Interprètes en langue des signes : un manque criant en Belgique

A côté des informaticiens et ingénieurs, il existe d’autres fonctions où l’offre de personnel qualifié est largement en pénurie. C’est notamment le cas pour le métier d’interprète en langue des signes. Rarement sous le feu des projecteurs, cette fonction est pourtant essentielle pour une partie de la communauté.

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« En Belgique, la déficience auditive touche 8,9 % de la population et la déficience auditive profonde concerne 0,53 % de la population. Ce qui nous donne environ 60.000 sourds profonds en Belgique" , explique Marie Florence Devalet, chargée de communication pour la Fédération francophone des sourds de Belgique (FFSB). On peut donc raisonnablement estimer que le nombre de personnes ayant besoin d’un soutien en langue des signes en Fédération Wallonie-Bruxelles se rapproche de 25.000, car la langue des signes ne se limite pas aux personnes avec une surdité profonde, continue la responsable communication.

Face à un tel besoin, le manque d’interprètes est pourtant criant. « Il y a six ans, on avait l’équivalent de huit interprètes à temps plein pour toute la Wallonie et l’équivalent de deux TP pour Bruxelles. »

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Les interprètes débordés

Cette véritable pénurie s’explique notamment par un manque cruel de formations. Ce n’est en effet que depuis quelques années, que des mesures sont mises en place pour répondre à la demande (voir ci-contre).

Avant cela, le chemin pour devenir interprète était laborieux. « Nous nous sommes tous formés sur le tas, en étant en contact avec la communauté sourde », lance Christiane Broekman, interprète qui travaille au centre Comprendre et Parler de Bruxelles et traduit en signes les JT de la RTBF et Canal C. « J’ai personnellement une formation de logopède. Durant mon cursus, j’ai eu l’occasion d’étudier une heure par semaine la langue des signes », explique l’interprète qui s’est ensuite passionnée pour cette langue.

Aujourd’hui, elle déborde de travail. « En moyenne, je refuse cinq interprétations par jour, faute de temps. Je pourrais travailler tous les soirs et les week-ends si je le voulais », poursuit-elle. Christiane Broekman n’est d’ailleurs pas la seule à refuser des traductions. « Au Service d’interprétation des sourds de Bruxelles par exemple, en 2011, ils arrivaient à couvrir environ la moitié des demandes, et encore, il est très difficile de mesurer le taux d’abstention de demande qui découle du nombre important de refus », explique encore Marie Florence Devalet, de la FFSB.

Si les formations manquent, le besoin d’interprètes n’a cessé de croître. « Avant, nous n’avions que des demandes directes de sourds pour de l’interprétation relationnelle. Il s’agit alors de traduire lors d’un échange, comme pour aller chez le notaire, par exemple. Mais désormais, il y a aussi une demande plus institutionnalisée, venant des employeurs, du monde politique ou encore de l’événementiel », continue l’interprète, qui travaille d’ailleurs également pour les Francofolies de Spa.

Pour répondre aux importantes demandes, un centre relais a été mis en place. Il permet de faire appel à un interprète via un logiciel comparable à Skype, proposant des traductions à distance. Une formule qui répond à plus de demande mais qui ne suffit pas.

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