Hausse de 60 % du nombre de travailleurs « au bord du burn-out »

Rédigé par: Benoît July
Date de publication: 9 juin 2022
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Passant de 8 à 13 %, la proportion de travailleurs « au bord du burn-out » s’est accrue de 60 % depuis le début de la pandémie. Près d’un tiers de travailleurs belges courent « un risque élevé de burn-out », selon Securex et la KU Leuven.

Burn-out

La crise du coronavirus a eu un impact majeur sur les principaux déclencheurs du risque d'épuisement professionnel. Le burn-out est l'une des causes de l'augmentation d'absentéisme au travail en Belgique. A l'automne 2021, cet absentéisme à un moyen terme (entre un mois et un an) pour cause de maladie était supérieur à plus de 5% au niveau de 2019, et au premier trimestre de 2022, il était déjà supérieur de 9,5% à celui du trimestre de 2020. 

Déjà élevé avant la pandémie, le risque de burn-out, ou épuisement professionnel, s’est sensiblement accru à la suite de celle-ci. « Quelque 28,5 % des travailleurs belges sont exposés à ce risque. Près de la moitié (13,4 %) d’entre eux sont déjà plus que probablement épuisés et au bord de l’épuisement professionnel.

Le groupe de travailleurs à risque de burn-out a augmenté de pas moins de 61,4 % au cours de la période covid », résume-t-on chez Securex, qui a travaillé sur le sujet en partenariat avec la KU Leuven et qui dévoile ces résultats en primeur dans « Références ».

« Alors que cela concernait déjà 23,8 % des salariés en 2018 et 2019, le risque de burn-out a encore augmenté et est passé à 28,5 % à l’automne 2021. Ce pourcentage inclut notamment les travailleurs qui ne sont pas absents du travail mais courent un risque accru, ainsi que ceux qui sont au bord du burn-out et pourraient s’absenter à tout moment », précise-t-on chez Securex, « partenaire en matière d’emploi et d’entrepreneuriat ». « C’est surtout dans cette dernière catégorie que les chiffres sont alarmants.

Il apparaît, par exemple, que 13,4 % des travailleurs sont au bord du burn-out. Soit une augmentation de pas moins de 61,4 % par rapport à 2018-2019 (8,3 %), juste avant la crise du coronavirus. »

Aggravation des indicateurs

L’étude de Securex, fondée sur un échantillon de représentatif de 1.500 travailleurs, identifie cinq caractéristiques professionnelles cruciales qui expliquent 41 % du risque de plaintes de burn-out.

Or, quatre de ces déclencheurs se sont aggravés au cours des trois dernières années : le pourcentage de travailleurs ayant une charge émotionnelle au travail est passé de 32 % à 40 %, et ceux ayant une charge émotionnelle d’ordre privé de 31 % à 38 %. Le groupe de travailleurs souffrant d’insécurité de l’emploi a lui aussi augmenté, passant de 23 % à 27 %, et celui des travailleurs à forte charge de travail est passé de 27 % à 32 %. « Le cinquième facteur d’influence, le conflit de rôle, est quant à lui resté stable, en partie à cause de la réduction des contacts avec les collègues, dans le cas d’une augmentation du télétravail et du chômage temporaire. »

« Cette étude nous rapproche aujourd’hui de la possibilité de déchiffrer le code du burn-out », commente Hans De Witte, professeur de psychologie du travail à la KU Leuven, qui a développé un outil d’analyse sur le sujet : le « Burnout Assessment Tool ». « Nous connaissons désormais les principaux déclencheurs du risque d’épuisement professionnel et avons constaté que la crise du coronavirus a eu un impact majeur sur ces déclencheurs.

Malgré les mesures de soutien, de nombreux travailleurs ont été confrontés à une plus grande insécurité de l’emploi et à une charge de travail plus élevée en raison de la baisse des effectifs et de la perte de collègues. Ils avaient également une charge émotionnelle plus importante en raison de la pandémie, de l’incertitude financière ou des difficultés psychologiques dans leur entourage. Cela entraîne à son tour une charge mentale au niveau privé plus lourde, exacerbée par la diminution des possibilités de faire de l’activité physique, et l’obligation de concilier le travail à la maison et la vie de famille. »

Profils les plus exposés

Selon Securex, il apparaît, paradoxalement penseront certains, que le risque d’épuisement professionnel diminue avec l’âge, les travailleurs de moins de 25 ans présentant un risque de burn-out 2,4 fois plus élevé que les travailleurs de plus de 54 ans (39,0 % contre 16,3 %). La composition familiale joue également un rôle. Les célibataires avec de jeunes enfants courent un risque 39,5 % plus élevé que les autres travailleurs (33,3 % contre 23,9 %).

Par ailleurs, les diplômés universitaires semblent quant à eux courir un risque de burn-out inférieur à celui des personnes moins qualifiées (20,5 % contre 25,5 %).

Enfin, le risque d’épuisement professionnel est un quart plus élevé en Wallonie qu’en Flandre (28 % contre 22,5 %).

Ceci étant, « ces caractéristiques contextuelles n’expliquent ensemble qu’au maximum 5 % du risque de burn-out, et sont donc fortement subordonnées aux caractéristiques professionnelles, qui ensemble expliquent 41 % », relativisent les auteurs.

Absentéisme en hausse

Le burn-out est l’une des causes de l’augmentation de l’absentéisme au travail en Belgique. À l’automne 2021, cet absentéisme à moyen terme (entre un mois et un an) pour cause de maladie était supérieur de plus de 5 % au niveau de 2019, et au premier trimestre 2022, il était déjà supérieur de 9,5 % à celui du même trimestre de 2020.

« Ces chiffres désolants indiquent qu’une approche plus audacieuse de la part de toutes les parties concernées est nécessaire et urgente », estime Jacqueline Jost, « expert-coordinateur bien-être psychosocial » chez Securex où l’on plaide pour que la prévention du burn-out fasse l’objet d’une attention particulière au niveau des gouvernements, des employeurs et des employés.

« Le concept de contrôle physique des travailleurs est déjà bien établi, mais des contrôles mentaux sont également nécessaires, de manière préventive et régulière.

Si le gouvernement instaure cette combinaison de contrôles systématiquement pour tous les travailleurs, les employeurs s’y engageront », estime-t-elle. « Quant aux travailleurs, ils disposeront d’un moment d’évaluation régulier et d’un outil pour réfléchir de manière critique à leur expérience professionnelle et à leur carrière. »

Les symptômes du burn-out

Selon la définition de la KU Leuven, le burn-out présente 4 symptômes de base :

1) Épuisement : tant physique que mental.

2) Distance mentale : forte réticence à travailler.

3) Dérèglement cognitif : problèmes de mémoire, troubles de l’attention et de la concentration.

4) Dérèglement émotionnel : réactions émotionnelles violentes et incontrôlables.

À ces 4 symptômes de base s’ajoutent 3 dimensions complémentaires :

a) Tension psychologique : problèmes de sommeil, inquiétudes ou crises de panique.

b) Tension psychosomatique : plaintes physiques d’origine psychologique.

c) Humeur dépressive : sentiment de morosité et de déprime.