En un an, les CDD ont augmenté de 45 % dans les petites entreprises

Suite à la suppression de la clause d’essai, les petites et grandes entreprises ont de plus en plus recours à des contrats à durée déterminée. Décodage du phénomène, entre opportunité et moyen de pression  pour le travailleur.

Oui, mais c’est un CDD. » Cette petite phrase, qui s’accompagne souvent d’un haussement des épaules, sonne comme un air de résignation. Car à la question « et sous quel contrat as-tu été engagé ? », beaucoup de jeunes travailleurs tempèrent leur enthousiasme en insistant que c’est pour une durée déterminée qu’ils se sont liés avec leur nouvel employeur. Trois mois, six mois ou un an, voilà leur horizon de certitude. Et la part de ces CDD sur le marché du travail ne cesse de croître. Au point de représenter une catégorie quasiment aussi importante que les travailleurs intérimaires parmi les « emplois précaires ».

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Si les raisons de ce basculement sont multiples, l’une d’elle se dégage clairement : la disparition de la période d’essai. Il faut remonter à 2013 pour comprendre ce phénomène. Le gouvernement met alors en place un statut unique pour les travailleurs salariés, impliquant la suppression de la période d’essai. Elle est jugée inutile vu le délai particulièrement court que les employeurs et les travailleurs doivent respecter lors de leur première année de service. Début 2014, la période d’essai est donc supprimée. Et le marché de l’emploi en ressort complètement bouleversé.

Une étude récemment menée par la CSC met en avant que dans les grandes entreprises belges, le nombre de CDD a augmenté de 17,22 % entre 2014 et 2015. Et que 7 % des contrats en cours dans ces mêmes grandes entreprises sont des contrats à durée déterminée. Mais c’est au niveau des petites entreprises que les chiffres sont les plus marquants. En un an, la hausse de ce type de contrats a atteint les 44,59 %. Et un contrat en cours sur dix est à durée déterminée. Ils s’élevaient à 8% un an auparavant. Ces données se basent sur les chiffres de 20 % des entreprises en Belgique (celles pour lesquelles les comptes annuels avaient été publiés au moment du calcul).

Fin août 2015, l’UCM sortait une étude qui mettait en exergue l’impact de la fin de cette période d’essai sur les petites entreprises wallonnes et bruxelloises. Elle signalait que 68,3 % de celles-ci avaient hésité à recruter suite à la disparition de cette période d’essai. Et que 83,6 % d’entre elles avaient privilégié une formule d’emplois à durée déterminée depuis. 78 % avouaient avoir augmenté le recourt aux CDD alors que 32 % répondaient positivement à cette question pour l’intérim. Résultat : les employeurs n’aiment pas ce changement et 93,9 % de ceux-ci se prononcent pour le retour d’une clause.

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Les travailleurs interviewés sur le sujet déplorent des difficultés à se projeter dans l’avenir avec ces contrats (voir ci-dessous).

Pierre Ledecq, de la CSC Intérim, décortique l’impact de cette utilisation croissante des CDD « Il me semble que c’est presque contraignant pour certains employeurs. Si le CDI présente, au début, un petit préavis pour l’employeur lorsqu’il veut le casser, ce n’est pas toujours le cas du CDD. Maintenant, il est vrai que, dans certaines entreprises, on assiste à une pratique où ces contrats s’arrêtent pile poil au moment limite où la loi le permet. Cela s’inscrit notamment dans une logique actionnariale. Si les consignes des actionnaires sont, par exemple, de limiter l’équipe à un nombre précis, et qu’il est nécessaire d’engager plus de travailleurs sans briser cette règle. Les CDD sont une façon de régler ce problème. Mais c’est également un moyen de mettre la pression sur les travailleurs, et se permettre de s’assurer que la personne va se donner à fond durant la période de son CDD. »

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