L'alternance négocie lentement son tournant

Après avoir été considérée pendant des années comme une filière de relégation, la formation en alternance (une partie de son temps à l'école, l'autre partie en apprentissage dans une entreprise) doit être revalorisée. Tout le monde en est convaincu, des politiques (Éliane Tillieux, en charge de l'Emploi et de la Formation, Jean-Claude Marcourt, en charge de l’Économie et de l'Enseignement supérieur, ...) au monde patronal en passant par les principaux intéressés, les étudiants qui souhaitent y trouver un marchepied vers un emploi de qualité.

Curieusement, alors qu'elle bénéficie comme ses voisins d'une longue tradition industrielle, la Wallonie n'est pas parvenue à faire de l'apprentissage en alternance une filière incontournable. « En Allemagne, les grands patrons sont fiers d'y être passés. Chez nous, ils préfèrent mettre en avant un diplôme universitaire », constate Ludwig Henkes, le patron de Capaul, une entreprise d'Eupen qui est régulièrement citée en exemple. « En Communauté germanophone, de par notre proximité avec l'Allemagne, l'alternance bénéficie de cette image positive. »

Désormais aussi intégrée à l'enseignement supérieur, où 4 masters sont organisés en haute école selon cette formule, l'apprentissage semble répondre aux besoins des entreprises. « Trouver des gens qualifiés sur le plan technique est un défi permanent », confirme Xavier Naveau, directeur des ressources humaines de Techspace Aero, ce fleuron liégeois de l'industrie aéronautique qui est en pleine croissance. « Accueillir des stagiaires en alternance nous permet, en les formant, de nous garantir des recrutements de bonne qualité. Nous sommes vraiment demandeurs car, dans 95 % des cas, la formation est une réussite. Mais tout cela reste encore trop complexe à organiser, cela progresse trop lentement. »

En visite en décembre dernier à Herstal, où Safran, la maison-mère de Techspace Aero, organisait son « Forum européen pour l'apprentissage », la commissaire européenne pour l'Emploi, Marianne Thyssen, soulignait que « les entreprises jouent un rôle clé pour intégrer les jeunes sur le marché du travail. » Notamment par le biais d'initiatives visant effectivement à « offrir des apprentissages de qualité pour aider les jeunes à y réussir leur entrée. » De telles initiatives, comme l'Alliance européenne pour l'apprentissage, existent. Le groupe Safran, qui l'a récemment intégrée, compte à lui seul 3.000 apprentis en Europe. « Nous faisons le pari de l'apprentissage, pour les profils ingénieurs comme pour les profils ouvriers et techniciens », assure Jean-Luc Bérard, DRH de ce groupe qui emploie 70.000 salariés dont les deux tiers sont en Europe. 

Officiellement, par la voix de certaines fédérations (comme Agoria par exemple), les entreprises wallonnes sont elles aussi très intéressées en n'ayant de cesse de vanter les exemples allemands voire français. Mais elles sont en réalité bien peu nombreuses à connaître la formule et à proposer des opportunités aux étudiants. « Trouver un stage est une gageure », confirme Sébastien Geus, qui étudie actuellement dans le cadre d'un master en alternance en gestion de la production. « La plupart du temps, ce sont les étudiants eux-mêmes qui doivent convaincre les entreprises de l'intérêt du système... »

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