L’inégalité risque de peser toujours plus lourd sur le monde du travail

L’Organisation internationale du travail (OIT) a mené une large réflexion autour de la thématique du futur du travail. Une initiative qui a plus servi à mettre en exergue  les nombreux défis qui se présentent aux travailleurs qu’à répondre à leurs inquiétudes. 

Le grand hall du siège de l’Organisation internationale du travail (OIT) a rarement accueilli autant de spécialistes. Que ce soit cet expert du management venu de Johannesburg, cette directrice de la recherche scientifique d’une université française, ce représentant de travailleurs américains ou ce spécialiste de la démographie venu de Chine… Les experts ont afflué par centaines dans le secrétariat permanent de l’OIT, début avril. Durant deux jours, tous ont discuté, débattu, échangé autour de grandes questions : le travail et sa place dans la société, garantir des emplois décents pour tous, l’emploi et la gouvernance, la place des jeunes dans le futur du travail et quelle organisation du travail privilégier à l’avenir.

« Ces interventions sont une réaction à l’idée répandue selon laquelle le monde du travail connaît actuellement un processus de changements sans précédent. De par leur vitesse, leur échelle globale et la façon dont ce processus modifie les fondamentaux du travail. Et cela va s’accélérer », explique le directeur général de l’OIT, Guy Ryder. Avant de revenir sur plusieurs questions abordées au cours des débats. La première : « les robots menacent-ils nos emplois ? »

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« J’ai entendu des CEO dire que la seule façon pour les travailleurs de rivaliser avec les robots était de se rendre moins chers que ceux-ci. Je crois que c’est une réflexion totalement inverse que nous devons porter. Je ne suis pas prêt à n’être qu’un observateur de la marche irrésistible de la technologie. Je crois que nous devons arriver à gérer la façon dont la technologie est introduite aux quatre coins de la planète. La question de taxer les robots a été, à de nombreuses reprises, évoquée. Si je ne crois pas que ce soit une bonne solution, je la considère comme une métaphore tendant vers ce que l’on doit faire : parvenir à mettre en place des actions, qu’elles soient fiscales ou industrielles, pour contrôler ces avancées technologiques. Et pour y arriver, prenons l’exemple du Japon. Le pays a pris de l’avance en la matière. Et comment gèrent-ils ces avancées technologiques ? Ils l’ont fait dans une culture entrepreneuriale qui n’envisageait pas de supprimer des travailleurs. Au contraire, ils ont été programmés pour maintenir des gens au travail. Ils n’ont pas été introduits comme un moyen de substitution du travailleur. Ce que je veux dire via cet exemple, c’est que nous sommes en position de pouvoir gérer ces avancées. »

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La ré-industrialisation, espoir ou piège ?

Autre thématique abordée, celle de la ré-industrialisation de l’économie qui permettrait de créer de l’emploi. « Nous observons cette tendance dans des pays qui sont dans une ère post industrielle : cette volonté de se réindustrialiser, notamment pour ramener des emplois . Je crois qu’il s’agit d’une illusion. »

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Mais comment l’OIT se voit-elle dans cette société postindustrialisée ? Pour le directeur général, le point d’attention principal de l’organisation doit rester la lutte contre les inégalités. « Je pense que notre rôle principal est, aujourd’hui, de lutter contre la montée des inégalités dans le travail. Il n’y a pas de miracle, si nous restons passifs et regardons le marché s’occuper du travail, ces inégalités vont continuer à augmenter. Nous choisissons de les combattre. »

Les exposés ont également amené des questions au sujet de la sécurité sociale. «Quel sera le climat social dans ce monde postindustriel ? Il est vrai que les organisations sociales sont nées et ont grandi durant l’époque industrielle. Pourtant, je ne vois aucune raison qui pourrait expliquer leur disparition. Elles pourraient, par contre, se transformer en quelque chose de différent. Il faut aujourd’hui se poser la question de l’efficacité de ces représentations. Prenons la crise de 2009. Lorsque l’on observe les pays avec une grande tradition de protection sociale, on remarque que l’emploi a été nettement moins touché. En Allemagne par exemple, les chiffres de l’emploi se sont stabilisés suite à la crise. Alors qu’aux USA, où ces mécanismes n’existent pas, l’emploi s’est écroulé. »

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