Deux jeunes infirmières racontent leurs premiers mois de boulot

GHdC

Claire et Adeline étaient encore étudiantes il y a moins de deux ans. Aujourd’hui infirmières diplômées et salariées, elles nous racontent, sous prénoms d’emprunt pour des raisons de confidentialité, leurs premiers mois dans la pratique des soins infirmiers.

J’ai donné ma démission il y a quelques jours à peine », entame paradoxalement Claire, qui a commencé à travailler en hôpital dès la fin de ses études. « Mais ce n’est certainement pas par déception ou par rejet de mon boulot. J’ai tout simplement trouvé dans l’intervalle un job situé quasiment en face de chez moi… »

Il ressort d’emblée de ces propos quelques enseignements dans lesquels nombre de jeunes diplômé(e)s issu(e)s d’un bachelier d’infirmier responsable de soins généraux (le nouveau nom du bachelier en soins infirmiers, désormais décliné en quatre ans) se reconnaîtront aisément : la certitude de trouver rapidement un emploi, la faculté d’en changer relativement aisément vu la pénurie de profils, mais aussi un véritable amour du métier.

« J’ai adoré travailler en bloc opératoire », poursuit Claire. « Même si les contacts humains sont réduits par la force des choses, on y reçoit rapidement des responsabilités : on prépare le patient, on le surveille, on participe à l’intervention. J’aimais franchement bien ce que je faisais. »

Des horaires compliqués

Le propos est identique chez Adeline, qui s’est spécialisée quant à elle pendant une année supplémentaire en santé mentale et psychiatrie. « J’ai rejoint dès la fin de mes études une équipe mobile de soins psychiatriques et santé mentale de crise. Nous intervenons quand un patient traverse une période difficile, à la suite d’un deuil ou d’un divorce compliqué, par exemple, et se retrouve dans une situation de grande fragilité. On vit de vrais moments d’échanges, souvent d’une grande richesse, et je ne suis jamais aussi heureuse que quand j’ai finalement permis à la personne de retrouver ses forces, ses ressources. »

Si le critère n’a apparemment pas été déterminant dans son choix de se tourner vers cette spécialisation, Adeline reconnaît aussi certains avantages matériels à son travail actuel : les horaires sont fixes, en journée, contrairement à ce qui se passe le plus souvent en milieu hospitalier, et son travail l’autorise à consacrer beaucoup de temps aux patients. « Je les rencontre à leur domicile et je travaille en grande autonomie, au sein d’une équipe où les liens sont très forts », assure-t-elle.

La rémunération ? Claire comme Adeline ne refuseraient évidemment pas une revalorisation mais, peut-être parce qu’elles sont en début de carrière, ne se sentent pas flouées sur ce plan. « Il y a d’autres manières d’éventuellement compléter son salaire, par le biais de soins à domicile lorsqu’on travaille en hôpital », précise Claire. « En ce qui me concerne, ce n’est pas la rémunération qui aurait été susceptible de me poser problème, mais plutôt la gestion d’horaires assez contraignants : ils varient souvent même s’ils sont planifiés, comportent du travail de nuit, et c’est probablement ce qui justifie le fait que le personnel infirmier se sent parfois épuisé après quelques années à ce rythme. »

Priorité à l’humain

La gestion des horaires constitue d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles Claire a tout récemment décidé de se réorienter. « Je vais travailler dans une maison de repos, à horaires fixes, et sans même devoir prendre ma voiture pour me rendre au boulot », se réjouit-elle. « Surtout, je suis impatiente à l’idée de pouvoir apporter des soins à des personnes âgées, de pouvoir discuter avec elles, ce que je trouve à la fois très enrichissant et apaisant. Ce sera évidemment très différent des gestes beaucoup plus techniques que j’étais amenée à poser en bloc opératoire, un environnement hyper technologique : je vais retourner aux pansements, aux toilettes, et ce côté humain de la profession m’intéresse fortement. »

De quelles qualités faut-il dès lors faire preuve si l’on ambitionne de se lancer dans une telle profession ? « J’avais pris la peine de me renseigner longuement au Siep (Service d’information sur les études et les professions – NDLR) avant de me décider à choisir ces études », expose Adeline. « Je voulais me conforter dans mon choix de concilier le médical et le social, et je me suis donc finalement pleinement retrouvée dans les études d’infirmière. D’autant que celles-ci comportent plein de stages, qui permettent quant à eux de déterminer en pleine connaissance de cause ce que l’on souhaite faire ou pas, de choisir l’éventuelle spécialisation vers laquelle on souhaite se diriger. »

Claire complète par ces mots : « C’est une vocation. J’ai baigné dans ce milieu avec un papa kiné et une mère aide-soignante, et j’étais même passionnée par les séries en milieu hospitalier à la télé. C’est surtout un métier qui a du sens, où l’on se sent vraiment utile, où l’on reçoit de la reconnaissance de la part des patients », assure-t-elle. « Il faut certes s’accrocher pendant les études, parce que ce n’est tout de même pas toujours facile. J’ai personnellement fait des stages en période de covid, et ce n’était franchement pas évident. Il faut donc bien réfléchir avant de se lancer, être bien certain que c’est ce qu’on veut faire. Et ensuite, il y a vraiment beaucoup de satisfaction à la clé. »

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