Ingénieur, encore et toujours la perle rare du marché

Publié : mardi 30 janvier 2018

Il y a quelques semaines, la Fabi, Fédération d’associations belges d’ingénieurs civils et de bio-ingénieurs, mettait des chiffres sur l’un des maux les plus connus sur le marché du travail : le manque d’ingénieurs diplômés (civil, industriel et bio-ingénieur). Le constat lancé par la structure regroupant pas moins de cinq fédérations du secteur est sans appel : elle estime que la pénurie s’élève à 500 ingénieurs. Un manque qui n’est d’ailleurs pas une nouveauté. « En Belgique francophone, environ 1.500 ingénieurs étaient diplômés il y a dix à vingt ans. Les années suivantes, leur nombre a fortement baissé », explique la fédération. Face à cette pénurie, le secteur tente, comme il peut, de susciter les vocations. « Les fédérations se sont rassemblées pour mettre en place différentes mesures, comme des tables rondes, un site internet, et des mesures pour améliorer les contacts avec les écoles », explique Georges Bollen, le secrétaire général de la Fabi. Des efforts qui commencent doucement à porter leurs fruits. Depuis 2012, le nombre d’inscrits et de diplômés dans les études d’ingénieur repart légèrement à la hausse. Pas de quoi crier victoire pour autant. « Cela évolue effectivement depuis quelques années, mais toutes les fédérations se plaignent encore du manque de diplômés », précise d’emblée le représentant de la Fabi.

pénurie d'ingénieurs

Raisons multiples

Malgré les efforts consentis, certaines difficultés persistent pour attirer de futurs étudiants. Notamment en raison, ce qui est paradoxal, des très nombreux débouchés qu’apporte un diplôme en ingénieur. « L’une de nos difficultés est de montrer concrètement ce que cela signifie d’être ingénieur tant ils sont présents dans de nombreux secteurs. Quand on parle de médecine, on voit très bien à quoi mèneront les études. Ce n’est pas toujours le cas chez nous. Ce n’est donc pas simple pour un jeune de s’imaginer ce qu’il fera concrètement » , explique le secrétaire général. L’autre difficulté concerne le public à atteindre. Pour convaincre les futurs étudiants d’entamer ce type d’études, la sensibilisation doit se faire assez tôt. Là encore, la tâche est loin d’être facile. « On constate que c’est vers la 4 e et 5 e secondaire que les choix se font. Mais il s’agit d’un public difficile à atteindre et dont les envies ne sont pas toujours stabilisées. Cela demande du coup beaucoup d’investissements et de moyens, ce dont ne disposent pas nécessairement les fédérations », ajoute encore Georges Bollen.

La spécificité pour attirer les talents

La difficulté des études ne serait néanmoins pas un frein, selon le secrétaire général. « On peut reprendre l’exemple des études de médecine. Elles ne sont pas plus simples mais ne sont pas confrontées à ce problème. Il y a effectivement un examen d’entrée en ingénieurs civils, mais on constate, une fois effectué, des taux de réussite de 80 %, ce qui est largement plus que la moyenne des études supérieures », ajoute le secrétaire général.

Face à ce manque de diplômés, les employeurs sont touchés de façon assez diverse. Avec une quarantaine d’ingénieurs dans ses rangs, la Société wallonne des eaux (SWDE) est régulièrement amenée à renouveler quelques postes manquants. «Nous avons des besoins assez spécifiques pour notre bureau d’étude, pour lequel nous avons besoin d’ingénieurs en génie civil et électromécanique. Pour nos autres services, nous comptons aussi des ingénieurs industriels et bio-ingénieurs »,explique Henry Pecheur, directeur de production à la SWDE. Face à la large concurrence, la société publique peut s’appuyer sur la spécificité de son activité pour attirer les talents. « Pour les bio-ingénieurs, nous trouvons sans trop de difficulté des candidats car notre fonction est assez atypique et intéresse ce public. Assurer la gestion et la distribution de l’eau est une belle mission. Mais pour les autres profils, où nous avons plus de concurrence, nous éprouvons beaucoup plus de difficultés », explique-t-on encore du côté du SPWDE. Un constat probablement encore plus amer puisque, visiblement, le métier plaît. Toujours selon l’étude de la Fabi, 80 % des ingénieurs en activité se disent très satisfaits de leur situation. Une réalité qu’aimerait d’ailleurs faire partager plus largement la fédération.

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