EVA et le desperate governance man...

Je pourrais être désespéré... On nous la sert à  toutes les sauces, cette fameuse Gouvernance, et pourtant, rares sont ceux qui s'intéressent à  la belle EVA ! Plus désespérant encore : les anglo-saxons traduisent leur EVA par " Economic Value Added ", comme si elle était seulement une économe housewife ... alors qu'elle est bien plus inspirante!
Marc DESCHAMPS, Professeur affilié à  HEC-Ecole de Gestion de l'Université de Liège

Ma belle EVA à moi, je la vois en réalité comme l’ « Excédent de Valeur Ajoutée » généré par l’entreprise : un concept qui est  au cœur de sa Gouvernance Financière.

De quoi s’agit-il ?

Pour générer de la valeur, l’entreprise a besoin de ressources. Le compte de résultat traduit l’utilisation de ces ressources au cours d’une année, tout au long d’un exercice. Si vous retirez de la valeur générée par l’entreprise, la valeur qu’elle consomme en provenance de ses fournisseurs de biens et services, vous obtenez sa contribution propre : sa valeur ajoutée.

Si maintenant, vous retirez de sa valeur ajoutée la juste rémunération (au prix du marché) des trois ressources non financières qu’elle mobilise (ressources humaines, technologiques et infrastructurelles), rémunérées respectivement par le salaire, l’amortissement et l’impôt, vous obtenez ce que les anglo-saxons appellent le NOPAT, le Net Operating Profit After Tax.

Il vous reste alors à calculer le coût moyen de vos ressources financières. Pour ce faire,  vous analysez votre « macédoine financière » : le mix de crédits bancaires et de fonds propres que vous utilisez.  Le prix d’un volume de cette « macédoine » est ce que l’on appelle savamment la WACC (Weigthed Average Cost of Capital), en fait, c’est simplement le coût moyen pondéré de vos ressources financières. Pour calculer votre WACC, vous multipliez dès lors le coût du crédit bancaire par le pourcentage de crédit dans votre « macédoine financière » et vous y ajouter le pourcentage de fonds propres utilisés, multiplié par le coût des fonds propres dans votre industrie. Les tables du sieur Damodaran vous y aideront: le brave homme y a inventorié le coût des capitaux en fonction du secteur dans lequel ils sont investis. A partir des deux données calculée ci-dessus, vous multipliez votre coût moyen pondéré du capital (le coût ‘au litre’ de votre « macédoine financière ») par le volume de moyens financiers (vos litres de « macédoine ») consommés durant l’année et vous obtenez votre ‘Coût du Capital’, votre ‘Cost of Capital’ , en abrégé le CoC.

Comment calculer mon EVA?

Pour calculer enfin votre belle EVA, vous soustrairez le coût du capital CoC du NOPAT calculé plus haut et vous aurez ainsi rémunéré l’ensemble des cinq types de ressources mobilisées durant l’année : NOPAT – CoC = EVA !

Ce solde, c’est l’Excédent de Valeur Ajoutée par l’entreprise durant l’exercice : c’est la valeur ajoutée produite en un an, au-delà du coût des cinq éléments que l’entreprise a dû utiliser pendant un an pour produire cette valeur ajoutée.

Cette EVA est donc la vraie contribution de l’entreprise à notre économie dans son ensemble : c’est à dire au-delà de la juste rémunération des parties –prenantes directement liées à son succès.

Vous comprendrez dès lors que, si la Gouvernance financière est là pour aider à calculer et à optimiser cet Excédent de Valeur Ajoutée, elle est là aussi pour mettre en évidence les enjeux liés à la distribution de l’EVA entre les différents acteurs de sa Gouvernance : les actionnaires, les membres du Conseil, les managers … mais aussi les autres parties prenantes.

Certains ‘Governance men’ seront ‘desperate’ de voir ainsi partagées les faveurs de la belle EVA … pas moi !

 

Marc DESCHAMPS
Président d’EXEGO et de sa Governance Academy
Professeur affilié à HEC-Ecole de Gestion de l’Université de Liège

info@exego.eu

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