L’anatomie RH d’une connexion 4G

Une appli téléchargée en une seconde, un film en trois minutes... En lançant la 4G sur smartphone, les opérateurs entendent révolutionner les usages. Mais en coulisse, qui sont ceux qui travaillent sur ces technologies ?

Tous les opérateurs mobiles sont dans les starting-blocks. Depuis quelques mois, ceux-ci se livrent à  une véritable course contre la montre pour déployer leur réseau de quatrième génération. Derrière le sigle 4G se cache une norme de très haut débit mobile permettant de surfer aussi vite depuis un smartphone que depuis un ordinateur connecté à  l'internet fixe. Théoriquement, le réseau 4G permet de bénéficier d'un débit dix fois supérieur à  celui de la 3G et sera même supérieur au débit de l'ADSL. À titre d'exemple, le téléchargement d'un album ne prendra que 10 secondes contre plus de 1 minute en 3G, ou un film de 5 Go en HD sera disponible en 17 minutes pour plus de 2 heures sur les précédents débits.

De telles performances rendent possibles le visionnage de vidéos, les jeux ou encore l'utilisation du stockage cloud. De nouveaux usages pourraient aussi faire leur apparition. Ericsson peaufine actuellement le service de transmission de données vidéo LTE Broadcast lors d'événements en live. Prenez un concert, par exemple. Grâce à  une appli, le spectateur se connecte aux caméras qui filment et choisit ses propres angles de vue à  regarder sur son smartphone ou sa tablette. Voilà  pour la part de rêve. Mais la 4G peut-elle, à  terme, « révolutionner » nos manières de travailler ? Nous pouvions déjà  choisir l'endroit duquel nous travaillons. À présent, nous n'avons plus besoin de bureau. Les technologies devenant de plus en plus petites et mobiles, elles permettent aux populations de travailler de n’importe où, observe Nicola Millard, futurologue chez BT (ex-British Telecom).

Avec la 3G et maintenant la 4G, la prédiction d'un internet everywhere, anytime se réalise. Par le grand fluide numérique qui irrigue le monde, les objets s'animent. Mais il reste un logiciel qui n'a pas encore été mis à  jour : c'est le cerveau humain. Désormais, la révolution numérique s'achève, mais « l'accélération » va continuer. La preuve : la première antenne 4G à  peine plantée, les équipementiers télécoms préparent déjà  le coup d'après. C'est le cas du chinois Huawei, très présent en Belgique, qui annonce un investissement de 600 millions de dollars dans la 5G pour les cinq prochaines années. Mais si les « mobinautes » peuvent converser des heures en visio-discussion ou télécharger des vidéos en quelques secondes, que sait-on des professionnels qui installent ces antennes et travaillent sur ces nouvelles technologies à  très haut débit ? Cette semaine, Références refait la chaîne et décortique l’anatomie d’une connexion 4G à  travers le travail.

Analyses stratégiques

Avant tout déploiement, les équipes business et engineering analysent, chacune de leur côté, les opportunités de marché que représente la 4G. On analyse le marché local et ce qui se fait dans d’autres pays, ainsi que les tendances en termes technologiques, le type de mobiles utilisés sur le marché et les services, confie Alexandre Mirzabekiantz, Manager Radio Network Enginieering chez Base Company. Prospection technique, veille technologique, stratégies de convergence… À ce stade, seuls les ingénieurs chevronnés interviennent. Mais la connaissance aiguà« des technologies ne suffit pas. Ils apportent aussi une vision financière au projet, nuance Patrick Delcoigne, Network Innovation Engineer chez Belgacom. Le business aura des vues sur les produits qui seront proposés. Mais nous devons tous traduire nos analyses en termes d’investissement, explique Alexandre Mirzabekiantz. Contrairement à  la troisième génération de téléphonie mobile, les smartphones adaptés à  la 4G utilisent un grand nombre de fréquences pour fonctionner. Surtout, selon les pays, les autorités de régulation ont attribué des fréquences différentes aux opérateurs mobiles. Pour acquérir les licences, les brevets et les sites, les opérateurs déploient des armadas de négociateurs. Les normes environnementales et les réglementations sont très strictes. Nous faisons intervenir des juristes, des architectes et des ingénieurs commerciaux pour négocier les meilleurs emplacements d’antennes, explique Patrick Delcoigne. Dans le jargon, il s’agit de « radio planning ». La bataille est cruciale, la couverture constituant un argument commercial de premier ordre. Bien couvrir les zones de vie, à  défaut du territoire, est indispensable pour que la réalité du débit soit à  la hauteur de la promesse.

