Job next gen : préventeur des risques chimiques

Sous la double contrainte des consommateurs et de la réglementation, les entreprises sont amenées à mieux maîtriser les risques des produits qu'elles mettent sur le marché. Une opportunité pour celles et ceux qui veulent se spécialiser dans ce créneau qui combine complexité scientifique et juridique.

Les législations créent souvent des contraintes pour les entreprises... mais aussi, parfois, des opportunités professionnelles. C'est le cas par exemple de Reach (Registration, Evaluation and Authorisation of Chemicals), un règlement européen qui impose aux entreprises situées en Europe de collecter et diffuser les informations sur les substances chimiques qu'elles utilisent. Objectif : mieux appréhender les risques générés par ces substances en se fondant sur le principe : no data, no market (pas d'information, pas de commercialisation).

Avant qu'une entreprise puisse commercialiser une substance, elle doit démontrer que celle-ci peut être utilisée en toute sécurité sur l'ensemble de la chaîne, depuis la matière première jusqu'au produit fini, résume Jacques Kummer, professeur honoraire à l'ULB, qui a développé une formation ad hoc (Gestion des risques liés aux produits chimiques) suivie l'an dernier par une vingtaine de participants. Les implications d'une telle réglementation, qui concerne des milliers d'entreprises, de substances et de produits, sont évidemment énormes. Car la chimie est partout.

Visant dans un premier temps les produits potentiellement les plus dangereux et les plus gros tonnages – justifiant le fait que les grands acteurs de la chimie maîtrisent déjà très bien la réglementation –, Reach commence à concerner nombre d'entreprises de taille plus modeste : tout producteur ou importateur de substance chimique devra se conformer d'ici 2018 à la réglementation pour autant qu'il mette sur le marché plus d'une tonne d'une substance par an.

Le défi est réel, assure Benoît Gobeaux, Quality, Environment & Reach Certification Manager chez Floridienne Chimie, une entreprise qui s'est pourtant déjà mise en conformité depuis plusieurs années. La réglementation est très complexe non seulement sur le plan technique, mais aussi juridique. C'est la raison pour laquelle, bien que titulaire d'un doctorat en chimie, je n'ai pas hésité à suivre cette formation. D'autant que les contraintes liées à la prévention des risques ne se limitent pas à Reach et vont vraisemblablement encore évoluer. À terme, on peut imaginer qu'aucun utilisateur de substance chimique n'échappera à l'obligation d'en maîtriser les risques. 

Le propos est confirmé par Jacques Kummer qui voit les obligations se renforcer, notamment sous la pression des consommateurs qui s'interrogent désormais non seulement sur les conditions sociales et environnementales dans lesquelles sont fabriqués les produits qu'ils achètent mais aussi, et surtout, sur les risques liés à leur propre santé : quelle est la toxicité réelle de la colle utilisée pour fabriquer tel meuble, quels risques fait courir à mes enfants la teinture utilisée dans tel vêtement, comment puis-je me protéger des nanomatériaux qui sont déjà incorporés dans certaines crèmes solaires ?

Sur le plan professionnel, cela va générer des opportunités, estime Nicolas Harmel, Regulatory Affairs Specialist chez Redebel, une société spécialisée notamment dans la consultance en ces matières. Nombre de PME n'ont pas les moyens pour mettre une personne à temps plein sur de tels dossiers et, parfois, en ignorent les implications très précises pour leur activité. Les accompagner dans les méandres de la législation afin de les aider à s'y adapter demande une réelle spécialisation

Les profils types pour maîtriser ces matières ? Curieusement à première vue, mieux vaut afficher un background généraliste, de type bio-ingénieur par exemple. Les secteurs d'activités sont très divers, de même que les compétences qui font appel aux ressources de la chimie, de la biologie, de la toxicologie, entre autres, justifie Nicolas Harmel. C'est sur cette base qu'on peut acquérir la spécialisation, par le biais de formations complémentaires, mais aussi de l'expérience acquise sur le terrain.

39 810 €

C'est le salaire annuel brut auquel peut prétendre un bio-ingénieur en première année d'activité, complété par des avantages extralégaux estimés à un minimum de 3 875 € net. Et ce, selon les données de la Fabi (Fédération des ingénieurs civils, ingénieurs agronomes et bio-ingénieurs) actualisées au 1er janvier 2013.

1 tonne

C'est le plancher au-dessus duquel toute entreprise qui fabrique ou importe des substances chimiques en Europe devra se conformer la réglementation Reach d'ici 2018. Des dizaines de milliers d'entreprises sont potentiellement concernées en Europe, parfois sans être pleinement conscientes des difficultés qu'elles rencontreront pour s'y conformer.

40

C'est le nombre de directives européennes que la législation Reach (Registration, Evaluation and Authorisation of Chemicals) entendait remplacer dès 2006, créant un seul système applicable à tous les produits chimiques en Europe. S'y ajoutent cependant d'autres textes comme le règlement CLP qui vise quant à lui la classification, l'étiquetage et l'emballage des substances chimiques.

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