La couleur de peau, un facteur encore pénalisant sur le marché du travail

Rédigé par: Philippe Van Lil
Date de publication: 15 déc. 2023

Bien qu’interdite par la loi, la discrimination à l'embauche sur la base de l'origine ethnique reste une réalité en Belgique. Arrivée dans notre pays, il y a quelques années, Evelyne Ayong Agandji est d’origine camerounaise. Pour elle, la recherche d’un emploi est loin d’être un long fleuve tranquille. Elle témoigne des difficultés rencontrées.

Diversité et inclusion

En 1991, Evelyne Ayong Agandji quitte son pays natal pour la France, où elle poursuit son parcours scolaire dans l’enseignement secondaire. Question de mettre un maximum de chances de son côté, la suite sera une succession de formations : des études en tourisme puis en hôtellerie, des cours de restauration par correspondance, ainsi que des cours en secrétariat médical également par correspondance.

Lorsqu’elle arrive en Belgique quelques années plus tard, notre interlocutrice est mère d’un jeune garçon : « Le système d’enseignement scolaire m’a immédiatement séduite. Comme tout parent, je voulais pour lui l'excellence en termes d’éducation. C’est ici l’élément qui m’a décidé à m’installer en Belgique. ». En revanche, sur le plan professionnel, ce fut la désillusion : « Jusqu’à ce jour, j’ai rencontré beaucoup de barrières et de discrimination à l’embauche en raison de la couleur de ma peau. Malheureusement, mon cas est loin d’être isolé. Je reçois régulièrement des témoignages de personnes dans mon entourage qui vivent une situation similaire. »

De petits boulots à défaut d’autre chose

Notre interlocutrice nous dresse un bilan de ses démarches : « Disposant de diplômes en hôtellerie et en tourisme, j’ai déposé mon CV dans presque tous les hôtels en Belgique et dans un très grand nombre de restaurants. Je n’ai quasiment jamais reçu de retour. J’ai fini par accepter des petits boulots à droite et à gauche grâce à de petites annonces affichées aux valves d’une institution hospitalière près de chez moi, mais surtout grâce au bouche-à-oreille. Je suis allée jusqu’à exercer des boulots de femme de ménage. Ceci est bien en-deçà de mes compétences professionnelles, mais, à un moment donné, il faut bien remplir le frigo… »

« Même pour décrocher un petit job, c’est la croix et la bannière », poursuit-elle. « Durant la pandémie, j’ai trouvé un peu plus de travail, notamment dans des hôtels, car beaucoup de gens refusaient de prendre des risques et donc de se rendre au travail. Aujourd’hui, la situation est devenue pire que jamais pour trouver du travail. Je continue d’accepter de petits boulots, en espérant que je puisse un jour obtenir un emploi à la hauteur de mes compétences. Mais, même là, c’est parfois compliqué. Il m’arrive fréquemment de téléphoner à une entreprise à la suite de la publication d’une offre d’emploi. Je suis très bien accueillie au téléphone, mais une fois que j’arrive en interview en face à face, on m’explique que le poste est déjà pris, ce qui est évidemment totalement faux. »

Une double discrimination

Evelyne Ayong Agandji rencontre ce genre de situation depuis qu’elle est jeune. Lorsqu’on lui demande de nous relater sa pire expérience, la réponse a de quoi nous estomaquer : « Lorsque j’étais aux études en France, j’ai trouvé un job d’étudiante dans une société de télémarketing, où je devais vendre des fenêtres. Lorsque je suis arrivée sur place, la première consigne que les responsables m’ont donnée était de directement raccrocher le téléphone si j’avais en ligne un noir ou un asiatique. Je leur ai demandé comment reconnaitre un noir ou un asiatique au téléphone. Ils m’ont répondu que je les reconnaîtrais à leur accent. Je leur ai ensuite demandé pourquoi, moi, j’étais embauchée dans ce cas. Ils m’ont carrément dit que c’était parce que je n’avais pas d’accent, mais qu’heureusement au téléphone, on ne voyait pas la couleur de ma peau. J’ai immédiatement fait demi-tour et je n’ai plus jamais mis les pied dans cette agence. »

À la couleur de sa peau, Evelyne Ayong Agandji se dit aussi victime d’une autre discrimination, celle d’être une femme : « On dit souvent que derrière tout grand homme, il y a une grande femme. Certains hommes en profitent pour rester sur le devant de la scène… et laisser les femmes loin derrière ! Le fait d’être une femme rend aussi encore parfois difficile la tâche de décrocher un job, principalement un poste à responsabilité. »

Notre interlocutrice ne perd cependant pas espoir : « Je continue à suivre des formations, notamment à l'entrepreneuriat, et je viens de décrocher un CDD de 3 mois, avec la perspective qu’il puisse se transformer en CDI à la fin. Plus que jamais, je reste motivée ! »

Evelyne Ayong Agandji [square]

Evelyne Ayong Agandji