L’emploi évolue avec le ‘’numérique responsable’’

Rédigé par: Mélina Margaritis
Date de publication: 6 déc. 2021
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Encore aujourd’hui, une partie des entreprises belges ignore leur impact numérique sur l’environnement.

En conséquence, leur compétitivité sera mise à mal dans un marché qui se digitalise de plus en plus avec des normes de protection de l’environnement strictes.

Olivier Vergeynst, Directeur du Belgian Institute for Sustainable IT (ISIT-BE ou Institut Belge du Numérique Responsable), explique en quoi consiste le ‘’numérique responsable’’

Olivier Vergeynst [square]

Vous êtes directeur de l’ISIT-BE, vous avez plus de 20 ans d’expérience dans de grandes entreprises internationales. D’où vous est venu votre intérêt pour l’IT et comment en êtes-vous arrivé à proposer cette initiative de formation autour du ‘’numérique responsable’’ ?

Comme mon père travaillait chez IBM, j’ai vécu dans le monde de l’IT avant même de travailler. Depuis que j’ai 5 ou 6 ans, j’ai toujours eu mes doigts sur un clavier. J’ai très vite été en charge de projets, d'équipes puis de départements dans différents métiers de l’IT (infrastructure et data centres, développement applicatif, technico-commercial, support opérationnel, etc.). Malgré ça, je me suis rendu compte que je n’avais aucune idée de l’impact environnemental de l’IT et je n’imaginais pas l’ampleur du problème !

Après m'être formé pour faire de la consultance ‘’Green IT’’, je me suis rendu compte que ce service était encore beaucoup trop cher (seules les grandes entreprises peuvent se le payer). Mon objectif a alors été de proposer quelque chose d’accessible aux PME, aux associations, aux pouvoirs publics, etc. Aujourd’hui, à travers notre ASBL, nous proposons les tarifs les plus bas possibles pour permettre au plus grand nombre d’organisations de s’investir dans le ‘‘Green IT’’ et plus largement dans le numérique responsable.

 

Pourquoi former au numérique responsable ?

L’essentiel avec le numérique responsable n’est pas de culpabiliser les gens en leur disant « ne changez plus de GSM ». Il est plus intéressant de comprendre d’où viennent les impacts pour prendre des décisions éclairées. Là où l'impact de l'aviation ou de la voiture est bien compris du plus grand nombre, l’impact de l’IT n’est pas encore bien connu, les gens ne réalisent donc pas qu’ils ont des choix à faire entre leurs usages numériques et leur impact.

Contrairement à la France qui est plus investie, la Belgique est en retard. La Région de Bruxelles-Capitale vient de démarrer une grosse initiative pour ses administrations, mais il faut accélérer partout ailleurs.

 

Quelle est la conséquence concernant le milieu de l’emploi ?

L'Europe travaille actuellement sur l’impact environnemental du numérique. Le but : encourager la réduction cette empreinte, légiférer pour cela au niveau européen et, entre autres, adopter des critères numériques responsables pour les achats publics. Résultat, les grandes entreprises vont suivre parce qu’elles risqueront sinon de ne plus pouvoir vendre leurs services aux pouvoirs publics. Le problème c’est qu’elles vont devoir forcer toute leur chaîne de valeur à appliquer les mêmes principes pour que ce soit consistant. Or, très souvent, de nombreux produits et services leur sont fournis par les PME. Si les PME belges ne s’adaptent pas à temps, ces contrats seront faits avec des entreprises étrangères, au détriment de la compétitivité des entreprises belges.

 

Quel est le contenu et à qui est destinée la formation que vous proposez à HEC Liège Executive Education sur le numérique responsable ?

La formation est une introduction avancée au numérique responsable.

D’une durée de deux jours, elle s’adresse aux professionnels de l'IT, aux équipes projet et à leurs managers, mais aussi aux responsables des achats d’équipements informatiques, aux responsables RH, RSE, développement durable etc. La formation donne toutes les bases pour comprendre d’où viennent les impacts, comment les réduire ou comment détecter les messages ‘’green washing’’. Notre action n’est pas de créer de l’emploi: on n’apprend pas à un développeur à coder, mais à avoir moins d’impact en codant. Une façon de faire évoluer l’emploi durablement.

 

 

Mélina Margaritis