La construction a plus que jamais besoin de (milliers de) bras

Date de publication: 19 oct. 2020

Boosté par les plans de relance en préparation, le secteur s’attend à une forte croissance. Un dynamisme qui pourrait toutefois se heurter à une pénurie de main-d’œuvre persistante.

Construction Cecile Danjou
Cécile Danjou

Speed dating virtuel, Jobday, campagne digitale d’ampleur, groupe de travail avec les syndicats, avec le Forem, partenariat avec les Hautes écoles… Depuis quelques semaines, le secteur de la construction met les bouchées doubles et multiplie les actions pour tenter de résoudre sa principale préoccupation du moment: le recrutement de personnel.

Vous l’aurez compris, ici, on est loin de la morosité et de l’incertitude qui plane sur d’autres pans de l’économie. Certes, les carnets de commandes sont toujours en baisse – de 15%, en septembre, par rapport à janvier – mais l’avenir s’annonce plutôt radieux. «Le secteur de la construction a le plus grand potentiel de croissance dans les 12 à 24 mois par rapport à l’industrie ou aux services», assure même Francis Carnoy, le directeur général de la Confédération construction wallonne (CCW).

Des milliers de postes à pourvoir

Où notre interlocuteur va-t-il chercher un tel optimisme? Sur la table des différents gouvernements… «La construction figure au centre de toutes les politiques de relance. En Wallonie, on a le plan infrastructures, le plan de rénovation du logement public, celui pour la rénovation énergétique des logements privés. Le nouveau gouvernement fédéral annonce un plan national d’investissement stratégique et il y a le Green Deal européen. Si j’additionne tout ça, je peux affirmer que dans les 12 à 24 mois, nous allons avoir un besoin énorme de main-d’œuvre».

Une bonne (voire excellente, par les temps qui courent) nouvelle. Mais, il y a un hic. Sur les chantiers, la moyenne d’âge est élevée (48 ans), alors que sur les bancs des écoles et instituts de formation, le nombre de places occupées est au plus bas. Résultat: le secteur manque désespérément de bras. Sur la bonne centaine de métiers épinglés «en pénurie» par le Forem, une vingtaine fait partie du secteur de la construction.

«On recherche une grande variété de profils. Il y a les métiers un peu plus connus comme les maçons, couvreurs, carreleurs. Mais également des profils hautement qualifiés comme des géomètres, des deviseurs, des chefs de chantier, des ingénieurs», énumère Gauthier De Vos, conseiller emploi-formation-enseignement à la CCW.

Le trou est chiffré: en temps normal, chaque année, les entreprises belges ont besoin de 18.000 nouveaux travailleurs pour remplacer les départs naturels. Aujourd’hui, si tous les projets politiques se concrétisent, Francis Carnoy estime qu’il faudra dénicher environ 12.000 collaborateurs en plus rien qu’en Wallonie pour compléter les chantiers, principalement dans les domaines de l’isolation et de la rénovation énergétique, de la pose d’équipement en énergie renouvelable ou encore pour des travaux routiers.

Opération séduction

On comprend mieux pourquoi le secteur organise des opérations tous azimuts. Leur principal défi: redorer l’image écornée de la profession. «Les gens ont toujours l’impression que la construction c’est sale, que c’est pour les gens qui ratent à l’école, que ce sont des métiers qui ne sont pas valorisants, dangereux, etc.», regrette Gauthier De Vos.

Le secteur serait pourtant en pleine évolution. «Aujourd’hui, un maçon peut travailler avec une tablette ou un drone. On voit apparaître les premiers exosquelettes pour aider les ouvriers dans le port de charge, il y a aussi les lunettes intelligentes 3D portées par l’ouvrier et reliées à la table de l’architecte pour savoir exactement où forer le trou. Ce sont des technologies incroyables qui arrivent à grande vitesse. Et puis les accidents du travail ont fortement baissé».

Il y a aussi cette idée, reçue selon nos interlocuteurs, que le secteur n’est pas fait pour la gent féminine. Pour l’instant, celle-ci ne représente qu’environ 30% des employés dans les entreprises et… moins de 3% des ouvriers. «Ça a progressé pour les employés, également pour les chefs d’entreprise et les cadres supérieurs. Mais pour les ouvriers, ça reste désespérément bas», déplore Francis Carnoy. Voilà une piste pour attirer de nouveaux profils, en plus des jeunes et des demandeurs d’emploi.

«Nous avons également demandé à l’UWE et au Forem de mettre en place des expériences pilote avec des migrants», poursuit le directeur de la CCW, qui rappelle la série d’avantages salariaux dont bénéficient les travailleurs du secteur: les timbres fidélités ou intempéries, l’assurance hospitalisation, une pension complémentaire, etc. «Et les salaires restent attractifs. Ceux des débutants supportent bien la comparaison avec d’autres secteurs».

 

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