L’économie sociale, actrice de changement

Rédigé par: CAROLINE DUNSKI
Date de publication: 9 oct. 2023
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Fin septembre, ConcertES, la plateforme de concertation des organisations représentatives de l’économie sociale en Belgique francophone, lançait la campagne rappelant que, contrairement à l’économie classique orientée vers le profit, elle place l’humain au centre.
Economie sociale
Bénédicte Sohet, secrétaire générale de ConcertES, évoque les spécificités et enjeux de l’économie sociale en comparaison de l’économie classique.

Qu’est-ce que l’économie sociale ?
C’est une autre manière d’entreprendre. Les entreprises y développent un modèle économique tourné vers une finalité sociale, allant de l’insertion, à la récupération, en passant par le circuit court, l’alimentation et le maraichage plus durables… Un autre aspect très important de l’économie sociale réside dans le modèle de gouvernance. Ce n’est pas le nombre de parts sociales détenues qui détermine le pouvoir de vote. C’est généralement le principe un homme ou une femme / une voix qui s’applique, ce qui permet des débats démocratiques. Le décret wallon du 20 novembre 2008, qui fêtera donc ses 15 ans cette année, définit l’économie sociale comme les associations, les coopératives, les fondations et les mutuelles, en vertu de leur statut juridiques, mais aussi en fonction des valeurs qu’elles partagent, à savoir placer l’humain avant le profit et assurer l’autonomie de gestion de ces entreprises. A Bruxelles, une ordonnance plus récente, en fait une définition assez semblable.

Que représente-t-elle par rapport à l’économie de marché ?
On estime qu’elles représentent 5 à 7% du PIB wallon, principalement dans des secteurs à faible valeur ajoutée financière. Son impact ne se mesure pas qu’en termes financiers, mais aussi en termes sociaux et environnementaux.

Quels sont ses enjeux ?
Son plus gros enjeu aujourd’hui est sans doute le changement d’échelle. Il s’agit d’avoir des entreprises plus grosses et plus nombreuses. Beaucoup d’entreprises de l’économie sociales émergent au départ d’un besoin territorial ou d’un besoin défini par un collectif de citoyens, mais le projet ne peut pas nécessairement être dupliqué ailleurs à l’identique. Un autre enjeu est aussi d’être connue et reconnue. Nous connaissons tous Les Petits Riens, mais on ne sait pas tous que c’est une entreprise d’économie sociale, par exemple. Il s’agit également que les acteurs de l’économie sociale s’identifient comme tels. Un autre gros enjeu est le besoin de renforcer la transversalité. Aujourd’hui, l’économie sociale est un champ de la politique publique, mais comme elle est multi-secteurs, il y aurait intérêt à ce que cette politique soit transversale. Par exemple, quand il s’agit d’énergies renouvelables, ce serait important que le ministre compétent pour cette matière puisse en parler avec le ministre en charge de l’économie sociale, de manière à se rendre compte qu’en fait ils parlent de la même chose quand ils évoquent ce sujet-là, et donc que cela puisse être renforcé. De plus, l’économie sociale est mise en avant aux niveaux européen et international. La Commission européenne a rédigé un plan d’action, adopté fin 2021, qui va mener à un changement d’échelle et à la reconnaissance de l’économie sociale à l’échelle européenne. Et, dernièrement, l’ONU s’est aussi positionnée en ciblant l’économie sociale comme un acteur important du développement du territoire. C’est chouette de voir les agendas wallon et bruxellois correspondre aussi à ces agendas mais, quand on voit les budgets qui y sont consacrés, on reste un Playmobil dans une baignoire.