Faut-il coucher avec la secrétaire ?

Que ce soit clair, l'ordre moral est bousculé, les valeurs sont à plat. Résumé de la décennie précédente : être chef, c'était un prestige, de l'halogène et de la priorité dans les ascenseurs. Maintenant, c'est terminé. Les directeurs sont un peu les nouvelles boniches. On leur confie les basses corvées : licenciements, rappels à l'ordre, mises à pied. La plaie. La honte. Dans cette accélération des particules, il est une personne qui apparaît dans un rai de lumière, juchée sur un bloc de tiroirs comme une madone des temps modernes. Voici la nouvelle héroïne, celle qui nous écoute et nous retient au bureau : la secrétaire, que son pouvoir immense vous contraint désormais à appeler « assistante ».

Elle sait tout de vous (salaire, état civil, sales manies) et vous tient par la barbichette. Inutile de fayoter avec la hiérarchie obsolète, c'est à elle que revient de poussoter votre maigre destin. Faut-il nécessairement coucher avec elle pour avoir de la promo ? Fini l'escalade à mains nues de la société, restez au pied de la montagne. Notre recommandation, c'est le light flirt : effleurez le bon sens, coulissez avec la néo-intelligence, celle de l'opportunisme. Et si c'était un homme? Quelle que soit votre préférence, ne couchez pas non plus. Mettez-vous l'assistante dans la poche, ménagez-la comme un patron et avec ce dernier, soyez rustre et sans façon. Ayez occasionnellement le mépris de classe.

Vous vous apercevrez que votre jeu (soyez sincère) était le bon : les directeurs se sont envolés, d'autres sont passés et chaque matin, sur le chariot du courrier, des têtes guillotinées encore encravatées passent dans la plus profonde indifférence. La secrétaire, enfin l'assistante, quant à elle, restera la déesse rentrée, la femme sioux, la véritable manipulatrice. Ses rires sont les plus diaboliques, aussi aiguisés que ses tailleurs. Elle dirige le monde, n'en a qu'une piètre vision et dans l'horizon plutôt vertueux, il existe encore de la place sur l'étagère.

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