Job insolite : comportementaliste canin

Votre chat est d’humeur ronchonne, votre chien aboie sur tous les badauds et votre canari apathique regarde l’horizon avec mélancolie… On peut dire que c’est pas la top ambiance à la ferme ! Pourquoi ne feriez-vous pas appel à un comportementaliste animalier ? Nous en avons rencontré un pour vous. Zoom sur un job insolite.

Michel Philibert, Français venu s’installer en Belgique pour des raisons professionnelles, est comportementaliste canin. Il nous explique son métier.

Comment êtes-vous devenu comportementaliste canin?

Il s’agit d’une reconversion professionnelle. À 50 ans, j’ai été licencié alors que j’étais sales delivery manager. J’ai essayé de trouver un nouvel emploi dans mon secteur, mais c’était mission impossible à mon âge. J’ai alors décidé d’en profiter pour faire ce que j’ai toujours voulu : m’occuper des animaux et aider les gens à les comprendre.

On peut devenir comportementaliste canin en faisant trois années supplémentaires après des études de vétérinaire. Sinon, il existe des formations spécifiques en France, qui donnent accès à la profession avec un diplôme reconnu, ce qui n’est pas le cas en Belgique. C’est ce que j’ai fait. J’ai suivi des cours par correspondance, défendu un mémoire et effectué des stages. Le tout en 18 mois intensifs.

En quoi consistent vos activités ?

Je ne suis pas comportementaliste à temps plein, faute de patientèle suffisante. La moitié du temps, je garde donc des animaux. Je m’occupe de chats, de chiens, d’aquariums et de volières, lorsque les propriétaires partent en vacances ou qu’ils sont inaptes à s’en occuper (des personnes trop âgées pour sortir leur chien par exemple). J’éduque aussi des chiens, je les sociabilise et leur apprends comment se comporter dans des situations d’interaction sociale (dans la rue, les magasins, le train, etc.).

Mon métier de comportementaliste consiste à me déplacer chez les propriétaires de chiens (ma spécialité étant le comportement canin), pour voir comment ceux-ci évoluent dans leur environnement et pour essayer de comprendre ce qui ne va pas. Ça peut être le couchage, les bruits, etc. L’idéal étant que la famille soit au complet, pour que je puisse discuter avec tous ceux qui ont une interaction régulière avec le chien.

À quoi peut-on attribuer les troubles canins ?

La majorité des troubles canins ne sont pas attribuables au chien lui-même mais au maître, qui connaît mal son animal. Ainsi, on peut dire qu’il n’existe pas de chose telle qu’une « race problématique », mais bien une mauvaise connaissance des races dans le chef des maîtres. Les petits chiens sont tout aussi complexes que les grands. Par ailleurs, certains maîtres choisissent un rottweiler parce qu’ils se disent qu’ils seront tranquilles avec un chien de garde. Or, les rottweilers sont très énergiques, compliqués. Ils ont besoin de se dépenser et deviennent nerveux sans activité. De même, les petits chiens que l’on prend pour des peluches ont également besoin de bouger et peuvent parfois être très nerveux. Il faut donc bien définir les besoins des chiens.

Certaines races ont-elles des spécificités propres, innées ?

Ce n’est pas vraiment une science exacte ou une vérité absolue. Mais on peut parler de tendances. Ainsi, par exemple, les golden sont de très bons compagnons pour les handicapés moteur. Ils sont très obéissants et peuvent rendre de nombreux services : allumer la lumière, retirer la veste, ramasser des clés, aller chercher un gsm sur une table (et le distinguer de la télécommande), ouvrir des portes, etc. En revanche, comme ils sont justement si obéissants, ils ne font pas de bons accompagnateurs d’aveugles. Car les chiens d’aveugles doivent pouvoir aller à l’encontre de l’ordre de leur maître, s’ils jugent le comportement de celui-ci inapproprié (s’il les mène vers un mur, sur la rue etc.). C’est pourquoi les labradors, généralement plus affirmés, sont plus conseillés pour guider les aveugles.

Quels sont les problèmes les plus courants que vous rencontrez ?

Les problèmes d’aboiement, de voisinage, de fugue, de destruction, d’agressivité (envers le facteur, les voisins, les passants, les autres chiens, etc.) et des troubles que l’on rencontre aussi chez l’humain, comme la dépression, l’hyperactivité, l’autodestruction.

Comment soignez-vous ces troubles ?

Je demande d’abord que les maîtres aillent avec leur chien chez le vétérinaire, pour faire un bilan physique de l’animal. Si celui-ci présente des signes pathologiques d’hyperactivité, par exemple, le vétérinaire peut prescrire des psychotropes, chose que je ne peux pas faire. Sinon, j’aide les maîtres à interpréter les messages que tente de leur faire passer leur chien. Il faut apprendre à connaître son animal.

Des signes d’hyperactivité peuvent par exemple être des symptômes d’anxiété de séparation. Dans ce cas, il faut banaliser le départ et le retour du maître, ne pas faire la fête à son chien quand on rentre, ne pas lui faire de grands adieux lorsque l’on s’en va. On peut aussi l’habituer à rester seul, partir 1 minute, puis 2, 5, 10, etc., pour lui faire comprendre qu’on revient à chaque fois. On peut aussi occuper le chien pendant notre absence, en lui donnant des jeux de nourriture ou des jeux éducatifs.

Quel conseil donneriez-vous aux nouveaux maîtres ?

Essayez d’adapter vos attentes à votre animal et pas inversement. Connaissez-le, connaissez ses besoins, écoutez-le, décryptez ses messages et ne tentez pas de modifier sa nature pour qu’il se conforme à votre idéal.

Plus d’infos ou besoin d’un conseil particulier ? Vous pouvez contacter Michel Philibert à michel@chapate.eu ou sur son gsm au 0489 46 53 37.

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