Diplôme universitaire : un salaire à géométrie variable

Publié : mercredi 21 octobre 2015

Le diplôme universitaire continue de garantir les meilleurs revenus, mais les différences entre filières restent très marquées. Par ailleurs, les employeurs semblent prêter une attention toujours plus grande aux compétences et à  la capacité d’évolution : le déterminisme est donc loin d’être total.

Le diplôme universitaire permet d’accéder aux meilleurs salaires : telle est sans surprise la tendance lourde qui continue de se dégager de notre enquête, à  l'instar des années précédentes. Par rapport à  celles et ceux qui n'ont pas de diplôme, la plus-value moyenne du master universitaire, comme mentionné dans notre tableau, est de 48 %. La différence est sensible également entre les universitaires et les diplômés de l’enseignement supérieur de type long (hautes écoles), ces seconds étant globalement moins bien payés que les premiers. De même, notre enquête révèle que si les plus hauts salaires sont réservés aux masters académiques, ceux qui sont « seulement » bacheliers universitaires gagnent tout de même plus que les bacheliers professionnels : ces derniers bénéficient d'un gain salarial de 25,5 % par rapport aux non-diplômés, alors que le gain s'élève à  34,6 % pour les bacheliers universitaires.

Impact sur le salaire de départ

Le niveau d’études reste donc déterminant dans le salaire. Cela reste particulièrement vrai dans le secteur public qui applique un système barémique, mais la logique vaut aussi pour le gros du secteur privé. Ainsi, si un ingénieur industriel (enseignement supérieur de type long) peut compter sur un salaire de départ de quelque 2 584 € brut, un ingénieur diplômé de l’université bénéficie d’un salaire de départ moyen de 2 849 € brut. Mais les spécialistes constatent aussi que ces différences ont tendance à  s’estomper au fil de la carrière, comme le relève Bert De Greve, spécialiste du département Comp & Ben (rémunérations et avantages sociaux) chez Hudson Belgium. Si un ingénieur industriel est toujours au départ moins bien payé qu’un ingénieur civil, ces différences peuvent rapidement s’estomper. Nous déterminons d’ailleurs avec certains de nos clients un plan d’augmentation concrète sur les trois premières années pour les salariés qui atteignent les objectifs demandés. Au bout du compte, cela signifie qu’après trois ans, dans une fonction similaire, le salaire d’un ingénieur civil et d’un ingénieur industriel sera très proche. Le mérite et la compétence semblent donc, dans certains secteurs, annuler au fur et à  mesure la préférence salariale accordée aux diplômes universitaires.

Pauvres diplômés en « ie »

Les chiffres confirment par ailleurs la grande disparité qui existe entre les filières universitaires d’un point de vue salarial. Médecins, pharmaciens et ingénieurs restent toujours les mieux lotis. En bas de l’échelle, on trouve les fameux diplômés en « ie » – psychologie, philologie, philosophie, archéologie, pédagogie, etc. –, avec des salaires de départ compris entre 2 000 € à  2 260 € brut... et généralement peu d’avantages extralégaux. Ces universitaires démentent donc la règle générale qui veut que le master académique « rapporte » nécessairement plus que les autres diplômes : leur salaire de départ est ainsi inférieur à  celui d’un diplômé de l’enseignement supérieur en construction – le plus lucratif des diplômes de ce type avec quelque 2 280 € brut pour un premier salaire. Les spécialistes observent néanmoins aujourd’hui la fin d’un déterminisme strict entre diplôme et salaire. Aujourd’hui les compétences et la technicité sont de plus en plus importantes et c’est cela que recherchent avant tout les employeurs, explique Bert De Greve. Des compétences qui s’acquièrent non seulement par le diplôme, mais aussi sur le terrain et grâce à  la formation continue. Pour les diplômés, les dés sont donc jetés... mais rien n’est jamais joué.

Julie Luong

Premier salaire : les attentes des jeunes diplômés

Avant, on fêtait sa première fiche de paie. Aujourd’hui, elle aurait plutôt tendance à  décontenancer des jeunes qui espéraient un peu mieux après tant d’efforts...

Un salaire « dans la moyenne »

Certains étudiants, comme ceux qui viennent des sciences de gestion, ont une idée très précise des salaires qu’ils peuvent espérer pour un premier emploi, notamment parce que beaucoup d’entre eux ont été approchés par des employeurs au cours de leurs études. C’est moins vrai pour d’autres filières, d’autant que les offres d’emploi sont souvent peu explicites sur ce point, explique Élisabeth Waltregny, responsable du service Suivi des alumni de l’ULg. Mieux vaut donc prendre ses renseignements afin de ne pas nourrir des attentes irréalistes. S’informer auprès d’un service compétent est aussi très utile pour apprendre à  déchiffrer des qualificatifs aussi énigmatiques que « salaire attractif », « confortable » ou « conforme au marché ». Nous les informons sur ce point en fonction des secteurs. Car pour la plupart d’entre eux, la préoccupation essentielle est d’être rémunéré dans la moyenne de ce qui se fait pour une fonction similaire, explique encore Élisabeth Waltregny.

Un sujet toujours tabou

De manière générale, le salaire semble loin d’être le seul critère dans la recherche d’un premier emploi. Ainsi, la plupart des étudiants sont avant tout préoccupés de trouver un premier travail proche de chez eux, intéressant et impliquant des tâches qui leur correspondent. Leur principale préoccupation concernant le salaire ? Oser en parler. Beaucoup se demandent comment aborder le sujet avec leur employeur. Même lorsqu’ils n’ont pas d’exigences particulières, cela reste un sujet délicat dont ils n’osent pas parler d’eux-mêmes, observe Élisabeth Waltregny.

JL

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