Et si on mettait l’amour au centre du business ?

Rédigé par: Philippe Van Lil
Date de publication: 8 janv. 2024

L’argent ne fait pas le bonheur, dit-on. Damien Dallemagne, Fondateur et Coordinateur du Hub LoveInBusiness, est convaincu que la maxime s’applique aussi au monde des affaires. Il plaide pour un changement de système, qui remette le profit financier à sa juste place et l’amour au centre des préoccupations.

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Quelle est l'approche de votre réseau en matière de business ?

Damien Dallemagne : « Elle s’inspire des concepts et outils développés par Peter Koenig, un entrepreneur-chercheur pionnier dans la réflexion concernant notre relation à l’argent. Ses travaux l’ont conduit à développer le concept du ‘LoveInBusiness’. J’ai découvert ses idées lors d’un atelier il y a trois ans, ce qui m’a incité à créer ce Hub pour les diffuser en Belgique, en particulier dans le monde des affaires. Je consacre désormais mon énergie à accompagner les dirigeants d’entreprise dans leur travail intérieur, pour changer leur vision des choses. »

En quoi le concept est-il novateur ?

D. D. : « Rien que le fait d’oser mettre ‘Love’ et ‘Business’ dans la même phrase a quelque chose de révolutionnaire à mes yeux. Précédemment, j’associais la notion d’amour à ma vie privée et celle de business à ma vie professionnelle. Or il faudrait, comme le dit Peter Koenig, ‘make love the new bottom line’ ; en d’autres termes, dans les comptes de résultats, l’amour devrait remplacer les profits à la dernière ligne, celle qui fait l’objet de toute notre attention. »

A quelle sorte d’amour faites-vous référence ?

D. D. : « Dans notre réseau, nous le déclinons en cinq niveaux : l’amour de soi-même, de son travail, de son organisation, des autres et de la nature. Ces cinq dimensions sont au cœur de nos aspirations de vie, aussi bien en tant qu’individus qu’en tant que collectifs. A partir de là, il s’agit de faire en sorte que lors de chaque transaction qui implique de l’argent, le donneur et le receveur ressentent de l’amour et s’honorent mutuellement ; c’est d’ailleurs l’étymologie du mot ‘honoraires’. Or, il s’avère impossible de mettre l’amour au cœur de nos vies sans se confronter à notre relation personnelle à l’argent. »

Car l’argent n’est pas la source du bonheur ?

D. D. : « On peut dire ça, mais l’argent n’est pas non plus la source de tous les maux. En fait, Koenig a compris que l'argent est un écran blanc sur lequel chacun de nous projette ses désirs et ses craintes de manière inconsciente. Certains le ressentent comme synonyme de liberté ou de sécurité, tandis que pour d’autres, c’est une source de violence ou d’injustice. Bien souvent, nous héritons de ces croyances à travers les traumatismes qui se perpétuent de génération en génération, par exemple à cause des tensions qui se nouent autour des donations ou des héritages. La vérité, c’est que l’argent n’est qu’un instrument, et pas une fin en soi. Le grand mérite de Koenig, c’est d’avoir révélé au grand jour tous ces mécanismes inconscients liés à l’argent, pour nous permettre d’agir en connaissance de cause. C’est crucial pour les entrepreneurs, qui sont tous les jours amenés à prendre des décisions de nature financière. »

Comment votre Hub agit-il ?

D. D. : « Le Hub est un lieu de rencontres et d’activités qui rassemble tout un écosystème composé de dirigeants, porteurs de projet, responsables d’équipe, consultants, coaches, thérapeutes, enseignants et étudiants en écoles de commerce, etc. Peu importent le titre ou les diplômes ; quand on parle d’amour, l’essentiel est évidemment le contact humain. Tous ceux qui se sentent attirés par l’objectif de mettre plus d’amour dans le business sont les bienvenus au Hub, à titre professionnel ou à titre privé. »

Quelles approches utilisez-vous pour mettre en œuvre ces objectifs ?

D. D. : « Nous accueillons des orateurs sur des sujets variés et nous proposons des ateliers de développement personnel. Dans ce dernier cas, nous recourrons à diverses méthodes pour mettre de la conscience sur nos projections inconscientes et sur ces parts de nous qu'on préférerait ne pas voir. Comme l’a mis en évidence Carl-Gustave Jung, chacun de nous porte en lui toutes les facettes de personnalité - doux et violent, sensible et insensible, etc. Mais à suite la notre histoire personnelle et familiale, certaines de ces facettes ont été occultées, car trop douloureuses ou considérées comme inacceptables. Apprendre à aimer ces facettes occultées nous permet de disposer de la totalité de notre potentiel et de pouvoir activer en conscience la facette la plus appropriée en fonction de chaque situation rencontrée. »

Par exemple ?

D. D. : « Si vous avez grandi dans un environnement pacifique, vous aurez peut-être beaucoup de difficultés à licencier du personnel en tant que chef d’entreprise, car vous jugez que c’est une décision violente. Pourtant, pour le bien de l’entreprise, vous devez vous y résoudre. Cela nécessite que vous acceptiez de regarder la part violente qui est en vous sans la juger et que vous reconnaissiez qu’elle peut être appropriée dans certaines situations. Autre exemple : mettre de la lumière et de l’amour sur la facette insécurisée de votre personnalité peut vous aider à découvrir les joies du lâcher-prise. »

Quels autres bénéfices peut-on escompter de votre démarche ?

D. D. : « Ils sont multiples : retrouver du sens et de la motivation au travail, permettre à chacun de faire ce qu’il aime et d’aimer ce qu’il fait, découvrir comment notre rapport inconscient à l’argent affecte nos vies et influence nos décisions, rendre nos projets et nos équipes plus vivants et plus fluides, sortir de la solitude du leader en échangeant avec des pairs qui partagent des aspirations et des expériences similaires, etc. Pouvoir libérer le potentiel créateur de chacun est également un aspect important. Quel que soit notre position hiérarchique ou notre diplôme, nous sommes tous capables de prendre des initiatives et d’entreprendre des projets. Cela implique de mettre à l’écart les croyances et les craintes qui nous entravent, à notre propre égard comme à celui des autres. »

Avez-vous l'impression que votre message est entendu dans le monde professionnel ?

D. D. : « Les choses commencent à bouger. La crise sanitaire a contribué à faire avancer les choses en nous forçant à prendre du recul par rapport à nos vies professionnelles. Personnellement, c’est à cette période que j’ai décidé de m’engager dans cette voie, de contaminer la société avec un message d’amour. Un nombre croissant de chefs d’entreprise ont pris conscience que le système doit évoluer. Notre réseau s’efforce tout particulièrement de tendre la main à ceux qui désirent ce changement mais s’interrogent sur ses modalités. Nous avons de plus en plus de participants à nos ateliers, issus tant du secteur marchand que non marchand, mais bien plus de petites structures comme les PME que de grandes. Dans ce dernier cas, les individus n’y sont malheureusement trop souvent que les rouages d’une grosse machine qui les dépasse. »

Estimez-vous que les récentes règlementations relatives aux aspects sociétaux et de bonne gouvernance vont dans le bon sens ?

D. D. : « Oui, on ne peut que constater un certain changement en la matière. Mais à mon sens, ces nouvelles législations sont le résultat d’une prise de conscience de la société, plutôt qu’à l’origine de celle-ci. D’où l’importance de notre travail de pionnier, pour indiquer la marche à suivre et expérimenter de nouvelles manières d’être. »

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Damien Dallemagne