Diplômes d'ingénieurs, le bon calcul

Une insertion rapide, des offres de postes dans de nombreux secteurs d’activité, des salaires attractifs : le marché de l’emploi raffole des ingénieurs. Leur principal atout ? Leur esprit orienté « solutions ».

Les ingénieurs seraient-ils l’heureuse exception au chômage, y compris chez les jeunes ? À peine sortis d’école, la plupart des quelque 1 224 diplômés annuels en Fédération Wallonie-Bruxelles trouvent un emploi. Très rapidement. Le taux de chômage de la profession s’établit autour de 3,5 %, soit près de 7 points de moins que la moyenne nationale. Seulement, l’offre ne rejoint pas la demande. Les entreprises peinent à trouver des profils techniques de haut niveau : des ingénieurs civils, industriels et bacheliers techniques. La pénurie est telle, qu’elles sont de plus en plus souvent amenées à les rechercher à l’étranger.

Actuellement, quelque 5 000 postes d’ingénieurs sont à pourvoir en Belgique. Notre pays est toujours confronté à un manque structurel d’ingénieurs. Un cinquième des postes vacants n’est jamais comblé. Cette pénurie va se maintenir, confie Kathleen Dupont, directrice générale chez USG Innotiv Engineering. Parmi les postes vacants enregistrés en 2012, seul un tiers a trouvé preneur, indique le baromètre 2013 réalisé par ce cabinet de recrutement. Il existe d'ailleurs un fossé entre les compétences des demandeurs d'emploi et celles attendues par l'entreprise. Selon les entreprises, la plupart des candidats qui postulent ne disposent pas des compétences techniques et professionnelles souhaitées.

Il n’empêche. Si la tendance au recrutement est globalement favorable, on observe cependant des variations selon les métiers et les fonctions. Certains secteurs, comme l’informatique et la construction, manquent notoirement d’ingénieurs. L’industrie, l’aéronautique, l’énergie, le secteur électronique et le ferroviaire éprouvent également de forts besoins. Dans les usines, il y a un manque récurent d’ingénieurs de maintenance, observe Denis Daviliuc, Executive Manager du département Engineering et Supply Chain chez Michael Page. L’industrie aéronautique, elle aussi, a des besoins très affirmés. Certains prestataires du groupe Airbus recrutent avec une visibilité à plus de dix ans sur leur carnet de commandes.

Nouvelle tendance dans ces secteurs : les métiers de process engineering et de quality management se rapprochent. Toutes les entreprises cherchent à optimiser les process pour réduire le coût, mais en préservant un niveau de qualité aigu. Les ingénieurs qui allient ces doubles compétences présentent un sérieux atout, sourit Denis Daviliuc. Pas de nouveaux métiers en vue donc, mais une montée en compétences. Autres secteurs porteurs : l’agroalimentaire et la chimie. De même que la fonction d’ingénieur hygiène sécurité environnement, où les diplômés sont moins nombreux que les postes. Les grandes sociétés ont l’obligation d’avoir un conseiller en sécurité de niveau 1. Pour gérer les problématiques légales liées aux rejets de gaz ou au traitement d’effluents, pointe Denis Daviliuc. D’où, l’urgence pour certaines de recruter ces profils. Mais son rôle n’est pas cantonné aux seules filières techniques. D’autres secteurs d’activité, comme la finance, l’audit et le conseil se montrent également très porteurs. Ces sociétés recherchent des candidats qui allient des capacités de communication, de management et de négociation avec beaucoup d’expertise technique et commerciale, explique Kathleen Dupont.

Et d’insister : Quel que soit le nombre d’ingénieurs sur le marché du travail, nous ne pouvons pas imaginer notre société sans technologie. Les nouveaux développements font partie de notre quotidien. Inventer de nouveaux matériaux et énergies, organiser des systèmes de transports, construire la voiture du futur, faire communiquer les objets entre eux… Nous avons besoin d’ingénieurs pour faire face à ce flux constant d’innovation. Ils déterminent ainsi la prospérité d’un pays car, par ses innovations, chaque ingénieur est à l’origine de cinq à dix nouveaux emplois, constate Kathleen Dupont. Face à ces constats, USG Innotiv Engineering plaide pour que les entreprises fassent des compromis et misent sur le potentiel des candidats en les formant, plutôt qu’en s’abstenant de les recruter.

rnk

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