Ils ont transmis le flambeau de l’engagement

Piccard & kadri

Ce 28 mars, Ilham Kadri, CEO de Solvay, et Bertrand Piccard, fondateur de Solar Impulse, ont répondu à l’invitation de «Références » et de l’UCLouvain School of Management pour parler avenir et transition écologique. La ferme du Biéreau à Louvain-la-Neuve, un public de jeunes entrepreneurs et un mantra : l’impossible est possible.

Construisons le futur que nous voulons, ensemble. » Salve d’applaudissements. La salle est comble. Ilham Kadri, présidente et directrice générale du groupe belge de chimie Solvay, vient d’offrir un discours plein d’espoir aux jeunes étudiants venus en nombre pour écouter et participer à un débat autour de la question de la transition écologique et de la croissance économique.

Bertrand Piccard, explorateur et fondateur de Solar Impulse, est le second invité. Lui aussi livre une allocution qui fait mouche : « L’innovation ne vient pas quand on a une nouvelle idée, mais quand on ose s’affranchir, casser les règles. » Think outside the box. Changer de paradigme et se focaliser sur une économie plus qualitative, plus efficiente, plus circulaire : tout un programme.

Pour y parvenir, plus de 1.000 solutions ont été identifiées par la Fondation Solar Impulse. Ces projets existent, et quatre sont présentés : Shayp (solution pour lutter contre les fuites d’eau), Back2Buzz (société spécialisée dans le reconditionnement des téléphones), 4Inch (système de gestion de chauffage à distance) et Tapio (plateforme qui aide les entreprises à contrôler leurs émissions carbones).

Après les présentations des projets vient le débat. Trois jeunes, trois profils différents, mais tous engagés. Chloé Mikolajczak (activiste pour la justice sociale et climatique), Mathieu Louis (membre du Junior Consulting Louvain) et Thomas Dupont (membre de Corporate ReGeneration).

« Bertrand Piccard m’a appelée expressément la semaine dernière pour que je vous dise shoot. Donc shoot, ne vous retenez pas », lance Béatrice Delvaux, éditorialiste du Soir et modératrice du débat. Le ton est donné. Pas de langue de bois. Trois éléments à retenir.

Thomas D

Thomas Dupont, membre de Corporate ReGeneration

1. Croissance économique et protection de l’environnement : « C’est possible »

La première intervention est celle de l’activiste Chloé Mikolajczak, qui pointe du doigt la « fan-attitude » de Bertrand Piccard à propos des technologies et son amour pour la croissance économique qualitative. « Est-ce que prôner un 8discours de croissance, ce n’est pas 8dangereux pour la planète ? »

Réjoui par l’interpellation, Bertrand Piccard répond : « Question tellement parfaite que je ne sais pas comment les autres panélistes vont réussir à en trouver d’autres. C’est exactement le cœur du problème. Tout d’abord, je veux juste dire que je ne suis pas un fan de la technologie, mais un fan du bon sens. » 8Fabriquer des objets utiles avec des 8déchets, économiser l’eau, être efficient dans le chauffage, recycler des batteries de téléphone : pour lui, la technologie est avant tout au service de l’action.

Concernant la croissance ? « Mon pari est de continuer à affirmer que des choses impossibles sont possibles. On ne peut pas découpler la croissance économique de la production des émissions de CO2 et de la quantité de déchets ? Moi, je pense que c’est possible en changeant de paradigme. »

Il rassure : pas de manière utopique, mais en cherchant les blocages actuels. « L’économie, aujourd’hui, il faut l’utiliser pour ce qu’elle donne de bon : amélioration de la qualité de vie, redistribution par les impôts, aide aux pays les plus défavorisés… Elle est fondamentale, et elle doit croître. » Par contre, il y ajoute la notion d’efficience : « Quand on économise des ressources, cela coûte moins cher. Et ce moins cher dégage du profit qui permet de payer pour de l’investissement. »

Dans sa question, Chloé Mikolajczak fait aussi référence au paradoxe de 8Jevons, qui dit que plus il y a d’efficacité énergétique, plus l’augmentation de la consommation est importante, parce que la population se dit « Si c’est plus efficace, on va consommer plus ». Pour Bertrand Piccard, « cette théorie, basée sur l’économie du charbon, date de 1800, période où l’environnement n’était absolument pas une priorité. 8Aujourd’hui, cela a changé, parce qu’il y a une compréhension du besoin de protéger l’environnement. Avec la taxe carbone, si on économise pour consommer davantage, on va payer plus. » Fervent défenseur de la taxe carbone, Bertrand Piccard considère qu’avec cette nouvelle manière d’envisager l’avenir, développement économique peut rimer avec baisse de la pollution.

Mathieu Louis et Chloé Mikolajczak

Mathieu Louis (membre du Junior Consulting Louvain) et Chloé Mikolajczak (activiste pour la justice 8sociale et climatique)

2. Les situations de crise n’arrêtent pas l’action

Face à Ilham Kadri et Bertrand Piccard, Mathieu Louis (Junior Consulting Louvain) affirme sa position de représentant des jeunes : « Nous faisons de plus en plus attention à mettre du sens dans nos engagements. Depuis 2018, des milliers d’entre nous se rassemblent en Europe pour demander un changement écologique et social plus rapide. Malheureusement, il a fallu attendre la crise sanitaire et la guerre en Ukraine pour que les gouvernements et les entreprises utilisent des leviers d’actions importants pour enfin accélérer cette transition écologique. »

Pour Ilham Kadri, être actif sur la question de la préservation de l’environnement ne connaît pas de timing : « Il ne faut pas travailler sur cet enjeu que lorsque tout va bien. Il faut que ça soit inscrit dans une stratégie, et il faut 8surtout qu’on y croie aussi, parce que les jeunes y croient. »

Pour Bertrand Piccard, les situations de crise permettent de se concentrer sur des projets à une échelle plus locale : « J’ai cru pendant longtemps que c’était la politique internationale qui permettait de résoudre les problèmes. Mais ce n’est pas le cas. Ce sont les entreprises qui amènent des solutions. » Des mobilisations qui viennent du bas de l’échelle et que Solar Impulse, dans son action, souhaite mettre en avant.

3. Le bien-être individuel comme moteur de l’engagement

A côté de cette volonté de prôner l’effort de groupe comme levier de changement, Thomas Dupont (membre de Corporate ReGeneration) s’interroge sur l’individu et son bien-être au sein de l’action.

« C’est une très belle question », s’exclame Ilham Kadri. « Il faut toujours chercher le bien-être de l’humain au sein de l’entreprise, parce que lorsqu’il s’y sent bien, il est beaucoup plus engagé. » La philosophie chez Solvay ? « Venez au travail comme vous êtes. » Interroger les travailleurs sur la vision de l’entreprise, c’est aussi essentiel, pour 8Ilham Kadri. Elle illustre : chez Solvay, les employés ont répondu à une enquête pour établir la raison d’être de la boîte. La conclusion du sondage ? « Ce qui 8importe pour nos travailleurs, ce sont les humains et les idées pour réinventer le progrès, parce qu’on sait que ce qui nous a amenés ici ne nous amènera pas plus loin. »

Quelques questions du public plus tard, le mot de la fin revient à Mathieu Louis : « En Belgique, il y a plus de 150.000 étudiants. Nous avons envie d’apporter de nouvelles solutions. Ne nous oubliez pas. » « C’est pour ça qu’on est là », conclut Ilham Kadri, rejointe par Bertrand Piccard. A la sortie, des sourires aux lèvres, des idées plein les têtes. Définitivement, les clefs de 8demain sont entre des mains pleines de volonté…

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