Deloitte ouvre son « université » à Bruxelles

Après le succès de sa première université d’entreprise, située à Westlake, Texas, aux États-Unis, Deloitte vient d’inaugurer une Deloitte University pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique à La Hulpe. Rencontre avec Barry Salzberg, Global CEO de Deloitte.

Il y a quelques années, les spécialistes s’accordaient sur les mérites des formations MBA, trois lettres aux vertus magiques, que les recruteurs étaient censés s’arracher. Ce refrain a singulièrement changé. Conférences, séminaires, coaching, action learning... La formation des dirigeants et des hauts potentiels est aujourd’hui assurée par un nombre croissant d’universités d’entreprise. À l’échelle mondiale, elles seraient aujourd’hui 4 000. Sur le seul territoire américain, leur nombre a doublé entre 1997 et 2007, passant de 1 000 à 2 000. Leurs objectifs : transmettre les savoirs, former en continu, pousser à la spécialisation… sous une même bannière corporate. Lancée il y a deux ans, à Westlake, au Texas, la Deloitte University a déjà accueilli plus de 50 000 participants en provenance de plus de 70 pays. Désormais, c’est au sein de la nouvelle Deloitte University EMEA, située en bordure de la Forêt de Soigne, que les managers du cabinet pourront se former. C’est essentiel pour le networking, mais aussi pour créer une culture commune. Le fait d’être ensemble toujours au même endroit permet de construire une identité, un esprit, précise Barry Salzberg, le big boss mondial de Deloitte Touche Tohmatsu Limited.

Vous venez d’inaugurer votre nouvelle Deloitte University à quelques kilomètres de Bruxelles. Pourquoi avoir porté votre choix porté sur Le Dolce à La Hulpe ?

Nous souhaitions trouver un lieu qui ait à la fois un cachet international, qui soit susceptible de minimiser les trajets, et qui soit suffisamment « prestigieux » pour refléter notre marque. Bruxelles s’est imposée comme endroit de prédilection : le lieu est central en Europe, facile d’accès. C’est aussi une ville cosmopolite avec une diversité de cultures, de styles et de nationalités. La Hulpe est un endroit facile d’accès pour les visiteurs venant de toute l’Europe et d’ailleurs, notamment par les lignes ferroviaires. Ce qui limite nos émissions de CO2. Et puis, quoi de plus inspirant qu’un site au milieu des bois !

Dès l’entrée, une multitude de détails renvoient à l’iconographie de Deloitte. Pourquoi allier l’expérience de marque à la formation ?

Nous ne sommes pas propriétaires du lieu et, en ce moment, nous le partageons avec d’autres clients. Mais en tant qu’occupant principal, nous avons délibérément souhaité donner un cachet « maison » à cet endroit. Les symboles, les logos, les couleurs bleue et verte, ce sont nos emblèmes. C’est essentiel pour créer un esprit d’appartenance au groupe, à notre communauté. Cette année, l’université EMEA va accueillir 10 000 personnes. D’ici deux ans, nous souhaitons en accueillir 30 000. Et il est fort probable que d’ici cinq ans, nous renégociions notre contrat avec les propriétaires pour en faire un lieu exclusivement estampillé Deloitte.

Il y a deux ans, vous avez ouvert votre première « université » au Texas. Quel bilan tirez-vous de cette expérience ?

En fait, l’idée remonte à 2007. À cette époque, nous nous interrogions sur la meilleure manière d’intégrer la formation et le développement dans l’ADN de Deloitte. Nous ne voulions pas seulement que cet engagement marque l’esprit de nos collaborateurs, mais qu’il se concrétise par une stratégie de développement personnel à long terme, qu’il augmente les relations entre nos collaborateurs, qu’il améliore leur sentiment d’appartenance au groupe et qu’il relance la qualité de nos formations. Après avoir analysé une multitude de possibilités, nous avons conclu que le meilleur moyen était de rassembler tout le monde au même endroit, sous une bannière commune. Aujourd’hui, la Deloitte University de Westlake a déjà accueilli plus de 50 000 participants en provenance de plus de 70 pays. Mais cela ne nous a pas empêchés de réajuster tout le curriculum pour améliorer notre méthodologie d’enseignement. On passe d’un modèle de cours ex cathedra – Sages on stages, dans le texte, NDLR – à un mode d’enseignement interactif, fait de jeux de rôles, de simulations, de trainings participatifs. C’est un succès énorme auprès des salariés.

Vous avez investi 300 millions de dollars dans ce projet, en plein cœur de la crise des subprimes. Pourquoi avoir choisi la brique plutôt que d’investir à moindres frais dans l’e-learning ?

Nous nous sommes vraiment posé la question. On dit que les nouvelles générations sont plus portées sur l’enseignement virtualisé. Mais après avoir sondé notre personnel, nous avons conclu que l’e-learning ne répondait pas à tous leurs besoins. L’enseignement virtuel est excellent pour se former aux dimensions techniques, ainsi que pour les matières qui demandent beaucoup de mémorisation. Il n’empêche que les gens continuent à avoir besoin de contacts et d’échanges réels. Ils veulent apprendre au travers d’expériences d’autres personnes. Et pas seuls, derrière un clavier. Dans le match des clics contre la brique, il m’a fallu deux ans pour faire gagner la brique.

En quoi votre université EMEA sera-t-elle différente ?

Elle sera assez semblable à celle des États-Unis, dans la mesure où notre objectif est d’offrir un programme d’études commun. Le fait de mutualiser les formations pour les 28 pays de la zone EMEA, c’est déjà un premier pas. Nous travaillerons surtout sur les soft skills, les negociation skills, le high impact leadership… Nos managers recevront également des formations spécifiques sur les secteurs (banque, informatique, industrie…). Nous les préparions déjà à cela mais pas de manière systématique. À côté de cet enseignement, il y aura aussi des cours développés localement, pour chaque région, car la culture, les mœurs et les pratiques sont différentes. Il aura fallu trois ans pour concevoir le contenu de ce programme. Au final, nous démarrons avec un panel de 68 cours différents, mais à terme, notre ambition est de multiplier l’offre à 300 cours.

Avez-vous développé des partenariats avec des universités locales ?

Notre idée est de créer une communauté, un hub d’universités corporate et académiques, pour s’échanger des cours ou de bonnes pratiques. Rien qu’en Belgique, nous recrutons 300 jeunes diplômés chaque année. Les relations avec les universités sont donc primordiales. Mais au sein même de la Deloitte University, les cours seront donnés essentiellement par les partners du cabinet. Et, pour certains sujets qui demandent une expertise particulière, les clients aussi seront impliqués. Ils pourront évoquer des cas concrets sur lesquels nos collaborateurs seront amenés à travailler.

 

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