Et si nous régénérions nos entreprises ?

Rédigé par: Philippe Van Lil
Date de publication: 4 janv. 2024

Plus que jamais, la crise sanitaire a éveillé les consciences. C’est durant celle-ci que l’association Corporate ReGeneration est née. Comme l’expliquent ses cofondateurs, Vincent Truyens et Olivier Bouche, elle entend favoriser, au plus haut niveau des entreprises, la prise en compte de la voix et de la voie des jeunes générations, en même temps que de la nature. Objectif : accélérer l’émergence d’une économie régénérative.

COGENERATION

Pourquoi avoir créé votre association ?

Olivier Bouche : « Pendant la période Covid, les jeunes étaient aussi masqués et ne pouvaient plus exprimer leurs préoccupations dans la rue en matière de dérèglement climatique, d’inégalités, de chute de la biodiversité, de raréfaction des ressources et de toutes les autres questions liées à la responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Pour nous, Il était essentiel que cette voix et cette voie, synonymes d’une économie régénérative, soient à nouveau entendues. Notre objectif est de cocréer, avec les entreprises, des solutions innovantes et ambitieuses pour construire un avenir commun, durable et en phase avec le respect du vivant. »

Vincent Truyens : « Tous ces aspects ne sont pas encore suffisamment pris en compte aujourd’hui. Il faut chercher à régénérer bien plus nos ressources naturelles et humaines. Nous proposons aux entreprises de mettre en place, en parallèle à leur gouvernance classique - conseils d'administration, assemblées générales, comités de direction, etc. -, une nouvelle forme de gouvernance, que l’on peut qualifier de ‘gouvernance de l'impact’. Cela se concrétise par la création de ‘comités de régénération’, où les jeunes figurent en bonne place. Le but est d’inspirer, de challenger et de questionner les entreprises sur ces sujets de développement durable et de RSE afin d’aboutir à des plans d'action. Notre association les accompagne tout au long de ce processus. »

En pratique, comment fonctionnent ces comités de régénération ?

O. B. : « Nous proposons à chaque membre de ces comités de s’exprimer en leur nom propre, mais aussi en endossant un rôle spécifique de ‘gardien’, basé sur le principe des chapeaux de Bono. Les membres remplissent cinq rôles distincts. Un : le rôle de gardien de la mission, de la raison d'être et de la prospérité ; généralement, le CEO prend ce rôle. Deux : le rôle de gardien des limites planétaires et de la nature, tenu par un binôme d'un expert interne et d'un interne. Trois : le rôle de gardien de l'équité sociale, également occupé par un tel binôme. Enfin, les deux derniers rôles sont ceux de gardiens du futur et du bien commun, liés plus spécifiquement à la communauté Corporate ReGeneration elle-même. »

À quoi cela aboutit-il ?

O. B. : « Récemment, par exemple, un comité de régénération a été mis en place dans une société de communication qui regroupe plusieurs radios. À un moment donné, il a évoqué le sujet des déplacements en avion, tant des employés que des auditeurs, dans le cadre de concours gagnés à l’antenne notamment. La décision a finalement été prise d’arrêter ces vols en avion et de choisir des destinations plus proches accessibles en train, par exemple plutôt à Londres qu’à Las Vegas pour un concert promotionnel. »

Pourquoi misez-vous en particulier sur la jeune génération ?

V. T. : « Non seulement parce que c’est son avenir qui est concerné, mais surtout car, nous en sommes convaincus, les jeunes ont des forces et des atouts que les autres n'ont pas. Tout d’abord, ils sont à un âge où l’on veut changer beaucoup de choses et où l’on est bien plus disposé à le faire. Comme le disait Mark Twain, « ils pensaient que c'était impossible, alors ils l'ont fait ! » Ensuite, ils ont appris des erreurs de leurs aînés et savent ce qu'il ne faut plus faire. Placer des jeunes dans les processus de prises de décisions est réellement bénéfique. Cela étant, les aînés ont aussi leur rôle à jouer : ce sont eux qui sont le plus souvent aux commandes pour faire bouger les choses. »

Quels outils votre association met-elle à la disposition de ces jeunes ?

V. T. : « Vu qu’ils arrivent dans un univers nouveau pour eux et qu’ils ne sont évidemment pas tous issus d'écoles de commerce, nous leur apprenons les bases du fonctionnement des entreprises et de leur gouvernance, ainsi que les thématiques de fond en lien avec l'économie régénérative. Nous les formons en leur donnant accès à une académie interne, que nous développons davantage actuellement avec divers partenaires. Par ailleurs, les jeunes sont invités à s’impliquer dans des événements - congrès, conférences, débats, etc. - où des décideurs économiques et autres sont présents. Le plus important est de donner accès aux jeunes à des espaces de parole et de favoriser le dialogue intergénérationnel. »

Plus d’infos : https://corporateregeneration.org.

OLIVIER BOUCHE [square]

OLIVIER BOUCHE

COFONDATEUR DE CORPORATE REGENERATION