L’IT, entre pénuries et licenciements

Publié : vendredi 18 mars 2016 Par

Avec un chiffre d’affaires qui affiche une croissance de 5 % par an, l’IT est un secteur qui se porte bien en Belgique. Ce dynamisme est soutenu par un nombre toujours plus important de diplômés sortant des hautes écoles et universités belges. Mais à peine leur diplôme en poche, la plupart d’entre eux sont démarchés par les nombreuses entreprises demandeuses. Car les candidats sont rares. 10.000 postes seraient, actuellement, vacants. Pourtant, le secteur licencie aussi. IBM devrait supprimer 233 emplois sur 1.498 d’ici la fin de l’année.

Plus de 70 jobs à pourvoir dans l'IT.

« Ce n’est pas un cas isolé », selon Marc Lambotte, CEO d’Agoria. Un paradoxe qui s’explique par l’évolution du marché. « Au niveau quantitatif, il y a clairement trop peu d’informaticiens. Mais au niveau qualitatif, c’est une autre histoire. » Les technologies utilisées dans le secteur évoluent vite. Et les qualifications des employés doivent suivre cette évolution.

Si des profils comme celui d’un technicien PC, d’un programmeur dit « traditionnel » ou d’ingénieur hardware technicien PC, étaient fort recherchés, ils ne le sont plus actuellement.

Par contre, ce sont les informaticiens spécialisés en « data », les informaticiens actifs dans l’analyse au niveau « business » ou encore des profils qui développent des compétences plus créatives, pour le développement d’applications, de logiciels… qui sont aujourd’hui devenus perles rares. Mais le seront-ils encore demain ? « Un “super-expert” il y a dix ans n’est pas spécialement attractif sur le marché de l’emploi aujourd’hui, assène Marc Lambotte. Même dans une ferme, l’informatique est partout. Le fermier ne trait plus ses vaches, c’est une machine qui le fait. On recherche de plus en plus des personnes qui s’y connaissent dans ce type de domaines moins communs, comme la santé ou l’agriculture. »

Mais le problème ne se pose pas tant sur la demande. Les programmeurs « traditionnels » sont toujours aussi utiles aux différents acteurs du monde économique. Mais le paramètre « coût » vient changer la donne. « Lorsqu’une nouvelle technologie arrive sur le marché, les informaticiens doivent y être formés. Au début, ce n’est pas un problème de demander des sommes conséquentes pour cette expertise. Mais plus cette technologie devient répandue, moins les clients sont prêts à libérer d’importantes sommes sur la table pour se les offrir. »

Dans ce processus, la concurrence de pays où les salaires sont nettement plus bas se fait ressentir. « Les prix que demandent ces informaticiens belges sont alors trop élevés sur le marché. » Pour eux, il faut alors passer, à nouveau, par la case formation. Ou risquer d’être mis sur la touche.

La situation d’IBM n’est, dès lors, pas un cas isolé. « C’est le dilemme de la formation permanente. D’un côté, il faut que l’entreprise investisse, mais le travailleur doit lui-même s’impliquer dans la formation. » Le CEO d’Agoria remarque, à ce niveau, qu’il est plus difficile pour les petites structures, de libérer des budgets pour ces formations. Et que ce mouvement s’accélère et s’applique à d’autres domaines que l’IT. Apprendre à rester unique, un défi permanent pour le travailleur belge.

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