Etudes d’ingénieur: deux diplômes pour un master

Publié : lundi 23 mai 2016 Par

Posséder deux titres d’ingénieur au terme d’un master de six ans, c’est le défi que se sont lancé deux établissements d’enseignement supérieur liégeois: la HELMo-Gramme (la Haute Ecole libre mosane) et la HEC (l’école de management de l’ULg). Dès septembre 2016, les bacheliers en ingénieur de gestion et ingénieur industriel pourront suivre une nouvelle formation en «Industrial and business engineering».

Après plus de dix-huit mois de préparation, le projet des deux écoles se concrétise enfin: proposer un double diplôme d’ingénieur de gestion et d’ingénieur industriel à de jeunes bacheliers qui ne se destinaient qu’à l’obtention de l’un ou de l’autre. L’objectif est de répondre à une évolution grandissante du métier et des compétences à maîtriser, comme le souligne Pierre Deneye, responsable du master pour la HEC Liège.

Pourquoi proposer un double diplôme d’ingénieur?

Nous sommes partis d’un double constat. D’abord, d’un point de vue «industriel»: de nombreux ingénieurs civils ou industriels doivent, en cours de carrière, se reformer, même après avoir décroché leur premier job. Une reformation nécessaire car leur travail demande très souvent de nombreuses compétences managériales et de gestion qu’ils n’ont pas. Ensuite, d’un point de vue «gestion»: beaucoup d’ingénieurs de gestion regrettent de ne pas avoir eu, durant leur formation, l’occasion de développer plus d’aspects techniques. Leurs compétences technologiques ne sont souvent pas assez développées par rapport à ce que leur travail exige. Il y a donc un réel besoin de professionnels capables de maîtriser des compétences tant techniques que managériales. Nous nous sommes donc dit qu’il y avait là un certain intérêt à créer des êtres hybrides pour répondre à la demande du terrain. L’intérêt est à la fois pour le travailleur, qui cumulera les compétences, mais aussi pour l’employeur, qui n’embauchera qu’une seule personne au lieu de deux.

Comment se déroulera la formation?

Au terme de leur baccalauréat en ingénieur industriel ou en ingénieur de gestion, les étudiants pourront s’inscrire à ce master en «Industrial and business engineering». Ils auront, durant les deux premières années de master, à chaque fois 45 crédits de cours communs avec les autres étudiants en ingénieur de gestion ou ingénieur industriel, ainsi que 15 crédits relatifs à la finalité en question. Ils suivront des cours dans les deux établissements, l’idée étant qu’ils bénéficient des compétences et connaissances des deux écoles. A la HEC, par exemple, où sont formés des ingénieurs de gestion, les étudiants suivront davantage de cours de management et comptabilité. A Gramme, qui forme les ingénieurs industriels, ils auront des cours plus pratiques et technologiques.

Et la troisième année?

Il faut savoir qu’au terme des deux ans de master, les étudiants sont déjà diplômés de leur première institution. Ils sont donc ingénieurs, soit de gestion, soit industriels. Ils peuvent très bien choisir de s’arrêter ici, et ne garder qu’un titre. Mais la porte vers une troisième année est ouverte. Là, ils seront rassemblés et auront des cours de biotechnologie en commun, par exemple, ou encore des cours en «business game», où ils seront dans une sorte de simulation réelle de la vie en entreprise. L’idée est de créer une cohorte, et une certaine identité commune entre ces futurs professionnels.

Le master exige-t-il des prérequis?

Il faut avoir un bachelier d’ingénieur, ou même déjà un master. L’inscription à la formation se fait sur dossier, avec une lettre de motivation et des critères précis. Notamment, la moyenne des notes obtenues dans les cours de technologies doit être égale à 12 minimum. Pour la rentrée prochaine, les dossiers sont déjà rendus et analysés. A la HEC, nous avons accepté neuf étudiants sur onze qui ont postulé. A Gramme, ils sont une quinzaine à avoir été choisis. Nous avons également accepté une personne, diplômée depuis plusieurs années et déjà dans la vie active, mais aussi un étudiant de l’UCL, qui terminera son master en juin et souhaite se relancer directement dans une formation. Pour cette première année, nous ne souhaitions pas avoir plus de trente inscrits. Mais par la suite, nous espérons avoir davantage de sollicitations, également de la part de bacheliers d’autres universités. Cela montrera la qualité de la formation et son impact.

"Un profil atypique sur le marché du travail"

A 28 ans, Stéphane a décidé de reprendre des études. Son dossier a été accepté; il entamera la formation en «Industrial and business engineering» en septembre prochain.
Diplômé de la HEC en ingénieur de gestion en 2011, le jeune homme travaille depuis dans une grande société belge. «Je m’occupe de la comptabilité et des finances, explique-t-il. Je vois des chiffres passer tous les jours, mais ça n’a rien de concret, c’est très éloigné du vrai business.»

Stéphane souhaiterait changer d’air, et trouver un boulot qui lui demanderait de mettre davantage ses compétences managériales en avant. Mais le marché de l’emploi est exigeant; les compétences techniques, en plus, deviennent indispensables. «Quand on s’inscrit en ingénieur de gestion, détaille-t-il, on pense qu’on aura facilement accès à l’emploi. Mais les offres ne conviennent pas à notre formation. Nous nous situons entre les purs gestionnaires et les ingénieurs industriels.»

Alors qu’il se renseignait pour reprendre des études en ingénieur industriel, Stéphane a eu vent du nouveau master. Et il a été séduit: «Avec un tel diplôme, je pense que j’aurai, sur le marché du travail, un profil tout à fait atypique. J’ai déjà une formation en gestion et une expérience en finances. Avec ce master, je vais acquérir des compétences plus techniques, propre à l’ingénieur industriel. Je pourrai faire valoir tout cela lorsque je chercherai un nouvel emploi.»

En ne suivant que les 30 crédits de la finalité les deux premières années, Stéphane pourra même continuer à travailler et s’assurer, dès lors, d’avoir toujours un revenu.

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