L’entrepreneuriat social pour donner du sens à son travail

Publié : lundi 18 juin 2018

Un lecteur électronique de livres en braille, des toilettes low-cost qui fonctionnent sans raccordement aux égouts, sans eau et qui filtrent les déchets ou encore une chaîne de café qui s’approvisionne en grains issus du commerce équitable et responsable et qui forme des sans-abri à devenir baristas afin de leur permettre de retrouver un logement. Voilà le genre d’entreprises en finale du Chivas Venture, la compétition internationale d’entrepreneuriat social créée par Chivas en 2014 et qui se tenait dans le cadre du salon TNW en mai dernier à Amsterdam. En tout, 27 entreprises issues de différents pays ont participé à l’événement.

La compétition en est à sa quatrième édition et récompense les projets de start-up qui innovent afin de résoudre les problèmes environnementaux et sociaux d’aujourd’hui. Cette année, c’est le projet « Change please » qui propose des emplois de serveurs aux sans domicile fixe qui a remporté la finale et les 350.000 dollars pour aider à la réalisation de son projet.

Une marque de whisky pour donner un coup de pouce à l’économie sociale, cela peut sembler étrange. Pour Alexandre Ricard, CEO du groupe Pernod-Ricard, maison mère de Chivas, l’intérêt est logique : « Ce genre d’événement est extrêmement important pour des entreprises comme la nôtre. Si une société veut être attractive et recruter des talents, cela ne dépend pas uniquement de son chiffre d’affaires. Les talents sont également en quête de substance, du besoin de se sentir utiles dans la société. Cela explique que les collaborateurs de Chivas s’impliquent autant dans le projet. Plus largement, je pense que l’entrepreneur est finalement toujours un peu social. L’entreprise a toujours un rôle social ne serait-ce que localement, via l’emploi. Le créateur de Ricard, par exemple, voulait que ses collaborateurs soient tous propriétaires de leurs habitations, il s’agissait d’une question de fierté pour lui. »

Impact sur le recrutement

Pour Marek Hudon, professeur à la Solvay Brussels School (ULB), il est clair que l’implication d’une entreprise pour les causes sociales a un impact sur le recrutement : « Je le vois dans mes cours, la jeune génération est effectivement très critique envers les activités d’une société et son impact sociétal. La question du sens est effectivement centrale pour la jeune génération qui a de nombreuses attentes. Et si le secteur des entreprises à finalité sociale est en pleine expansion, il reste très minoritaire dans le paysage économique de nos pays et il n’y a pas assez d’entreprises sociales pour que tous les étudiants qui sortent trouvent du travail dans ce secteur. Il est donc important qu’ils puissent trouver des emplois dans des entreprises qui s’impliquent d’une manière ou d’une autre. »

« Personnellement, je trouve que l’implication de grands groupes dans la sphère sociale est un signal positif , estime Sabrina Nisen, coordinatrice à Coopcity, qui soutient et aide à développer les projets d’entreprises sociales en Région bruxelloise. Mais cela ne fait pas l’unanimité. Beaucoup font la distinction entre Social business (une entreprise qui cherche avant tout à générer des profits et qui répond à une problématique ou un besoin sociétal) et entrepreneuriat social. Dans le second cas, l’accent est également mis sur le mode d’organisation de l’entreprise et son projet économique. »

« Mais globalement , poursuit la coordinatrice, on sent que l’entrepreneuriat social a le vent en poupe. Depuis la crise de 2008, j’ai l’impression qu’il y a une prise de conscience de l’impact des modèles d’entreprises sur la société. Cela se sent notamment chez les plus jeunes. Beaucoup, dans les écoles de commerce, souhaitent se lancer dans le monde de l’entreprise mais ont besoin d’un sens. Ce sont ces volontés que l’on essaie de structurer, ici, à Bruxelles. Depuis notre création, il y a deux ans, nous avons accompagné une cinquantaine de projets. Cela représente la création de 25 emplois. Cela peut sembler peu, mais notre structure n’existe que depuis deux ans et si les statistiques continuent dans ce sens les années à venir, cela risque de vite grimper. Et ce qui peut surprendre, dans l’entrepreneuriat social, c’est la diversité des projets et des modes de fonctionnement et de concepts. La vague s’attaque à énormément d’aspects de la vie quotidienne. »

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