Guerilla marketing: "Marketez votre recherche d’emploi!"

Dirigeant du cabinet de recrutement Altaïdes, Jacques Froissant vient d’adapter en français l’ouvrage américain de référence « Guérilla marketing pour trouver un emploi », de Jay Conrad Levinson et David E. Perry. Sans concessions, il décrit la recherche d’emploi comme un vrai champ de bataille. Dont seuls les plus aguerris sortiront vainqueurs.

Pourquoi faut-il devenir un guérillero de la recherche d’emploi ?

En raison d’un constat évident : celui qui est recruté est rarement le candidat le plus qualifié. Le poste est toujours attribué à la personne qui se met le mieux en valeur et sait se positionner comme la solution au problème de l’employeur. Dans ce contexte, il faut user de moyens non conventionnels pour sa recherche d’emploi. Il faut prendre conscience que chercher un emploi, c’est un boulot à temps plein. Il faut s’y préparer comme un athlète qui se prépare à une compétition. Celui qui maîtrise les nouvelles techniques de réseautage montre qu’il sait s’y prendre. En fait, les guérilleros ont une meilleure appréhension de la réalité. Ils savent que dans l’état actuel du marché de l’emploi, les méthodes classiques mènent soit à l’échec, soit à la frustration. S’adapter, c’est aussi savoir démontrer d’autres qualités, comme son intelligence relationnelle, sa compréhension de l’entreprise, de ses besoins, de son fonctionnement, de sa hiérarchie. Un guérillero se doit d’effectuer un vrai travail de recherche sur l’entreprise qu’il convoite.

Pourquoi les méthodes classiques ne sont-elles plus efficaces ?

La plupart des chercheurs d’emploi se contentent de répondre aux offres diffusées par les grands jobboards. Mais un nombre important de postes leur échappent. En réalité, les petites annonces ne leur donnent accès qu'à 30 % ou 40 % du marché. Il existe un marché « caché » de l’emploi. Par exemple, certains jobs sont créés sur mesure en fonction de la personne rencontrée. De nombreux emplois sont créés par opportunités, avant même qu’une entreprise ne songe à passer par l’extérieur en publiant une annonce. Les jobboards ont bien sûr encore leur place. Mais il faut aller chercher son emploi plus activement désormais.

Pourtant, nombre d’employeurs continuent à tendre la main publiquement. Serait-on en train de passer de la « guerre des talents » à la « guerre des plus talentueux » ?

On ne peut plus se contenter de chercher un emploi : il faut désormais se faire connaître, être repéré par des recruteurs, mais aussi cerner leurs vrais besoins, au-delà des descriptions de postes. Le talent, ce n’est pas tout. Beaucoup de candidats sont parmi les 10 % de candidats sélectionnés pour l’entretien, mais arrivent mal préparés et ne posent pas les bonnes questions. C’est pour beaucoup une question de préparation, de gestion de l’entretien. Un aspect qui est également particulièrement mal assimilé, c’est la négociation du salaire. On ne sait pas parler d’argent. La plupart des entreprises, quand elles recrutent, ont une fourchette de salaire de plus ou moins 20 %, par exemple entre 50 000 € et 60 000 €. On peut être celui qui sera embauché à 52 000 € et celui qui discute un peu et qui va décrocher 58 000 €. Et 6 000 € en plus, après cinq ans de présence et avec des augmentations, cela fait facilement 35 000 € cumulés, deux tiers de salaire annuel en plus.

Les stratégies gagnantes des experts en marketing, recrutement et web 2.0 appliquées à la recherche d'emploi, ce n’est pas juste un effet de mode ?

Les réseaux professionnels touchent maintenant toutes les professions, on peut se rendre visible sur internet, même si on est comptable, avocat ou ingénieur. 50 % des recruteurs intègrent les réseaux sociaux professionnels dans leur processus de recrutement. Ces recruteurs commencent à prendre l’habitude de chercher des profils sur LinkedIn et Viadeo. Aujourd’hui, le recours à la marque personnelle est simplement une question de survie. Le marché de l’emploi est devenu favorable à celles et ceux qui disposent d’une marque personnelle forte et sont capables de se vendre en tant que ressource la plus efficiente à travers de nombreux canaux. Pour faire la différence, il est aujourd’hui nécessaire d’avoir une vraie stratégie : quel type de poste je veux, quels sont les mots-clés attachés à ce poste, comment puis-je faire en sorte que mon profil comporte ces mots-clés ?

Dans ce nouveau contexte, le CV sert-il encore à quelque chose ?

En Europe, comme aux États-Unis, il reste important, à condition de le rendre attrayant, en glissant, là encore, des réalisations et des résultats concrets. Idéalement, le CV doit davantage ressembler à un flyer qu'à une liste ennuyeuse d'expériences.

Comment multiplier les points de contact avec les recruteurs ?

Principalement en utilisant les réseaux sociaux : LinkedIn, Viadeo, Twitter, etc. Selon les études, seulement 10 % à 15 % des chercheurs d'emploi y recourent, contre 90 % au Québec. Cela doit se combiner à la consultation des offres d'emploi, au « réseautage » classique. Cette approche multicanal implique d'être très organisé. Je recommande d'utiliser un outil de relation client du type Sales Force (en version gratuite), Zoho ou Cyber CRM. Facebook peut également servir pour informer son réseau que l'on est en recherche active. De même, les pages fan des entreprises deviennent une source d'information cruciale.

 

Extraits 

À la fin des années 90, la plupart des employeurs cherchaient avant tout à pourvoir les postes en recrutant massivement. Désormais, l’approche qui prévaut consiste à recruter intelligemment. Les entreprises d’aujourd’hui doivent gérer une concurrence plus intense et la nécessité d’une meilleure efficience dans le recrutement, tout en ayant pour uniques objectifs la productivité et la performance financière. La recherche d’emploi devient en conséquence plus ardue, dans la mesure où les dirigeants ne recrutent que les individus potentiellement à même d’apporter un surcroît de valeur et d’accroître les profits de l’entreprise. De nombreuses organisations considèrent désormais l’employé comme une charge variable – d’où l’utilisation de l’expression « capital humain » – qui ne doit rester dans le compte des résultats que tant qu’elle rapporte de l’argent. Vous perdez votre temps si vous cherchez un bon vieux travail confortable. Dans la « nouvelle économie », tous les emplois sont temporaires. Il convient donc d’être constamment à la recherche de la prochaine opportunité.

Nous sommes aujourd’hui témoins de la première vraie reprise économique de l’économie de l’information, et sa principale caractéristique est que c’est une reprise sans création d’emploi. C’est la conséquence de la mutation rapide d’un système qui reposait autrefois sur les ressources naturelles et sa transformation en un nouveau paradigme économique qui s’appuie complètement sur les connaissances.

Les Belges réseautent beaucoup

69 % des Belges sont membres d’au moins un réseau social. En moyenne, nous sommes actifs sur 1,4 réseau social, mais une minorité de 2 % possède un compte sur 5 réseaux ou plus. C’est ce qui ressort d’une récente enquête menée conjointement par IAB (Interactive Advertising Bureau) Belgium et InSites Consulting. Il ressort également de cette étude que l’utilisateur belge de réseaux sociaux possède en moyenne un compte auprès de trois réseaux sociaux.

Rafal Naczyk

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