’idée est d’offrir un cadre sécurisant à ceux qui veulent se lancer, qu’ils soient artisans, informaticiens, jardiniers, psychologues, graphistes ou prestataires de services aux personnes et aux entreprises. Seule condition : disposer de l’accès à la profession.

Chacun peut tester son projet sur le marché durant dix-huit mois maximum, par une mise à disposition du numéro de TVA et d’entreprise de la coopérative d’activités. Pendant sa période d’incubation, chaque entrepreneur-salarié conserve ses allocations sociales. La coopérative lui accorde le statut de chômeur mis au travail, explique Joël Beeckman. Facturées à la clientèle par la coopérative, les prestations des candidats-entrepreneurs sont versées sur un compte professionnel, ce qui leur permet de sortir de la coopérative avec un capital client et un chiffre d’affaires déjà acquis.

Durant la phase d’encadrement, les services de JobYourself sont gratuits. Cependant, dès que l’entrepreneur entre dans une phase de facturation, il participe aux frais de fonctionnement de la structure par une contribution de 10 % sur la marge brute des facturations. La coopérative d’activité gère non seulement la comptabilité des candidats-entrepreneurs, mais elle leur offre aussi des formations, des conseils collectifs et individuels, un bilan de compétences, une réorientation dynamique et des cours de gestion de base. C’est une forme d’activation qui porte une alternative. Face à l’individualisation du rapport au travail, cela permet de recréer du collectif, de penser une mise en commun de l’entreprise elle-même, assure Joël Beeckman.

En pratique

Comment créer sa propre activité, sans risques, quand on dispose de peu de moyens ? Céline Delmelle, coiffeuse, fait partie des candidats qui ont créé leur emploi à travers la coopérative d’activités JobYourself. J'ai été séduite par ce concept qui permet de se développer sans connaître l'isolement du jeune entrepreneur. Elle m'offre un hébergement comptable et fiscal, le temps de tester la viabilité de l'activité, et je bénéficie d'un accompagnement à la carte et du foisonnement du réseau des entrepreneurs membres de la coopérative. Pendant dix-huit mois, le projet d’activité de Céline a été totalement sécurisé : elle a perçu toutes ses allocations de chômage et a été coachée de manière à dégager un chiffre d’affaires suffisant pour vivre de sa propre activité. La coopérative offre un contexte chaleureux et motivant. On nous apprend à développer notre réseau, à travailler la gestion et à générer nos propres revenus. C’est aussi un lieu de rencontres : régulièrement, les candidats échangent leurs expériences au sein de groupes de soutien. Indépendante depuis un an et demi, Céline a ouvert son salon de coiffure et de bien-être à Woluwe-Saint-Lambert. À terme, j’aimerais créer ma propre gamme de produits capillaires biologiques.

L'avis de Références

Les +

D'un point de vue sociétal, la formule est en rupture avec les schémas d'assistance sociale classique : elle constitue une véritable activation positive du chercheur d’emploi. Les coopératives d'emploi facilitent l’accès de tous à l’entrepreneuriat, y compris les plus fragilisés. Du point de vue du chercheur d’emploi, les avantages sont multiples : il peut commencer à facturer immédiatement, sans atteindre forcément la rentabilité. Enfin, le chercheur d’emploi n’est en fait plus… un chercheur d’emploi qui se démotive à force de réponses négatives. Il est créateur d’activités et se fait connaître comme tel. Mais le système d’accompagnement en coopérative d’activité n’a pas comme unique but d’aider les gens à créer leur entreprise ou à devenir indépendants. Pour 33 %, l’expérience débouche sur un travail salarié. Pour le tiers restant, sur une réorientation professionnelle.

Les –

Si créer sa propre affaire offre de nombreux avantages, la gérer au quotidien implique des responsabilités, des formalités administratives et plusieurs risques financiers. Par exemple, le régime indépendant ne comprend pas d'assurances « chômage » ou « accident de travail ». Le travailleur indépendant a toutefois droit à une protection sociale de base. Pour cela, il doit s'affilier dans les nonante jours qui suivent le début de son activité à une caisse d'assurances sociales à laquelle il paiera des cotisations. Malgré des revenus très fluctuants, surtout en période de crise, l'emploi indépendant ne cesse de progresser en Belgique. Le nombre de personnes ayant démarré une activité d'indépendant a augmenté de quelque 4 % en 2012. En 2011, on a comptabilisé 89 722 nouveaux indépendants (contre 85 032 en 2010), dont 56 601 à titre principal, 31 240 à titre complémentaire et 1 879 actifs après l'âge de la pension.

Rafal Naczyk

 

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