Il est possible de travailler chez nous sans parler un mot de néerlandais

Publié : lundi 4 juin 2018

Il n’est pas simple pour les entreprises flamandes de convaincre les chercheurs d’emploi francophones de traverser la frontière linguistique. Un constat que fait depuis plusieurs années Michel Soubry, le patron de la célèbre marque de pâtes belge. Son entreprise, basée à Roulers, se porte bien et recrute chaque année des dizaines de travailleurs, principalement des ouvriers. Il serait ravi d’accueillir davantage de francophones mais peine à les attirer.

Métier

 

Soubry est basé en Flandre mais quelle est la part de travailleurs francophones ?

Nous sommes aujourd’hui 420 travailleurs. Environ 350 sont des ouvriers, répartis sur nos différents sites de productions, tous basés à Roulers. Parmi nos ouvriers, 20 % environ sont francophones. C’est donc un taux assez important mais en réalité, la plupart de nos travailleurs parlant français viennent de France et non de Wallonie.

Pourquoi recrutez-vous autant de travailleurs étrangers à la région ?

Le taux de chômage est de 3 %. Nous ne parvenons donc pas à trouver assez de travailleurs, notamment pour nos postes d’opérateurs et de techniciens. Actuellement, une dizaine de postes sont d’ailleurs ouverts. On doit donc aller les chercher autre part. Comme nous ne sommes pas très loin de la France, nous pouvons en profiter.

Pourquoi ne pas attirer en priorité les francophones belges ?

Nous essayons aussi ! Nous serions ravis d’accueillir plus de francophones de Belgique, ils sont vraiment les bienvenus. Mais nous avons de grandes difficultés à les faire venir. Nous avons fait beaucoup d’efforts ces dernières pour tenter de les attirer mais avec un succès plus que mitigé.

Le fait d’être à Roulers pourrait expliquer le faible intérêt des francophones belges ?

On comprend qu’il soit difficile pour des Bruxellois de venir, en raison de la distance. Mais nous ne sommes qu’à une vingtaine de minutes de Mouscron par exemple. Malgré cela, les gens ne semblent pas prêts à venir. Ce n’est pas lié à notre société, je connais plusieurs autres entreprises qui partagent ce constat dans la région et à Courtrai, qui est encore plus proche de la frontière linguistique. De plus, il n’y a pas vraiment de problème de mobilité, l’autoroute est toute proche et le trafic n’est pas le même que pour entrer à Bruxelles.

Comment alors expliquer cette situation ?

Le chômage en Belgique pour un sans-emploi est bien plus « intéressant » qu’en France. Chez nous, il est possible de « vivre » du chômage. En France, après deux ans sans emploi, les chômeurs n’ont presque plus d’allocations. Les Français proches de la frontière sont donc plus enclins à venir, d’autant que le Nord est aussi confronté à un taux de chômage relativement important. Il y a aussi probablement une crainte concernant le néerlandais.

Justement, quelles sont vos exigences concernant les connaissances de la langue ?

Nous avons mis en place énormément de mesures visant à faciliter le travail de nos collaborateurs ne parlant pas néerlandais. Cela a commencé par la traduction de toutes les informations utiles pour les travailleurs. Nous avons aussi adapté les formations en français. Nous organisons même les équipes, de sorte qu’il y ait toujours un responsable parlant français. Aujourd’hui, il est donc possible de travailler chez nous sans parler un mot de néerlandais.

S’agit-il d’un investissement important pour vous ?

Oui forcément. Nous sommes confrontés à ce manque de main d’œuvre depuis une dizaine d’années. Les moyens ont donc été installés progressivement mais sont un coût important. Pour les fiches d’informations par exemple, ce sont à chaque fois des dizaines et des dizaines de pages à traduire. C’est des frais supplémentaires pour nous mais qui sont indispensables.

Regrettez-vous ce manque d’intérêt des francophones belges ?

Oui, c’est vraiment dommage. Nous devons nous tourner vers la France alors que de la main-d’œuvre est potentiellement disponible chez nous. Nous travaillons avec le Forem pour continuer à faire connaître nos besoins auprès des demandeurs d’emploi wallons mais sans réel succès. Nous sommes de plus en croissance et le marché flamand se porte bien, ce qui rend le recrutement encore plus compliqué. Je le redis donc, les travailleurs francophones sont vraiment les bienvenus.

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