Faut-il vraiment supprimer les chèques-repas ?

Transformer les traditionnels chèques-repas en une rémunération nette… Voilà  qui bouleverserait les habitudes de 1,6 millions d’employés belges dans 70.000 entreprises, habitués à  ces bouts de papiers depuis presque 40 ans.

Un système obsolète, pour certains : les sénateurs Rik Daems (Open Vld) et Etienne Schouppe (CD&V) ont proposé de supprimer les chèques-repas mais aussi les éco-chèques. Une idée que Johan Vande Lanotte (Ministre de l’Economie) avait déjà  soulevée en septembre 2013. La proposition est passée mercredi devant la Commission Finances et Affaires Economiques du Sénat, sans que les politiques ne parviennent à  se mettre d’accord.

Mais est-ce une bonne, ou une mauvaise idée ? Tous les acteurs de ce débat y vont de leurs propres estimations chiffrées. Revenons sur les avantages et inconvénients que cette décision entraînerait.

Avantages

Les premiers arguments avancés sont que la production de chèques-repas coûte cher, et que beaucoup de chèques-repas sont perdus par les salariés ou périmés avant d’avoir été utilisés, ce qui occasione une grande perte pour les travailleurs. De plus, il serait désormais possible de dépenser la somme allouée aux chèques-repas (et surtout aux éco-chèques) pour n’importe quel produit et plus seulement de la nourriture (ou des produits écologiques).

Moins de frais administratifs

Plusieurs chiffres ont été avancés quant au bénéfice que représenterait la suppression des chèques-repas. Olivier Chastel (MR), ministre de la Simplification administrative, a commandité une enquête à  ce sujet auprès de l’Agence pour la Simplification Administrative (ASA). Résultat : remplacer les chèques-repas papier par des titres-repas électroniques représenterait une économie de 94 millions d’euros par an pour les entreprises. Les remplacer cérrement par un salaire net permettrait d’économiser encore 4,6 millions. Les travailleurs économiseraient eux 20,5 millions d’euros par an en cas de suppression des frais et charges des chèques-repas papiers, et les commerçants 78 millions.

Ils sont pour la suppression 

Comeos, la fédération du commerce et des services : « Je lis que dans notre secteur, des milliers d’emplois passeraient à  la trappe si nous supprimions le système des chèques. C’est sans aucun fondement », a déclaré Dominique Michel, l’administrateur délégué de Comeos.

L’Unizo, l’organisation patronale des entrepreneurs indépendants : « Le remplacement des chèques-repas papier par une rémunération nette permettrait une économie de 180 millions d’euros pour les entreprises ».

UCM (Union des Classes Moyennes) et SDI (Syndicat des Indépendants) sont également pour la suppression des chèques-repas, trop chers en coûts de gestion, autant pour les employeurs que pour les restaurateurs et commerçants, tenu de payer un pourcentage aux émetteurs des titres.

Inconvénients

À l’inverse, l’idée de supprimer les tickets-restaurants suscite bien sûr l’opposition farouche des sociétés émettrices de chèques-repas : Sodexo, Edenred, Monizze et E-Kena (regroupés sous la Voucher Issuers Association ou VIA).

12.250 pertes d’emploi

Le professeur Joep Konings (KUL) a publié une étude en 2013 (commandée par la VIA) qui indique que la suppression des chèques-repas entraînerait 12.250 pertes d’emploi chez les commerçants qui acceptent les chèques-repas. Il faut bien sûr ajouter à  ce chiffre tous les employés des sociétés émettrices, c'est-à -dire environ 500 personnes.

Une meilleure consommation

Toujours selon cette enquête, les chèques-repas incitent les ménages à  faire des achats ; sans eux, les belges auront plus tendance à  économiser, surtout en période de crise. De plus, une rémunération nette inciterait les travailleurs à  faire des achats compulsifs, de grosses dépenses (en articles électroniques par exemple) au début du mois, pour fin du mois se retrouver sans ressources pour acheter à  manger. Mentionnons également que certains travailleurs font l’objet d’une saisie sur salaire. Or, les chèques-repas ne sont pas saisissables, et constituent donc une sécurité pour ces salariés.

82 millions perdus

Depuis 2001, les sociétés émettrices de chèques-repas ont investi en masse dans l’électronisation des chèques-repas : entre 10 et 25 millions chacune. La suppression de ceux-ci les priverait d’un chiffre d’affaire de 82 millions d’euros. Ils menacent d’ailleurs d’attaquer l’état belge si la suppression est validée.

Ils sont contre la suppression

Les Syndicats FGTB, CSC et CGSLB : Les syndicats avancent que la suppression signifierait  2 milliards d’euros de perte de recettes fiscales et 638 millions d’euros de moins pour la Sécu. «  Les chèques-repas sont un avantage social et pas un salaire. En transformant les chèques-repas en rémunération nette, plus de 25.000 travailleurs perdraient une part importante de leur pouvoir d’achat  » ont-il déclaré.

La FEB (Fédération des Entreprises de Belgique)  s’est quant à  elle prononcée contre la suppression des titres-repas, mais pour la généralisation du système électronique.

Sources : l’Echo, le Soir.

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