Finance : les métiers qui décollent

Dans le sillage des banques, des assureurs et des organismes financiers, de nouvelles fonctions commencent à émerger. En cause : les nouvelles réglementations et normes actuelles. Quels sont les métiers qui recrutent ? Ceux qui paient le mieux ?

La finance n’est pas morte, elle se renouvelle. Même si les licenciements et les fermetures de sociétés pleuvent, les trois quarts des CFO ou directeurs financiers ont du mal à trouver des professionnels qualifiés. Si l’époque des recrutements massifs, à renfort de packages et d’avantages dorés, est révolue, des poches de résistance subsistent. Les offres d’emploi en comptabilité, en assurance et audit, et les fonctions liées à la limitation des coûts et du risque sont les plus difficiles à pourvoir, selon l’enquête Salary Survey 2013 du cabinet de recrutement Page Personnel. Dans la finance, de nouvelles mécaniques sont à l’œuvre : elles réclament de nouvelles compétences. Des métiers se développent autour de produits qui n’existaient pas, explique Julien Amiach, Manager des équipes Banque et Assurance pour Michael Page.

Si la crise a réduit la fréquence des embauches, elle a aussi engendré de nouveaux réflexes. Et les fonctions liées au contrôle et à l'analyse du risque se sont largement développées. On cherche désormais de plus en plus de chargés d'affaires en restructuration de dettes, de responsables conformité et contrôle interne ou de responsables de la trésorerie. Ces nouveaux métiers, en plein essor et voués à un bel avenir, suscitent pourtant quelques réserves. Surtout chez les jeunes candidats. Car, souvent, il n'y a pas de référentiel et les définitions des postes sont aléatoires. Sans parler de la rémunération, pour laquelle il n'existe pas de grille officielle.

Dans le milieu, les salaires restent très compétitifs, indique Lorraine le Pomellec, consultante Banque et Services financiers chez Michael Page. Les employeurs n’hésitent pas à payer la rareté. Mais c’est surtout le contenu des fonctions qui rend les choses stimulantes. Les recruteurs affichent une nette préférence pour les candidats ayant entre trois et cinq années d’expérience. Mais faute de trouver en nombre ces candidats « idéaux », les employeurs se tournent soit vers les débutants, soit vers les seniors plus expérimentés. Il est donc recommandé aux jeunes diplômés de postuler, même s’ils n’ont pas le nombre d’années d’expérience requis pour un poste. Notamment parce que plusieurs facteurs laissent entrevoir une pénurie de cadres dans les prochaines années. Beaucoup de sociétés profitent de la crise pour inverser leur pyramide des âges, explique Jonathan Ferrera, directeur de Page Personnel Belgique. Ensuite, parce que face aux acteurs historiques (BNP Paribas Fortis, ING, Belfius, KBC), de nouvelles sociétés (HSBC, Delta Lloyd, Deutsche Bank) tentent de s’implanter sur le marché local. Ces groupes bénéficient de parts de capital très solides et sont décidés à profiter de l’instabilité des géants historiques pour se faire une place, observe Edouard Housez, Executive Manager de Michael Page. Ces sociétés tentent d’insuffler une culture plus dynamique, en allant chercher le client. De nouveaux horizons, plus intenses, s’ouvrent donc aux candidats.

 

Quelles fonctions sont les plus rémunératrices ?

Le secteur de la finance

Quel que soit le secteur de la finance, la priorité est donnée à l’embauche de profils commerciaux dotés de vraies compétences en matière de business developement. Pour les mêmes raisons, les entreprises sont de plus en plus à la recherche d’analystes et de contrôleurs qui peuvent les aider à identifier les opportunités d’économie de coût et de croissance. La demande de consultants disposant d'une grande expérience au sein de structures financières connaît également une forte croissance. Dans l’ensemble, ce sont donc les professionnels expérimentés qui profitent le plus de l’emploi dans le secteur financier belge. Mais les profils les plus recherchés restent les comptables juniors (fraîchement diplômés) et seniors (qui font de la gestion comptable de A à Z) possédant de très bonnes connaissances linguistiques. Un comptable senior bilingue qui compte de cinq à dix ans d’expérience peut monter jusqu’à 3 500 € avec des avantages extralégaux considérables, tandis qu’un comptable junior sera cantonné à une fourchette oscillant entre 1 800 € et 2 200 €, commente Margaux Perrier, Manager de la division Finance chez Page Personnel. Vu l’automatisation dont cette discipline fait l’objet, les sociétés sont aussi à la recherche de collaborateurs bénéficiant de l'expertise de certains softwares financiers. Les entreprises ont également besoin d’experts qui connaissent la réglementation financière en évolution.

