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La crise sous l’éclairage du droit du travail et des RH

Rédigé par: Julie Delcourt
Date de publication: 21 sept. 2020

Force motrice du salon de l’emploi, les recrutements ont pourtant été à l’arrêt pendant quelques mois, coronavirus oblige. Comment le monde des RH se porte-t-il? Quelles sont  ses préoccupations? Références a rencontré Jean-Paul Lacomble du cabinet Claeys & Engels, spécialisé en matière RH et partenaire du Talentum Liège.

 

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Née en 2001, Claeys & Engels est une association d’une centaine d’avocats spécialisés qui offre des services juridiques dans les matières qui ont trait aux RH. À l’instar des autres sociétés, le cabinet a dû faire face à la crise sanitaire et s’adapter. Pourtant, il n’a été facile pour personne d’anticiper la situation comme le constate Jean-Paul Lacomble, avocat et associé fondateur de Claeys & Engels: «Les RH ont dû s’adapter brutalement, du jour au lendemain, avec une double contrainte. Ils ont dû gérer d’une part la migration massive vers le télétravail dans des entreprises qui n’y étaient pas forcément préparées et s’assurer, d’autre part, de la sécurité sanitaire du personnel lors de la poursuite ou de la reprise du travail.»

J.D.

La crise sanitaire n’a fait qu’accélérer de nombreuses questions RH déjà existantes dont celle du télétravail:

«Il ne sert pas uniquement à réduire les embouteillages ou à faire des économies. Les travailleurs en sont plus demandeurs.» Selon SD Worx, 62% de la population belge active a travaillé à distance pendant le confinement. Aujourd’hui, le télétravail reste la norme. Le management a tout intérêt à changer. «Le management basé sur le présentiel et sur le contrôle doit progressivement céder la place à celui basé sur l’autonomie du travailleur et sur la confiance.»

Dans cette perspective, toute «une série de points du droit du travail doivent être réexaminés», notamment en ce qui concerne la notion de durée du travail et son mesurage. En effet, en distanciel, il n’est pas possible de savoir précisément quand l’employé prend ses pauses alors qu’au bureau il doit parfois pointer et dépointer à tout va… Se pose aussi la question de la rémunération. Beaucoup de personnes ont encore leur salaire déterminé exclusivement selon le nombre d’heures prestées. Mais ne faut-il pas, réfléchir à davantage de modes rémunératoires liés à des projets ou à des missions qu’à une durée de travail? Et que peut-on attendre d’un travailleur en termes de connexion lorsqu’il n’est pas au bureau ou lorsqu’il est en télétravail? Que peut-on lui imposer sous prétexte qu’il travaille chez lui en s’organisant comme il l’entend? «Il est urgent de réfléchir à tous ces droits et de les repenser.»

Enfin, il ne faut pas oublier que la crise peut décupler les inégalités entre les travailleurs. Actuellement, la majorité des employés bénéficient du travail à distance. Un privilège apprécié ces derniers mois dont la plupart des ouvriers n’ont pu profiter. «Il faut veiller à ce que la crise n’accentue pas la fracture entre les travailleurs mais aussi entre les citoyens. Ceux qui s’adaptent plus facilement devront être solidaires de ceux qui ont plus de mal à s’adapter, en entreprise comme dans la vie de tous les jours», conclut l’avocat.