R&D et déploiement

En phase de développement, ingénieurs et techniciens sélectionnent les technologies adaptées. Il faut avoir connaissance des standards internationaux, souligne Patrick Delcoigne. Le rythme de l'innovation évoluant très vite, nous effectuons un up-skilling technologique régulier de nos collaborateurs. L'arrivée de la quatrième génération exige aussi d'équiper les stations existantes en matériels adaptés. D’abord, toutes les technologies sont testées en labo par des ingénieurs civils et industriels. Puis, sur le terrain, explique Patrick Delcoigne. Pour déployer massivement la technologie sur place, un travail de connectique est réalisé avec des techniciens. Sur le terrain, la présence de grues penchées n'a rien de surprenant. Il s'agit de remplacer des antennes, installées à  25 m de hauteur, sous les toits. Pour ce faire, les opérateurs font appel à  des sous-traitants habitués à  travailler dans les sites difficiles d'accès. Serrer un boulon, tout le monde peut le faire, mais quand il s'agit d'opérer dans le vide, en suspension, mieux vaut être formé, commente Christophe Panet, responsable travaux de télécommunications à  Charleroi. Pour les travaux sur antennes, non seulement il faut des connaissances sur le plan mécanique, mais aussi en ingénierie powering, car il faut les alimenter en électricité, précise Patrick Delcoigne. D'autres sous-traitants viennent ensuite installer les équipements radio. Les ingénieurs, quant à  eux, doivent assurer le suivi des partenaires externes, pointe Alexandre Mirzabekiantz. La plupart des fournisseurs sont chinois, ce qui nous expose à  de nombreuses différences culturelles. Le déploiement de ces réseaux est basé sur une nouvelle architecture qui co-existe avec plusieurs autres technologies. Les ingénieurs IT sont donc au cœur du système, souligne Alexandre Mirzabekiantz. Ils coordonnent les protocoles des serveurs centraux par lesquels transitent les données. Et où toutes communications s’agrègent.

Commercialisation

Si les antennes se déploient, la 4G ne sera « massivement » disponible qu'à  la fin de l'année, mais fait déjà  vibrionner les acteurs du secteur, opérateurs comme constructeurs. L'enjeu : la rendre désirable auprès du grand public. Habitué avec la 3G, lancée en 2004, à  se connecter à  internet sur son téléphone et à  y lire ses mails, le public, lui, est prêt à  ce « grand bond en avant ». Fin 2012, 65 millions de personnes l'utilisaient déjà , contre 26,5 millions six mois avant. À la fin 2016, 912 millions de personnes l'utiliseront dans le monde, prédit l'Institut de l'audiovisuel et des télécoms en Europe (Idate) dans un rapport publié lors du salon MWC. Pourtant, la 4G reste encore abstraite pour le public. Du coup, les opérateurs déploient des bataillons de marketers et de commerciaux. Mais in fine, ce sont les vendeurs dans les magasins qu’il faut former et sensibiliser le plus. Car c’est eux qui sont au plus près du consommateur, Klaartje Jaques, business partner HR chez Base Company. Cependant, pour bénéficier de telles prestations, il faut que le consommateur se trouve dans une zone couverte par la 4G et, surtout, se soit doté d'un appareil compatible. Là  réside sans doute l'un des principaux obstacles au développement de cette technologie. Car les terminaux pouvant recourir à  la 4G (smartphones ou tablettes) demeurent aujourd'hui plus onéreux - 100 € au minimum de surcoût à  l'achat - que leurs cousins compatibles 3G. De quoi hésiter avant de sauter le pas.

 

La 4G peut-elle révolutionner nos manières de travailler ?

Nous pouvions déjà  choisir l’endroit duquel nous travaillons, explique Nicola Millard, futurologue chez BT (ex-British Telecom). À présent, nous n’avons plus besoin de bureau. Les technologies comme la 4G laissent le choix des lieux, des tâches, des projets et des gens. Quant aux outils, ils tiennent dans une main. Mais depuis des milliers d’années, l’homme est naturellement programmé pour travailler en face à  face avec ses collègues, des clients et d’autres intermédiaires. À l’avenir, les bureaux auront un rôle purement utilitaire : ils devront répondre aux besoins d’une tâche précise, impossible à  réaliser ailleurs. Mais ils resteront un lieu de rencontre.

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