Femme au foyer, puis salariée ?

Un divorce, les enfants qui ont quitté le foyer familial ou l'envie, simplement, de lancer un projet économique... Beaucoup de raisons peuvent amener une femme au foyer à  vouloir réintégrer la vie professionnelle. Mais restées trop longtemps éloignées du marché du travail, elles sortent des statistiques du chômage.

Les femmes constituent près de la moitié de la population active, mais certaines peinent plus que les autres à  trouver du travail. En première ligne, celles que l'on nomme « les femmes rentrantes ». Souvent diplômées, nanties d'une ou de plusieurs expériences professionnelles, elles ont « fait le choix », parfois obligé, de quitter le marché de l'emploi. Pour raisons familiales. Le plus souvent, pour s'occuper d'un enfant malade ou handicapé. Après plusieurs années, elles souhaitent réintégrer le marché de l'emploi. Mais elles en sont soit écartées, soit confrontées à  des formes indirectes de discrimination. Elles échappent totalement aux radars institutionnels, car quand elles s'inscrivent au Forem, c'est en tant que chercheuses d'emploi libres, explique Catherine Wyard, porte-parole du Forem.Non assujetties à  la sécurité sociale, elles ne cotisent pas. Comme elles ne sont plus dans le circuit, elles ne bénéficient pas d'un accompagnement personnalisé. La priorité étant mise sur les jeunes... 

Combien sont-elles ? Personne ne le sait précisément : entre 55 000 et 165 000 sur le territoire national. Au moins 4 000 à  Bruxelles, selon la dernière enquête sur les forces de travail. Les femmes au foyer sont de moins en moins considérées, explique Dominique Maison. Dans la thèse qu’elle leur a consacrée, elle qualifie leur statut de « déviant » par rapport à  la norme actuelle. Pourtant, les études budgets-temps montrent que les femmes au foyer disposent en moyenne de 10 % de temps personnel de plus que les femmes qui travaillent, assure la chercheuse. Pendant leur parenthèse, elles n'exercent pas seulement un travail domestique, mais déploient aussi des énergies organisationnelles, assurent des activités sociales, sont membres des conseils dans l'école de leurs enfants... Autant d'activités et de compétences acquises trop peu valorisées en employabilité.

Pendant longtemps, le phénomène a été ignoré, tant on le croyait minoritaire et contradictoire pour refléter une quelconque réalité sociale. Puis, progressivement, l'opinion publique, la classe politique, les institutions sociales ont pris acte de l'existence de cette nouvelle catégorie d'actifs. Aujourd'hui, avec l'appui des réseaux professionnels de femmes, et d'associations de terrain, elles sortent enfin de « l'angle mort » dans lequel elles étaient reléguées. Sous l'impulsion de la ministre de l'Emploi bruxellois, une cellule exclusivement dédiée aux « femmes rentrantes » a été créée en novembre, au sein d'Actiris, pour répondre à  leurs demandes spécifiques et les aiguiller dans les arcanes des institutions spécialisées. Son nom ? Back to Work...

Dotée d'un budget de 50 000 €, cette cellule intègre deux psychologues du travail et des conseillers en recherche d'emploi. L'idée, c'est de les identifier comme public cible, avec une attention particulière sur ce qui s'est passé en amont de leur recherche d'emploi, confie Véronique Havaux, responsable du service GRAE et coordinatrice du nouveau service Back to Work. Après avoir clarifié leur projet professionnel (type de travail, tranches horaires…), et après avoir intégré un groupe de Recherche active d’emploi, les participantes revoient tous les outils liés à  la recherche d’un emploi : CV, lettres de motivation, réseaux sociaux, simulations d’interview. Si leur diplôme ne répond plus aux exigences du terrain, nous les orientations vers la formation, via notre réseau de partenaires ou les chèques langues, confie Véronique Havaux. Mais d'aucunes souhaitent créer leur propre activité. Dès lors, c'est auprès des experts d'Impulse, à  travers le portail Women in Business, qu'elles trouveront les meilleurs appuis. Nous insistons beaucoup sur la remise en confiance. Quelqu'un qui a été longtemps déconnecté du monde du travail en a une représentation faussée. Les codes ont changé, observe Véronique Havaux. Sans accompagnement, elles risquent une mauvaise évaluation. Une nouvelle séance d'informations se tiendra le 28 mars, au siège d'Actiris.

Le travail des communes n'est pas en reste. À Woluwe-Saint-Pierre, un atelier intitulé Projet de femme a été lancé, il y a quatre ans, par Damien De Keyser, échevin de l’Emploi (cdH). Cet atelier mené deux fois par an par deux conseillères du Service Emploi de la commune s’adresse aux femmes qui ne dépendent ni du CPAS ni du chômage et qui ont un niveau de qualification relativement élevé. Jusqu’ici, les femmes qui ont participé à  ces ateliers ont obtenu des résultats plutôt encourageants : 41 femmes sur 51 ont repris une activité professionnelle. À l'avenir, ces services pourraient s'étendre à  toutes les communes bruxelloises. Une task force regroupant Actiris et les Services Emploi de cinq communes pilotes (Uccle, Woluwe-Saint-Pierre, Ixelles, Ganshoren et Jette) vient d'ailleurs d'être mise en place, afin de réfléchir à  la manière d’identifier le plus efficacement le public cible et l’amener vers l’offre de service d’Actiris et de ses partenaires, indique Yvon Jadoul, responsable de la cellule Emploi du cabinet de la ministre Céline Fremault.

57,8 %

À Bruxelles, le taux d’activité des femmes dans la tranche d’âge de 15 à  64 ans est inférieur à  60 %. Celui des hommes est de 72,4 %.

1 sur 3

Une femme bruxelloise sur trois n’a pas d’emploi, n’est ni au chômage ni étudiante.

3 %

Moins de 3 % de la population féminine en âge de travailler est dans un processus de création d'entreprise.

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