L’orthographe m’a tuer

Publié : lundi 20 novembre 2017

Participes mal accordés, pluriels oubliés, accents baladeurs : les fautes d’orthographe des travailleurs nuisent à  l’image de l’entreprise. À l’heure de l’e-mail roi, le coaching grammatical a donc le vent en poupe. Prêt pour la dictée ?

Éloïse est économiste. Spécialiste des pays en voie de développement, ses compétences font d’elle un profil à  haute valeur ajoutée. Pourtant, au sein de l’organisation où elle travaille, Éloïse a un énorme complexe... orthographique. Paradoxalement, le problème m’est apparu au fur et à  mesure de ma progression. Je devais rédiger toujours plus de rapports, échanger chaque jour des dizaines de mails. Impossible de faire l’impasse sur l’écrit. Fabien, lui, travaille dans un call center, un lieu où il se croyait à  l’abri des participes passés. Mon job consiste à  être au téléphone. Mais gérer le service après-vente, c’est aussi assurer un suivi par mails. C’est là  que ça se corse, confie le jeune homme de 24 ans. Lucienne Maréchal, responsable de l’organisme de formation Formalia et coach, le confirme : les lacunes orthographiques touchent tous les secteurs et tous les niveaux de qualification. Les difficultés en orthographe peuvent devenir un vrai problème pour l’entreprise. J’ai vu des managers qui relisaient systématiquement les mails qui devaient être adressés aux clients par crainte qu’ils ne contiennent des fautes... Cela représente une perte de temps considérable, commente-t-elle. Bien sûr, la plupart des entreprises fonctionnent avec des documents types. Mais il faut bien un mail pour les introduire !

Une question d’image

Dans le monde du travail, le respect des règles orthographiques est toujours perçu comme un gage de sérieux et une « politesse » minimale. Selon une étude du cabinet de recrutement Robert Half, 82 % des recruteurs se disent sensibles à  l’orthographe. 5 % d’entre eux écarteraient une candidature dès la première faute et 35 % à  partir de deux ou trois. C’est une question de savoir-vivre. Même si l’orthographe n’est pas essentielle pour le poste, la moindre des choses, quand on postule, est de se faire relire, estime Lucienne Maréchal. Pour accroître les performances grammaticales de leurs troupes, les entreprises sont toujours plus nombreuses à  faire appel à  des « coachs » en orthographe. Je donne ce type de formations depuis une dizaine d’années, mais je remarque qu’aujourd’hui, ce sujet est moins tabou, poursuit Lucienne Maréchal. Cédrick Fairon, responsable du Cental (Centre de traitement automatique du langage) de l’UCL, va même plus loin : Non seulement les entreprises  font appel à  des coachs, mais elles en parlent de plus en plus. Certaines vont même jusqu’à  organiser des concours d’orthographe. Comme si c’était devenu en soi un outil de communication.

Des jeunes pas moins doués

Bien sûr, l’arrivée d’internet, des e-mails et d’une nouvelle culture de l’écrit n’est pas étrangère à  cette nouvelle obsession. Du site de rencontre au réseau social en passant par Twitter, l’insécurité orthographique nous guette à  tout instant. À l’université, la compétence orthographique est considérée comme acquise. Mais on constate que de nombreux étudiants ont des difficultés, qui vont nécessairement leur poser problème lors de leur entrée dans le monde du travail, commente Cédrick Fairon. À l’UCL, le Cental a donc développé un logiciel baptisé PlatON (Plateforme d’aide à  l’apprentissage de l’orthographe sur le Net), qui propose aux étudiants des exercices et des dictées. Ce logiciel devrait bientôt être distribué par Altissia et proposé... aux entreprises.

Reste une question : les travailleurs écrivent-ils réellement moins bien qu’avant ? Doit-on déplorer une dégradation de l’orthographe liée aux méthodes d’enseignement ou à  l’usage des nouvelles technologies ? Je ne le pense pas, répond Cédrick Fairon. L’idée selon laquelle les jeunes ne savent plus écrire est un poncif qui date du Moyen Âge ! En revanche, ce que l’on observe, c’est que les individus ont aujourd’hui des responsabilités beaucoup plus diversifiées. Ils sont de plus en plus nombreux à  gérer des dossiers de A à  Z et il y a aussi de moins en moins de secrétaires. Les compétences des travailleurs ne correspondent donc plus aux attentes du marché du travail. Un marché dans lequel écrire sans fautes reste, quel que soit le job, une excellente carte de visite.

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Mode d’emploi

Pour lutter contre les fautes, rien de tel que les correcteurs d’orthographe automatiques. Encore faut-il pouvoir s’en servir. Pour Cédrick Fairon, la question de la production écrite doit être repensée dans le cadre des outils actuels. Mais il faut apprendre à  les maîtriser, comme on apprend à  se servir d’une calculatrice au cours de maths, estime-t-il.

Fautes fatales

Licencier un employé pour fautes d’orthographe n’est pas un motif recevable... à  moins que cette compétence ne soit essentielle dans son métier : journaliste, prof de français, secrétaire... ou coach en orthographe !

Retour aux sources

La culture SMS est souvent incriminée dans les piètres compétences orthographiques des jeunes. Un lieu commun aujourd’hui battu en brèche. Lorsque nous montrons aux étudiants les SMS qui étaient écrits dans les années 2000, ils ne les comprennent plus ! Nous sommes allés très loin dans l’absence de règles, jusqu’à  perdre le sens en accolant des mots par exemple. Mais on observe aujourd’hui un mouvement inverse, explique Cédrick Fraipont.

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