La chaise assassine

Des études scientifiques le révèlent : rester assis trop longtemps nuit gravement à  la santé. De quoi faire décoller les travailleurs sédentaires, vissés à  leur siège plus de huit heures par jour.


L'homme moderne possède quatre pieds. Parfois même des roulettes. Il est capable de passer une bonne dizaine d'heures par jour dans la même position, les fesses indifféremment boulonnées à  une chaise de bureau. Pour récupérer des documents dans son imprimante, il ne marche pas : il glisse avec son fauteuil. Le stade ultime de l'évolution ? Plutôt l'extinction de notre espèce. Car la position assise prolongée nuit à  la santé.

Longtemps ignorés, les ravages de la chaise sont, depuis quelques mois, dévoilés au grand jour, et en font tomber plus d'un de son tabouret. Entre autres dégâts : des risques accrus d'obésité, de diabète, de maladies cardiovasculaires et même de cancer. Au début du mois d'avril, des chercheurs de l'Université de Sydney enfonçaient le clou, révélant qu'être sur son séant onze heures ou plus par jour augmenterait de 40 % le risque de mourir dans les trois ans !

En 2010 déjà , l'American Cancer Society s'inquiétait pour les femmes vissées à  leur siège plus de six heures par jour, leur pronostiquant un risque de mort prématurée de 37 % supérieur à  celui de leurs collègues moitié moins longtemps assises. La même année, une étude australienne révélait que chaque heure passée devant la télé faisait croître de 11 % le risque de mourir.

Sédentaires en danger

Dans une société de plus en plus tertiarisée et sédentarisée, où les Belges ont le nez sur l'ordinateur quarante heures par semaine et les yeux sur le petit écran deux heures par jour, il y a de quoi s'inquiéter de ce problème de santé publique sous-estimé tant il est entré dans les mœurs. La chaise, une tueuse silencieuse ? Pour James Levine, le médecin américain qui fut l'un des premiers à  diagnostiquer la position assise comme une maladie, il n'y a aucun doute. « Être excessivement assis est une activité létale », affirmait en 2011 dans le New York Times ce pionnier du sitting disease.

Soucieux de leur santé et de leur survie à  long terme, les Américains, eux, ont déjà  commencé à  se battre contre la chaise au quotidien. Par crainte de passer les portes de l'ascenseur les pieds devant, les salariés de Google et de Facebook ont réclamé des postes adaptés, leur permettant de travailler debout.

Pressentant le créneau, quelques entreprises surfent déjà  sur la peur du sitting disease. Du coussin gonflable à  écraser avec les pieds pendant qu'on tape un texte au bureau « assis-debout », diverses solutions sont disponibles, parfois même sans avoir à  se déplacer... Mais une simple pression sur l'avant du pied ou une petite stimulation du gros orteil suffisent à  améliorer spectaculairement la circulation du sang dans les jambes. Et donc à  se prémunir de nombreux désagréments.

Plus de mouvements

« Le corps est fait pour bouger », confirme un ergonome auprès de l'Institut pour la prévention (Prevent). Parmi les études sur les risques de la position assise, certaines sont sérieuses, d'autres moins. « On généralise beaucoup, alors qu'il faut faire du cas par cas », souligne l’Institut. Une caissière et une employée du secteur tertiaire sont certes assises une grande partie de la journée, mais n'ont pas les mêmes conditions de travail. « Quoi qu'il en soit, ces études sont à  prendre comme des alertes et rappellent à  tous la nécessité de changer de position en général, quelle qu'elle soit. Cela permet d'éviter nombre d'inconvénients nuisibles à  la santé », explique l’ergonome.

Bosser assis provoque ainsi plus de douleurs que travailler debout. Reste que, même conscients des méfaits de leur fauteuil, les salariés ne sont pas toujours décidés à  le mettre au rebut. « Le siège a pris une grande importance dans les entreprises. Tout le monde veut un siège ! Ôtez le sien à  un salarié, et c'est la révolution ! », fait remarquer un ergonome d’entreprise, qui s'interroge : « Le siège est-il un outil de travail ou bien un enjeu social ? »
En attendant, pour éviter d'être victime de sa chaise, la meilleure solution est encore de se lever et de marcher à  intervalles réguliers. Ironie du sort, ce sont peut-être les fumeurs accros à  la pause clope qui s'en sortiront le mieux.

  • Pourquoi ma chaise m’a tué ?

Pour rester en bonne santé, il faut maintenir un équilibre dans notre circulation. Celle-ci n'est pas équilibrée de façon permanente, notamment lorsque nous ne sommes pas en mouvement, car c'est alors 80 % de notre sang usagé qui stagne dans nos veines. L'irrégularité et la gestion trop souvent décalée de nos mouvements entraînent des maladies cardiovasculaires ou dégénératives, voire plus graves encore. En première ligne, les employés de bureau, les métiers qui reposent sur l'informatique, les secrétaires, salariés dans des salles de contrôle, mais aussi dans l'industrie. Pour eux, la position assise peut être plus pénible que la station debout, car elle oblige à  se pencher vers l'avant, à  faire le dos rond. Et à  la différence du salarié debout, qui réclamera un siège au bout d'un certain temps, celui qui est déjà  assis ne s'arrêtera pas de travailler. Pour faire remonter le sang du bas du corps jusqu'au cœur, la pompe musculaire du mollet, acteur majeur du retour veineux, doit être sollicitée au maximum. Un mouvement peu compatible avec notre mode de vie sédentaire.

  • Le fitness en fauteuil

Une chaise de bureau pour faire bouger ceux qui passent leur journée assis ? Voilà  l'idée du designer autrichien Benjamin Cselley. Son concept Fit@Work offre confort et ergonomie, et permet de pratiquer quelques séries d'exercices entre deux dossiers : musculation des abdos grâce au dossier inclinable, des triceps avec les poignées escamotables, rameur... Elle peut même faire chaise de rodéo ! Mais là , on se demande qui va oser.

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