La chasse aux ingénieurs

Ingénieurs qualité, cadres d'études R & D, chefs de projets informatiques... La profession offrira près de 5 000 postes ces prochains mois. Mais la plupart s'annoncent comme des recrutements difficiles, compte tenu de la pénurie de candidats.

Désindustrialisation oblige, on entend quotidiennement parler de suppressions de postes, de migration des compétences vers les pays émergents, de descente aux enfers de groupes industriels qui faisaient jadis office de fleurons... Il y a pourtant de belles occasions à saisir, notamment pour accompagner les entreprises à l'international ou pour exercer dans les secteurs les plus porteurs, remarque Denis Daviliuc, Executive Manager du département Engineering et Supply Chain chez Michael Page. Des transports à l’aéronautique, en passant par le ferroviaire, le pharma, les biotechs et le médical devices, l’industrie chimique, l’industrie agroalimentaire, l’énergie et la construction. Tous les secteurs se les arrachent.

Les ingénieurs sont et seront les enfants gâtés de l'emploi pour les prochaines années, déclare tout net Christophe Uylenbroeck, Business Partner chez Experis, cabinet dédié aux recrutements et à la mise à disposition d'experts, notamment dans les domaines de l’IT, de l’engineering et de la finance. Ils ont une voie royale, pas simplement dans l'aéronautique, mais aussi dans les sciences du vivant et l'énergie en général. Des secteurs qui ont aujourd'hui du mal à recruter et où les salaires s'envolent. Certains profils sont en effet très difficiles à trouver, car « happés » par les très grands groupes, ce qui ouvre des opportunités pour les juniors un peu expérimentés, notamment dans les PME-PMI.

Profils pénuriques

Parmi les profils les plus convoités : les responsables de maintenance, les électromécaniciens, les ENI designers (dessinateurs instrumentation et électricité), les piping designers (voués aux études et à l’installation de pipelines), les ingénieurs hardware, ainsi que les quality managers. Nouvelle tendance : les profils liés au lean engineering, autrefois confinés au secteur automobile, attisent désormais tous les secteurs. La standardisation des flux et l’optimisation des processus de conception sont le nouveau Graal des ingénieurs, sourit Christophe Uylenbroeck. C’est un profil passe-muraille, qui peut facilement rebondir d’un secteur à un autre. Dans un contexte d'allongement des carrières, cette capacité de passage d'un secteur à un autre est plus que jamais un atout, estime-t-il.

Autres accélérateurs de carrière : les sociétés de conseil en technologie et en énergie, où les opportunités deviennent plus nombreuses. Aujourd'hui, leur modèle évolue. Certains clients demandent une expertise complexe pour des projets qui mêlent des équipes pluridisciplinaires, des problématiques de conduite du changement... et qui exigent plus qu'une simple expertise technique, souligne Christophe Uylenbroeck. Les préoccupations environnementales ont, elles aussi, donné naissance à de nouveaux débouchés, très opérationnels. L'ingénieur efficacité énergétique des bâtiments sera sans conteste l'un des postes stratégiques de demain, estime Denis Daviliuc.

Compétences managériales

Les recruteurs sont de plus en plus friands d'ingénieurs dotés de véritables compétences managériales, acquises sur le terrain ou par des diplômes spécifiques. Pour les ingénieurs, de tels parcours sont de plus en plus répandus, et le stéréotype de l'ingénieur scientifique en blouse blanche, déconnecté du terrain, se révèle plus que jamais éloigné de la réalité. Le marché de l'emploi est très favorable aux profils d'ingénieurs d'affaires, de managers d'équipe et d’experts, relève Denis Daviliuc.

Une fois recrutés, les ingénieurs évoluent aussi plus vite qu'avant vers des fonctions d'encadrement. Les projets impliquent un nombre croissant de partenaires, notamment dans les pays BRIC. L'ingénieur doit savoir chercher des sous-traitants et veiller au bon déroulement des opérations, indique Christophe Uylenbroeck. Et de conclure : En plus de ses compétences techniques, les soft skills et la connaissance des langues s’imposent comme principal facteur de différenciation. 

En chiffres

39 000 € brut par an

C’est le salaire annuel minimum accordé aux ingénieurs civils et aux bio-ingénieurs entrant en première activité. Il est accompagné d'avantages extralégaux estimés à un minimum de 3 800 € par an ou à une contrepartie salariale équivalente.

10 % de femmes

Innovant techniquement, le domaine de l’ingénierie est en retard concernant la parité hommes-femmes. Les chiffres sont révélateurs : seuls 10 % des ingénieurs de moins de 65 ans en poste sont des femmes.

Moins de 1 000 diplômés

En Belgique francophone, à peine plus de 1 000 ingénieurs (ingénieurs civils, bio-ingénieurs et ingénieurs industriels) ont été diplômés en 2011. Ce qui représente 40 % de moins qu’au début des années 2000. Pour 2012, les prévisions sont très mauvaises, moins de 1 000 ingénieurs obtiendront leur diplôme.

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