Ilham Kadri : «Il y a un souci pour la compétitivité en Europe »

Rédigé par: Benoît July
Date de publication: 5 juil. 2023
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La CEO du groupe chimique Solvay voit dans la transition une «vraie opportunité» dans laquelle son groupe s’engage «à plein pot». Mais elle est inquiète pour l’Europe : «Il faut qu’on décarbonise, mais de manière compétitive et industrielle. Il ne faut pas vouloir tout faire en même temps.»

Il y a un souci pour la compétitivité en Europe

Voyez-vous la transition climatique comme une opportunité ?

Absolument, la transition climatique est une vraie opportunité. Pour vous donner une idée, chez Solvay, sur 13 milliards d’euros qu’on génère aujourd’hui, on a dans le pipeline 10 milliards d’euros. Donc, on peut cannibaliser tout notre portefeuille avec des solutions qui amènent l’allègement, l’électrification, la digitalisation, qui sont plus vertes et plus durables.

Faut-il faire une pause dans la réglementation ou, au contraire, l’accélérer ?

On s’est engagés sur cette transition énergétique et de durabilité. Nous n’avons pas fait de pause, même pendant la pandémie. On s’est engagés pour s’aligner sur la trajectoire de Paris; depuis 2019, on a fait deux fois Paris. On s’est engagés sur la neutralité carbone donc, ce qu’on veut, c’est accélérer les solutions, ces énergies propres qui doivent être massivement disponibles autour de nos sites manufacturiers, par exemple en Europe, pour pouvoir accélérer la transition. Mais il ne faut pas vouloir tout faire en même temps. Il faut qu’on fasse du backcasting (rétroplanning, NDLR) depuis 2050, plutôt qu’essayer de tout faire d’ici les prochaines années. Il y a un souci, mais aussi une opportunité pour la compétitivité, surtout en Europe. Il faut qu’on décarbonise, mais il faut qu’on le fasse de manière compétitive et industrielle.

Pourriez-vous être davantage tentée d’investir aux Etats-Unis qu’en Europe ?

Solvay est une société internationale. Il se trouve qu’on est belges et on est fiers de l’être. Les Etats-Unis, c’est notre plus grand pays, au niveau du capital humain, et générateur de revenus. Donc, oui, on investit aux Etats-Unis, on y va avec beaucoup d’investissements, qui sont aussi subventionnés par l’IRA (Inflation Reduction Act, NDLR). Mais je ne vois pas de contradiction. On continue d’investir en Europe, et le challenge, pour l’Europe, qui est aussi une opportunité, c’est de trouver cet équilibre entre des régulations qui veulent décarboniser. Nous, on y va «à plein pot», on a un plan, on a une feuille de route, mais il faut aussi analyser cette compétitivité, comment on doit protéger les chimistes, les industriels européens qui font du propre contre, peut-être, des importations qui vont être moins propres. On cherche aussi un accès aux matières premières qui doit être compétitif et une énergie qui doit être abordable et disponible.