"Je vous en prie, ne m'embauchez pas"

Voilà une bien curieuse façon de conclure une lettre de motivation, vous en conviendrez. Pas vraiment le genre de formule qu’on suggère sur les sites spécialisés... Et pour cause. Il s’agit d’une des nombreuses conclusions apportées par l’artiste Julien Prévieux à ses "lettres de non-motivation", véritables satires décalées de cette institution de la recherche d’emploi qu’est la lettre de motivation.

Pendant près de 7 ans, entre 2000 et 2007, Julien Prévieux s’est fendu de réponses touchantes, mordantes, absurdes (et souvent très drôles) à des offres d’emploi bien réelles. Seul point commun de ces centaines de courrier, un refus assumé de l’emploi proposé.

"Malheureusement, je me vois dans l'obligation de décliner votre offre"

Ainsi, à ce fabriquant de sauces froides qui recherche un chef de secteur, il commence par expliquer : "Depuis 5 ans, je me nourris exclusivement de sauce béarnaise, de sauce hot pepper, de sauce pommes frites, de sauce américaine, d’aïoli, de sauce pour nem, de sauce bourguignonne et de sauce madère. Dans une recherche d’efficacité maximum, j’ingurgite les pots le plus rapidement possible. Fort de cette expérience, j’ai largement dépassé le poids limite qu’on peut se permettre si l’on veut pouvoir se déplacer. C’est pourquoi j’estime avoir toutes les qualités requises pour devenir chef de secteur."

Pour finalement refuser l’offre au motif que "Malheureusement, votre proposition de poste se situe en région parisienne et je ne m’éloigne jamais du supermarché Franprix de la rue des Amandiers."

Réponses automatiques ?

Si la plupart du temps ces lettres un peu particulières sont restées sans réponse, il est toutefois arrivé plus d’une fois qu’elles fassent l’objet d’un retour. Automatiques souvent, à l’image de la réponse reçue à la lettre évoquée ci-dessus, dans laquelle le fabriquant de sauces refuse poliment la (non)candidature, tout en se proposant tout de même de "faire appel à vous si d’aventure un poste correspondant à votre profil venait à se libérer" !

Mais parfois aussi personnalisés, que ce soit pour défendre l’honneur d’un métier dont Julien se moquait (gentiment) dans sa lettre ("Monsieur, si votre lettre de « non candidature » ne manque pas d’humour, j’ai toutefois peu apprécié que vous puissiez vous permettre de tourner en dérision un des métiers les plus reconnus de notre profession") ou simplement pour acter son refus. Dans ce registre, la palme revient probablement à la compagnie Bouygues Telecom, qui lui répond : "Nous prenons donc bonne note de votre refus et vous confirmons que vous demeurez libre de répondre ou de ne pas répondre à nos offres".

Si l’envie vous prend de vous plonger dans l’univers insolite de ce candidat peu commun, un florilège de ses meilleures lettres (et réponses) est disponible sur son site Internet.

Cédric Leterme

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