François Fornieri (Mithra): "Ne considérez pas le travail comme une fatalité"

François Fornieri (50 ans), fondateur et administrateur délégué de Mithra Pharmaceuticals

François Fornieri est ingénieur chimiste et biochimiste. En 1999, il fonde Mithra Pharmaceuticals avec Jean-Michel Foidart et est depuis administrateur-délégué de cette société ainsi que d’Uteron Pharma. François Fornieri a été élu manager de l’année en 2011.

Spin-off de l’Université de Liège, Mithra Pharmaceuticals est une société pharmaceutique centrée exclusivement sur la santé féminine. Mithra est actuellement leader du marché belgo-luxembourgeois de la contraception.

Chaque jour de septembre, Références pose dix questions à un CEO belge de renom à propos de sa vision du futur, de son secteur et de sa carrière. Aujourd'hui: François Fornieri, fondateur et administrateur délégué de Mithra Pharmaceuticals.

1. Selon vous, quelles sont les cinq fonctions qui ont de l’avenir dans votre secteur?

"Les fonctions de recherche & développement en pré-clinique et clinique, puis la production, car il faut maîtriser toute la chaîne, ensuite le marketing au sens large du terme, pour tout ce qui est business développement. A cela, il faut ajouter les pharmaciens spécialisés en affaires réglementaires pour être autorisé à mettre les produits sur le marché une fois terminés et les juristes."

2. Quels profils sont les plus adaptés pour exercer ces fonctions ?

"Principalement  des pharmaciens, car ils sont très polyvalents. La production, le marketing, le R&D et le réglementaire sont souvent effectués par des pharmaciens. Ce sont des fonctions précieuses pour Mithra. Nous avons aussi besoin de médecins, d'ingénieurs pour les productions, et de juristes."

3. Peut-on trouver sur le marché du travail suffisamment de personnes avec ce profil ?

"A Liège en tout cas, oui. Dans le domaine du pharma, il n’y a aucune compétition : nous sommes les seuls. Ce n’est pas le cas à Bruxelles par exemple, où une multitude de sociétés cherchent les mêmes profils. Nous sommes proches de l’Université, donc les gens ne partent plus chercher du boulot ailleurs : ils postulent chez Mithra directement après leurs études".

4. L’enseignement belge prépare-t-il assez les étudiants à ces jobs qui ont de l’avenir ?

"Ce n’est pas spécialement mon domaine, mais je constate quand même que l’on forme de plus en plus de super-spécialistes. Par exemple, un pharmacien pourra être spécialisé en industrie, en officine, en règlementaire… C’est une bonne chose."

5. Quelles sont les principales tendances et défis de votre secteur?

"De manière générale, le défi pour le secteur pharmaceutique est la réduction des prix des médicaments, afin de rendre les produits plus accessibles. Par ailleurs, on assiste au développement d'une médecine plus individualisée. Le secteur doit développer l’association du diagnostic et de la thérapie."

6. Dans votre marché, où se situe le potentiel de croissance ?

"En Belgique, nous sommes arrivés au maximum de ce que nous pouvions faire: nous sommes leader du marché. Pour la croissance, il faudra créer des filiales. Les premiers marchés que nous visons sont la Chine, le Brésil, l’Allemagne."

7. Quel projet ou défi votre entreprise doit-elle encore réaliser pour 2020 ?

"Création d’une multinationale pour Mithra (les pays visés sont dans l'ordre le Luxembourg, la Hollande, la France, l'Allemagne et le Brésil). Pour Uteron, nous préparons le lancement de huit médicaments innovants, comme la pilule 'Estelle':  préparée à base d’un œstrogène naturel, protectrice sur le plan mammaire, elle aura un profil métabolique extrêmement neutre."

8. Quelle est la plus grande erreur que vous avez faite lors de votre carrière ?

"D’avoir laissé rentrer dans le capital de l’entreprise des industriels étrangers pharma un peu trop tôt. Leur objectif était d’absorber l’entreprise, donc ils étaient un frein à nos activités... Aujourd’hui ils sont partis, mais il a fallu batailler."

9. Selon vous, quel est la pire conséquence de la période de crise que nous traversons?

"En général, les grandes entreprises investissent moins. Le danger, c'est d'en payer les conséquences dans 10 ou 15 ans. Pour les PME, c’est plutôt qu'elles ont du mal à lever des fonds: il y aura donc moins de création de PME."

10. Quel conseil donneriez-vous aux jeunes qui se lancent sur le marché du travail ?

"De vivre une passion, de ne pas considérer le travail comme une fatalité ou une obligation, mais comme une vie. Vivez votre passion, rencontrez des gens, essayez de créer des associations heureuses et avancez ! C’est l’union qui fera le succès."

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