Job insolite : tatoueur de prothèse

Même s’il est de plus en plus répandu, le tatouage demeure encore l’objet de nombreux préjugés. Certains en ont fait les frais : ils ont été licenciés à cause d’un tatouage. Aux États-Unis, la ville de San Pablo investit dans un programme pour aider les chercheurs d’emploi à se débarrasser de leurs tatouages. Mais alors que certains débattent sur l’image associée aux tatouages, d’autres prennent le contre-pied des idées reçues et font du tatouage un moyen de lutter contre les préjugés. C’est l’initiative de l’orthoprothésiste Simon Colin, qui est devenu « tatoueur de prothèses », afin de faire de ces prolongements de corps des petits bijoux customisés. Son slogan ? « Prothèsons-nous des préjugés ! » 

Une idée qui naît à Bruxelles

Simon Colin développe le concept durant ses études d’orthoprothésiste à Bruxelles.  En 2008, un jury de professionnels du milieu orthopédique le récompense de grandes distinctions. Il décide alors de se consacrer à la customisation de prothèses et lance son entreprise Custoprothetik, établie à Mouvaux, en France, près de la frontière belge. Il a également implanté un bureau à Bruxelles. Simon Colin est persuadé que « les appareillages orthopédiques peuvent également devenir des espaces d’expression et de créativité. » 

Des artistes de tous horizons

L’entreprise de Simon Colin collabore avec de nombreux artistes de différents horizons. Tatoueurs, illustrateurs, peintres, graphistes, stylistes, photographes mettent leur talent au service de la customisation et permettent la création d’un motif personnalisé, en partenariat avec la personne appareillée. Parallèlement, ils participent à des expositions, des reportages, des conférences, des live paintings… Pour Colin, à travers ce travail, ces artistes « expriment une autre vision du handicap ».

La technique

Les artisans de Custoprothetik démarrent à partir de prothèses humérales, tibiales ou fémorales, sur lesquelles ils ajoutent des supports en mousse, réalisés sur mesure. Ces supports peuvent être fixes ou amovibles. Dans ce dernier cas, les clients peuvent changer régulièrement leur prothèse, en fonction de leur humeur ou de leur style vestimentaire. Avec le client, ils choisissent ensuite un motif, qu’ils recouvrent de résine, pour le rendre plus ou moins brillant en fonction du goût du client. Enfin, ils sont en train de mettre au point des accessoires textiles, que les clients pourront acquérir pour customiser davantage leurs prothèses en fonction de leurs besoins et des circonstances (gants, bas, jambières, manches, etc.).

Il y en a pour tous les goûts

Les artistes de Custoprothetik sont très inventifs. Ils proposent des prothèses sur mesure, en fonction des désirs de chacun. Sur leur site, nous trouvons quelques exemples de leurs créations.


Nous retrouvons ainsi un « bras guêpe », appelé « Golden Vespa » et accompagné de la description : « Bouger comme le papillon. Frapper comme la guêpe », citation de Drew Bundini Brown.

 

 

 

Les clientes plus féminines pourront opter pour  le bras « Cabaret », où l’on précise « Je peux résister à tout, sauf à la tentation », comme le disait Oscar Wilde. 

 

 

 

Elles peuvent aussi choisir une jambe dans le style manga, appelée « Kawaii » et accompagnée de la description « Il y a deux choses qui sont sans limite : la féminité et les moyens d’en abuser », que l’on doit à Luc Besson.

 


 

Les sportifs se feront plaisir avec la jambe « Carbon Curves », pour laquelle est reprise une citation de Mae West qui affirme « La ligne courbe est la ligne la plus jolie d’un point à un autre. »     

 

 

Faire customiser votre propre prothèse

Les prothèses se dessinent sur devis. Le motif imprimé de base coûte 250€. Pour le reste, les artistes de Custoprothetik s’allignent sur les prix de la réalisation d’un tatouage. La customisation n’est pas remboursée par la mutuelle, bien que ce soit une des luttes de l’entreprise de Simon Colin. Il faut compter un mois pour obtenir votre propre prothèse.

 

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