La "génération C", hyperconnectée

Les enfants des années 90 ont tété la culture numérique au biberon. Moins conventionnelle que la « », encore plus coopérative que la « », la « génération C » débarque sur le marché de l’emploi. Et fait pousser une nouvelle vague de cheveux blancs.

On pensait en avoir fini. S’imaginant que la génération Y était enfin casée, non sans mal, et intégrée dans la vie active, non sans difficultés. Voici qu’arrive la relève, née après 1990 : celle des créatifs, du « tout gratuit » et de l’immédiateté. Connectés en permanence, communicatifs, centrés sur le contenu et la communauté, les « C » vont-ils déstabiliser les organisations ?

Les jeunes « C » possèdent plusieurs points en commun avec les « Y ». Comme eux, ils veulent un emploi stable, bien rémunéré qui, bien sûr, leur offre un horaire flexible et mobile. Le tout, avec des outils à la fine pointe de la technologie. Ils recherchent un milieu de travail à l'image du web : ouvert et leur permettant de répondre à leur besoin d'aller au-delà des limites. Donc, ils priorisent les rapports hiérarchiques plats. On a le goût de toucher à tout, de vivre rapidement différentes expériences, dans différents domaines. C’est ce qui explique pourquoi certains d’entre nous ont déjà occupé plusieurs postes, parfois quelques mois après avoir fini leurs études, confie Mia, 22 ans, diplômée en sciences commerciales à Bruxelles.

Et comme pour leurs aînés, leurs différences font déjà jaser. Du point de vue des employeurs, ils sont perçus comme étant peu fidèles, désorganisés, peu fiables, fragiles psychologiquement, centrés sur eux-mêmes et déstabilisants. Les compétences de cette génération numérique sont très superficielles, selon Hervé, 42 ans, manager dans une grande banque. Ils passent essentiellement leur temps à échanger, s'amuser, flirter via les réseaux sociaux, à naviguer au hasard. Un usage qui peut être formateur, mais qui est surtout récréatif. Et de renchérir : Ils ont de la difficulté à saisir le besoin de se présenter à 8 h 30 au bureau pour échanger avec les collègues, alors que tout cela peut se faire par contact web de façon plus efficace.

Surinformés et engagés

Elle a 20 ans, la génération C, et elle s'affranchit. Mais plus lentement que ses aînés. Elle ne dénigre pas le travail, mais habite de plus en plus longtemps chez ses parents. Et perpétue le phénomène « Tanguy ». Selon les données fournies par l’étude européenne SILC (Statistics on Income and Living Conditions), 80,4 % des jeunes de 18 à 24 ans étaient toujours établis au domicile de leurs parents en 2009. C’est une progression de près de 4 % par rapport à 2004. En cause ? La volonté de faire des études supérieures, bien sûr. Mais aussi l'environnement dans lequel elle a grandi. Tout semble signifier que la société n’a plus rien à offrir : plus de travail, plus d’ascenseur social, plus de retraites… Résultat : Ils sont tout à fait à l'image de notre société actuelle, où l’austérité et la rigueur sont de mise, où les gens en général sont épuisés, et où les familles sont éclatées, précise Olivier Meyer, auteur de « Travailler avec les nouvelles générations Y et Z » (éd. Studyrama).

Ce qui place ces jeunes dans un état de questionnement sans fin. D’autant que, plus encore que leurs aînés, les « C » sont les représentants d’une génération surinformée. Hypersensibilisée, de par internet et le poids déterminant des réseaux sociaux, au monde qui l’entoure et à ses réalités, aussi bien économiques que géopolitiques, sociétales ou environnementales. Une spécificité qui place ces jeunes très loin devant ceux des générations précédentes en termes de maturité. Pollution, chômage, exclusion, crise de la dette et dérèglement climatique, rien ne leur échappe et, surtout, tout les concerne. Car, autre spécificité marquante de cette génération montante, ses représentants ne sont pas dans la réflexion passive. Encore moins dans la contemplation. Leur idéalisme s’accompagne d’un goût marqué pour l’action.

Moteur du changement

Les comportements des générations dépendent surtout de l'économie. Quand on a une économie de crise, on courbe l'échine. En revanche, en situation de plein emploi, on agit comme un mercenaire, explique Olivier Meier. Si on veut généraliser, on dira que la génération X accepte une charge de travail. Elle est fidèle et loyale. Alors que la génération Y voit l'entreprise comme un moyen, pas une finalité. La nouvelle génération a vu les « X » travailler vingt ans dans une entreprise et se faire remercier par un licenciement. Et les « Y » stagner, à cause de la crise. Les jeunes « C » ont imprégné cette façon d'être. Ils ont développé leurs propres mécanismes d'adaptation. Si ça ne fonctionne pas avec un employeur, ils se disent : ce n'est pas grave, je vais chercher ailleurs.

Si la venue de la génération C dans les entreprises comporte ses défis, elle a aussi ses bons côtés, en étant un moteur de transformation. À commencer par leur goût marqué du collectif, loin de l’hyperindividualisme de leurs aînés, mais aussi leur grande créativité, leur implication et surtout, leur intégrité. Autre particularité : ils se fixent des objectifs à court terme et se la jouent plus stratégiques et ravageurs. Les jeunes générations vont obliger les organisations à être plus agiles, remarque Olivier Meyer. Les nouvelles façons de faire que leur arrivée impose auront des retombées sur tout le monde. Les enjeux éthiques en sont un bon exemple.

On dit qu'avec la génération C, quand on engage un jeune, on engage aussi tout son réseau, poursuit Olivier Meyer. Pour l'employeur, ça veut dire qu'il faudra gérer de plus près l'éthique, la confidentialité et la propriété intellectuelle. Il y aura beaucoup d'encadrement à donner pour que les renseignements sensibles ne transitent pas dans les réseaux. Dans cinq ans, cette génération représentera 40 % de la population active. Demain, ce sera à l'entreprise de plaire aux jeunes, conclut l’auteur. Dans les pays anglo-saxons, c'est ce qui se passe déjà. Il ne faudra plus « manager » mais « ménager » nos jeunes.

rnk

Signé C

Actuellement, quatre générations cohabitent au travail. La génération du baby-boom, née dans l'immédiat après-guerre ; la génération X, de l’époque grunge ; la génération Y, entrée sur le marché du travail à l’époque du millénaire. Mais comment appeler celle des jeunes adultes nés après 1990 ? Les avis divergent. D’aucuns la désignent de « génération Z » pour la suite logique de X et Y. D’autres parlent de « nouvelle génération silencieuse », car elle serait comparable, dans la théorie américaine des générations, à la génération silencieuse de ceux nés entre 1925 à 1945. Elle est également nommée « génération C » (pour Communication, Collaboration, Connexion et Créativité). On peut penser que cette dernière n’est que la petite sœur de la Y, avec les mêmes comportements et les mêmes attentes. Pas tout à fait. Alors que la génération Y est née avec le web « passif », la génération C, elle, a été bercée par le web 2.0 et les outils collaboratifs (Facebook, MySpace, Twitter, YouTube, etc.). Concrètement, la génération C est « hyperconnectée » : elle gère ses contacts virtuels et alimente ses réseaux de manière naturelle et cela fait partie de sa vie courante. La différence entre contacts réels et contacts virtuels est d’ailleurs de plus en plus floue, et cela joue sur sa relation aux autres dans la « vraie » vie. Alors qu’on qualifiait la génération Y de volatile, les spécialistes nous annoncent une génération C détachée, intéressée et ancrée dans l’instantané.

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