Insertion en milieu hospitalier : Hospi’Jobs réinvente l’inclusion des travailleurs étrangers

Rédigé par: Liliane Fanello
Date de publication: 11 janv. 2024

Face à la pénurie de main-d’œuvre dans les hôpitaux, des acteurs liégeois se sont intéressés à l’employabilité de personnes migrantes peu scolarisées et/ou peu expérimentées. Au travers du parcours Hospi’Jobs, ils prouvent qu’avec une approche judicieusement construite, fondée sur le dialogue et la confiance dans le potentiel du public éloigné de l’emploi, et la mise de côté d’une série d’idées préconçues, on arrive à des résultats très motivants !

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Un hôpital est une fourmilière de métiers indispensables qui ne s’arrête jamais. En même temps, la pénurie de main-d’œuvre le confronte à un vrai casse-tête. Pourtant, diront certains, on ne manque pas de bras sur le marché de l’emploi ! Alors, où est-ce que ça coince ? L’objet n’est pas ici de décortiquer l’efficacité des politiques de mise à l’emploi existantes… Par contre, on va vous parler d’Hospi’Jobs, un parcours qui se veut novateur, destiné à favoriser l’insertion socioprofessionnelle et l’inclusion de chercheurs d’emploi étrangers dans les hôpitaux.

Ce parcours a été créé par le Monde des Possibles (centre de formation en français langue étrangère, entre autres) et l’IRFAM (Institut de Recherche, Formation et Action sur les Migrations), en partenariat avec l’IFAPME, le CRIPEL et le FOREM. Ces associations ont décidé de penser l’insertion socioprofessionnelle autrement.  

Un paradoxe à résoudre
« A l’IRFAM, nous travaillons à construire des liens entre la recherche et les interventions dans le domaine de l’intégration et du développement, ainsi que de la valorisation des diversités », explique Altay Manço, Directeur scientifique de l’IRFAM. Avec son équipe, il a analysé les dispositifs de mise à l’emploi dans les pays de l’OCDE. Ils en ont conclu entre autres que dans la majorité des cas, et a fortiori dans notre pays, les pratiques existantes ne conviennent pas aux migrants, et par extension au public éloigné de l’emploi. Pour preuve : en Belgique, le taux d’emploi parmi les personnes d’origine extra-européenne est d’à peine 50% alors que la moyenne nationale est de 70%, et alors que le marché de l’emploi est en tension… « Face à ce paradoxe, nous avons réfléchi à la mise en place de nouveaux dispositifs », poursuit Altay Manço.  

Tutorat, concomittance & médiation
Ces recherches ont permis d’identifier trois traits communs aux dispositifs qui fonctionnent : 1. Un vrai partenariat avec les entreprises. 2. La concomittance : sérier les formations, à savoir commencer par l’apprentissage de la langue, puis passer aux autres apprentissages les uns à la suite des autres, n’est pas efficace. 3. Enfin, un chef d’orchestre est nécessaire pour coordonner le tout. 

Ce sont précisément les trois piliers d’Hospi’Jobs, qui s’adresse essentiellement (mais pas que) à des femmes et hommes migrants faiblement scolarisés, maîtrisant pas ou peu le français, et sans expérience professionnelle dans les secteurs visés par cette formation, à savoir le cleaning, le catering et la logistique. Trois hôpitaux liégeois se sont lancés dans ce parcours de 15 semaines (dont 6 de stage) : le CHR de la Citadelle, le CHU de Liège et le CHC MontLégia. « La formation va donner le vocabulaire technique pour pourvoir comprendre les consignes, travailler le savoir-être, mettre les personnes en confiance et leur apprendre les codes du monde de l’entreprise », décrit Cossi Noudofinin, responsable du projet Hospi’Jobs au Monde des Possibles. « Ensuite, l’apprentissage du métier en tant que tel est entièrement pris en charge par les équipes hospitalières. »

Une barrière, la langue ?
« Notre démarche va à l’encontre de la vision largement répandue selon laquelle une personne analphabète ou ne maîtrisant pas suffisamment le français doit d’abord acquérir un niveau jugé suffisant avant de pouvoir commencer un stage ou une formation », commente Charlotte Poisson, chargée de projet à l’IRFAM. « Les personnes dont nous parlons sont souvent dans des situations d’urgence, nécessitant de trouver un emploi. Le sens qu’elles mettront dans l’apprentissage du français leur apparaîtra plus clairement si une finalité opérationnelle se profile. »

Hospi’Jobs démontre en tout cas que la maîtrise de la langue n’est qu’un élément parmi d’autres. « L’acclimatation à la culture d’entreprise et les bonnes relations avec les collègues semblent bien plus déterminantes pour décrocher un emploi », affirme Charlotte Poisson. Ce que confirme Philippe Coline, Chef de service logistique et approvisionnement CHU de Liège : « Il est vrai que la langue est un obstacle. Mais derrière, nous voyons surtout la question de la confiance et de l’intégration dans l’équipe. »

Des motivations colossales
L’IRFAM et le Monde des Possibles organisent un débriefing régulier avec les équipes hospitalières, ce qui permet d’affiner le parcours au fil des sessions. « L’inclusion dans l’emploi n’est pas du tout facile, aussi, ces débriefings sont importants », affirme Alain Hougrang, Manager du pôle restauration et nutrition du groupe CHC. « Et à l’heure actuelle, je peux dire que l’expérience Hospi’Jobs est un vrai succès. Il y a au sein des participants des motivations colossales que nous ne retrouvons pas ailleurs ! »

Depuis la création d’Hospi’Jobs en 2020, plus de la moitié des participants ont décroché un contrat d’emploi. Leyla en fait partie. Son français est hésitant : « Je suis en Belgique depuis 10 mois et chaque fois que je voulais faire une formation, on me disait non car mon français n’est pas bon. Hospi’Jobs est la première qui m’a acceptée. » 

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