"L’avenir du paysage bancaire belge sera très diversifié"

Administrateur délégué de Febelfin, l’association professionnelle du secteur financier, Michel Vermaerke ausculte la planète finance belge. Pas si moribonde, mais en pleine transition.

Après des années d'expansion continue de leurs réseaux, les banques ont brisé le tabou des fermetures d'agences. Un tabou parce que c'est dans les agences que travaillent près de 70 % des salariés du secteur bancaire belge. Et que, jusqu'à présent, les suppressions de postes se cantonnaient aux banques de financement et d'investissement, ces activités de marchés aux revenus aléatoires. La banque de détail, qui collecte les dépôts et distribue des crédits, brillait au contraire par la régularité de ses résultats financiers et ses salariés semblaient intouchables. Pourtant, un signe ne trompe pas : ce traditionnel gros recruteur qu'est le secteur bancaire a perdu quelque 15 400 emplois en douze ans. Et depuis plusieurs mois, les suppressions de postes s'enchaînent : BNP Paribas Fortis (1 800 équivalents temps plein d’ici trois ans), ING (1 000 d’ici deux ans), Belfius (920 d’ici trois ans) et KBC (530). Pour les syndicats, l’emploi dans la finance belge est en plein naufrage… La banque de détail serait-elle en passe de devenir « la sidérurgie de demain », avec ses fermetures de sites et ses plans de licenciements à répétition ? « Krach-test » avec Michel Vermaerke, administrateur délégué de Febelfin, qui rassemble 250 institutions financières et bancaires, sociétés de crédit et fonds de placement.

Les plans de restructuration se suivent dans les grandes banques. Est-ce le début de la fin ?

Le secteur bancaire est en pleine transformation avec des conséquences sur l’emploi. Actuellement, les banques en Belgique doivent renforcer leurs fonds propres, maintenir leur rentabilité, tout en gérant leurs coûts. Certaines banques commencent donc à réfléchir sur leurs canaux de distribution et le nombre d’agences. Et pourtant : malgré un bilan bancaire qui s’est contracté de presque 30 %, le secteur continue de recruter. Ces cinq dernières années, la contraction en termes d’emploi n’a été que de 2 %. La raison ? C’est que les banques ont une pyramide d’âge poussée : un tiers de la population bancaire dépasse les 50 ans. Il y aura toujours des engagements, mais à un rythme moins soutenu. Certains grands réseaux bancaires embauchent encore, mais ne remplacent pas tous les départs. D'autres gèrent plus strictement leur masse salariale. Il n’y a donc pas de licenciements collectifs, mais un processus de réduction de l’emploi. Ces cinq dernières années, nous avons recruté entre 3 000 et 5 000 personnes par an. Et je m'attends à un même ralentissement en 2013. Si nous parvenons à 1 000 recrutements en 2014, ce sera déjà beaucoup.

Peut-on encore faire carrière dans la finance en Belgique ?

Le secteur bancaire reste un des plus grands pourvoyeurs d’emploi : il représente quelque 100 000 emplois en Belgique. Tout le défi consiste à restaurer la confiance, pour que l’activité redevienne vitale et durable. Les banques doivent se concentrer sur leur rôle essentiel qui est de financer l’économie. Ce processus de renouvellement attire des jeunes et moins jeunes. Un autre atout, c’est que le secteur bancaire est très internationalisé : sur les 100 banques actives en Belgique, 82 ont leur centre de décision à l’étranger. Cette perspective internationale est très motivante, notamment en termes de mobilité. Enfin, même si le public n’en a pas forcément conscience, la banque accueille une multitude de professions. Évidemment, les formations en sciences économiques ou en droit sont les plus fortement représentées. Mais on y engage aussi des diplômés de pratiquement tous les domaines : des psychologues, des ingénieurs, des commerciaux, des informaticiens. Cela tient au fait que le monde bancaire fait des efforts conséquents pour donner à ses employés la formation spécifique requise : le secteur financier consacre 2,6 % de sa masse salariale brute à la formation. La moyenne des autres secteurs est de 1,52 %.

Y a-t-il toujours des filières porteuses ?

Ce n’est plus Wall Street mais, même chez nous, il reste des activités de salle de marché au service direct de l’économie. L’atout de la Belgique, c’est qu’elle offre des activités dans lesquelles la relation avec le client compte beaucoup. Les banques commerciales, qui transforment l’épargne en crédit aux ménages et aux entreprises, représentent un volume de 500 milliards d’euros. Ces banques ont toujours besoin d’experts. Une autre spécificité belge, ce sont les services de paiement. Nous sommes parmi les premiers à avoir introduit les cartes de crédit. Notre pays est aussi le premier au monde pour assurer le dénouement de toutes les transactions sur titre à l’échelle internationale. En appui des personnes au contact d’une clientèle internationale, il faut aussi des techniciens et des informaticiens pour concevoir les outils interactifs et la sécurité de l’exécution des ordres passés.

Moins d’agences, plus de numérique… Les machines remplacent déjà les guichets. À l’avenir, quel impact cela aura-t-il sur les métiers ?

Les nouveaux comportements des consommateurs l’indiquent déjà : l’offre d’une banque va évoluer vers le numérique et le mobile. Le banquier du futur devra maîtriser différents canaux. Mais le conseil plus complexe nécessitera toujours le contact direct et personnel avec le client. Cette nouvelle donne impose de réinventer certaines approches et certains métiers. Il est clair que le secteur va vivre une industrialisation des procédures les plus courantes et les plus simples. Pour pouvoir, en contrepartie, offrir des prestations plus ciblées. Les dimensions de gestion du risque et de conformité éthique vont, indiscutablement aussi, recueillir une importance accrue. L’avenir du paysage bancaire belge sera très diversifié. Mais à condition de financer davantage la société civile et de rester en contact avec le citoyen.

 

  • La proportion hommes-femmes dans l’effectif du secteur bancaire est d’environ 50-50. Pourtant, la proportion de femmes atteignant un niveau de direction n’est pas identique : seuls 25 % des postes de direction sont occupés par des femmes.
  • Plus de 30 % des travailleurs occupés par les banques sont âgés de 51 ans minimum.
  • La charge de travail dans le secteur financier est élevée. Conjuguée à l’image rigide que renvoie le secteur, il est souvent difficile pour ce dernier d’attirer les jeunes travailleurs et de les retenir.

 

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