L'édito de Rafal Naczyk : Burn-in, turn-out

Pas une semaine ne passe sans que le stress, le burn-out et leurs conséquences ne viennent troubler l’actualité. Sollicité en permanence par les SMS et les e-mails, troublé par des tâches de plus en plus nombreuses et pressantes, notre cerveau n'aurait plus le temps de se reposer. Résultat : une perte de créativité et une vague de burn-out qui désormais, frappe tous les corps de métier. Avant d’être un problème individuel, cette pathologie de civilisation se diffuse autant auprès des salariés que des indépendants et des professions libérales. Mais le mal frappe aussi l'Administration : dans le Service public de Wallonie (SPW), le nombre de jours de maladie consécutif à  un burn-out s'élève à  5 503 jours, selon le ministre wallon de la Fonction publique, Jean-Marc Nollet. Le coût engendré par les absences liées au burn-out depuis le 1er septembre 2013 est estimé à  949 157,44 €.

Autant d’alertes viennent bien évidemment alourdir le dossier, déjà  très lourd, de ce phénomène qui toucherait, selon une étude récente du SPF Emploi, quelque 19 000 travailleurs belges, dont les cols blancs. Le sociologue Denis Monneuse, auteur de plusieurs ouvrages sur l'absentéisme et son revers, le surprésentéisme, s’est penché sur le cas de ces derniers, dans un ouvrage à  paraître dans quelques semaines, intitulé Le silence des cadres. Selon lui, c’est justement ce silence qui peut conduire au burn-out, un mal dont on sait aujourd'hui identifier les différentes phases et le contexte de gestation. Un silence lié à  un taux de syndicalisation des managers proche de zéro, mais pas seulement. Les cadres n’ont pas l’habitude de protester envers leur hiérarchie, leur carrière en dépend. Et ils gardent pour eux les rancœurs et déconvenues tout au long de leurs (trop longues) heures de travail avant de les exprimer dans la sphère intime, avec toutes les conséquences néfastes.

Pour remédier à  cette spirale, Denis Monneuse est radical : Il faut supprimer le statut de cadre. Au moins pour tous ceux qui n’encadrent pas. Une manière, au moins, de supprimer le forfait jour et ses horaires à  rallonge. Pas sûr que la pression et les objectifs diminuent pour autant. La bonne nouvelle, c’est que la prise de conscience du phénomène s’intensifie. En Allemagne, plusieurs grandes entreprises ont déjà  décidé de « débrancher la prise » des messageries professionnelles en dehors des heures de travail. En Belgique, les employeurs sont déjà  responsables du bien-être de leurs employés. Mais récemment, le Conseil des ministres a approuvé deux avant-projets de loi pour améliorer la prévention des risques psychosociaux au travail. Le stress, le burn-out, les conflits, etc. seront à  l'avenir intégrés dans la politique de prévention globale de l'entreprise, comme tous les autres risques pouvant porter atteinte à  la santé des travailleurs. La terminologie va également changer. On n'utilisera plus de termes péjoratifs. On ne parlera, par exemple, plus de « plainte », mais de « demande d'intervention psychosociale ».

Enfin – et c'est là  un pas de géant –, le stress, le burn-out et les tensions relationnelles pourront être indemnisés au même titre que le harcèlement moral, sexuel ou les faits de violence. Ces indemnités peuvent aller de trois à  six mois de salaire. Il y a donc de l'espoir. Orphée embouche sa trompette. Saint Valentin joue du cor. Cupidon vole près du ventilateur. La forêt chante, les cimes sonnent : le bien-être au travail devient une priorité partagée. Ici et maintenant.

 

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