Le secteur de l’assurance

Malgré la crise, le secteur de l’assurance a été l’un des seuls à maintenir un recrutement constant. Les salaires sont attractifs et les CDI fréquents. Les détenteurs d’un master en droit sont très demandés, notamment pour les fonctions de souscripteurs en responsabilité civile. Un junior débute à 2500 € avec une rémunération qui augmente assez vite. Les gestionnaires sinistres IARD bilingues sont toujours très demandés, notamment par les courtiers. Cela s'explique par la croissance du marché des assurances de dommages. 2013 sera porté sur l’assurance vie. On devrait observer beaucoup de mouvements au niveau des gestionnaires de dossiers ainsi que des commerciaux (surtout dans le courtage) pour développer les portefeuilles de clients parfois pas assez exploités, prévoit Régis Amichia, Manager de l’équipe Banque et Assurance chez Page Personnel. Malgré la stabilité du secteur, ces métiers manquent sensiblement de sang frais. Trop peu de jeunes s’orientent vers ces formations et peu d’entre eux affichent un pedigree bilingue, relève Régis Amichia. Du coup, les employeurs préfèrent engager des diplômés issus d’autres filières, comme le droit, mais maîtrisant les deux langues nationales. Pour les former ensuite aux produits et aux métiers de l’assurance. Dans la même veine, les profils d’actuaires, d’auditeurs, de spécialistes Solvency II / IFRS ont fortement la cote auprès des recruteurs dans l’assurance, à condition qu’ils montrent de grandes qualités managériales.

Le secteur bancaire

Dans la banque, cure de rigueur ou non, environ 300 postes sont constamment à repourvoir dans le pays. En termes de rémunération, la banque d’investissement tient toujours le haut du pavé. Si les réseaux bancaires continuent de recruter des juniors, les banques privées, n’ayant que très peu de postes ouverts, privilégient les professionnels expérimentés. Les commerciaux sont également prisés à l’heure de l’ouverture des marchés. Il faut noter aujourd’hui la sophistication des vendeurs, souligne Lorraine le Pomellec, consultante Banque et Services financiers chez Michael Page. On est moins dans la vente des produits, plus dans le conseil des clients en leur apportant des solutions. Pressions réglementaires obligent, les profils les plus recherchés sont les spécialistes de la compliance, les fiscalistes et les juristes. Un phénomène qui dure depuis dix-huit mois. Certaines banques sont prêtes à surpayer ces profils : il arrive que des candidats juniors atteignent 3 000 € par mois, même si cela reste exceptionnel. Les juristes ont donc un avenir très prometteur dans le secteur bancaire, indique Régis Amichia, Manager de l’équipe Banque et Assurance chez Page Personnel. Ces professionnels de haut calibre, multilingues, avec de solides connaissances techniques, restent très convoités. Mais des poches de subsistance existent aussi pour des métiers moins spécialisés. Les banques réduisent leurs coûts et automatisent une partie de leurs fonctions, explique Jonathan Ferrera. Mais des profils généralistes, comme les Business ou Financial Advisors, seront toujours demandés. Que ce soit pour l’achat de SICAV, SICAFI ou d’obligations, le consommateur a besoin d’être informé par un intervenant physique, pas seulement au travers d’internet. Bonne nouvelle : ce sont les fonctions les plus lucratives en termes de revenus, surtout si l’on inclut la rémunération variable (bonus, primes, parts variables).

 

3 métiers bankable

Compliance Officer : Le métier ne se limite plus à la banque

Le responsable conformité a pour mission de s’assurer que les législations et réglementations bancaires sont respectées. Dans le cadre de la lutte contre le blanchiment d’argent, son rôle est aussi de vérifier l’origine des fonds pour détecter les transactions suspectes. Il est en général membre du comité de direction.

Qui recrute ? Le monde de la finance (banques de détail et d’investissement, fonds de placement, agences de notation…) et certaines industries (pharmaceutique, énergétique, pétrolière…).

Quel profil ? Avoir de cinq à dix ans d’expérience comme expert comptable, auditeur ou juriste.

Quel salaire ? À partir de 45 000 € pour un profil entre trois et cinq ans d’expérience. Plus de 100 000 € possibles au-delà de dix ans.

Responsable Compensation & Benefits : Précieux en temps de gel des salaires

Le responsable de la rémunération et des avantages sociaux est chargé d’harmoniser la politique de rémunération, voire de l’ajuster s’il faut attirer certains talents, tout en limitant les coûts pour l’entreprise. C’est encore plus vrai quand les augmentations sont rares : à lui de valoriser tous les éléments, monétaires ou non, de la rémunération.

Qui recrute ? Toutes les grandes entreprises.

Quel profil ? C’est un expert de la finance avec une fibre RH. Les diplômés d’écoles de commerce, d’ingénieurs ou d’actuariat sont courants. Les plus convoités sont ceux qui ont travaillé en cabinet de conseil en rémunération.

Quel salaire ? Il est de 50 000 € jusqu’à cinq ans d’expérience. Plus de 100 000 € au-delà de dix ans.

Fundraiser : Fin limier de la collecte de fonds

Issu des pays anglo-saxons, le Fundraiser organise la collecte d’argent pour une association ou pour une fondation. Il définit les moyens de communication qui permettent de convaincre les mécènes et en analyse les effets.

Qui recrute ? Historiquement présent dans l’univers associatif et humanitaire, ce métier a conquis l’enseignement supérieur par le biais des fondations d’université ou de grande école. Le Fundraiser peut aussi travailler en agence de conseil, où il effectue des missions auprès de clients.

Quel profil ? Beaucoup ont une formation supérieure, une bonne connaissance des stratégies de marketing direct et un sens aigu du réseautage. De nombreux professionnels de la gestion, du marketing ou du lobbying s’orientent vers ce métier.

Quel salaire ? Entre 30 000 € (moins de cinq ans d’expérience) et 100 000 € (de huit à dix ans), avec part variable possible.

 

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