La maintenance industrielle recrute

Entre 6 000 et 10 000 embauches sont programmées dans le contracting et la maintenance industrielle d'ici à 2018. Mais les candidats manquent.

Il aura fallu près de quarante ans pour qu’il voie le jour. Dix ans pour le concevoir, trente pour le construire. L’ascenseur funiculaire de Strépy-Thieu est l’ouvrage d’art fluvial le plus emblématique de la Région wallonne. Mis en service en 2002, l’édifice a montré ses premiers signes de vieillissement il y a neuf ans. À la suite d’un défaut de soudure, en mars 2004, 224 poulies géantes ont dû être réparées. Aujourd’hui, les bateaux de plaisance se massent au pied de l'ascenseur. Mais derrière l’impressionnante machinerie nécessaire pour lever des péniches de 1 350 tonnes, une équipe de 12 techniciens veille au grain. Sans leur vigilance, le géant risque l’arrêt cardiaque. L’ascenseur a été dessiné dans les années 70. À l’époque, il y avait encore peu d’informatique, confie Jean Cayphas, ingénieur responsable de la maintenance en électromécanique. Avec son exploitation, on découvre des pièces d’usure. Mais pour les remplacer, on ne peut pas passer commande dans un catalogue. Il faut se replonger dans les plans de l’époque, comprendre le mécanisme de chaque pièce et résoudre le problème de manière aussi technique que scientifique.

Quarante ans de construction. Et au moins autant d’années de maintenance. Problème : comme la plupart des usines, des bâtiments industriels et des grandes constructions électromécaniques, l’ascenseur funiculaire subit un manque chronique de main-d’œuvre qualifiée. Les métiers de la maintenance et du contracting cherchent régulièrement des cerveaux et des bras. Mais avec les départs en prépension, la désertion des filières techniques par les jeunes et une moyenne d’âge professionnelle qui ne cesse d’augmenter, tous nos métiers sont en tension, observe Herman Looghe, Senior Business Developpement Manager chez Agoria. D'après la fédération de l’industrie technologique, ces métiers de montage et d'entretien d'installations dans les entreprises industrielles demanderont plus de 6 000 candidats dans les cinq prochaines années. Dix mille si on étend le besoin aux secteurs voisins, comme la chimie, précise Herman Looghe.

Le paradoxe saute aux yeux : alors que l’industrie classique subit un lancinant déclin, les sociétés qui assurent le montage et l’entretien d’installations industrielles, les entreprises qui réalisent des travaux de construction et qui sont actives dans les infrastructures publiques n’ont jamais dû autant recruter de techniciens, d’ingénieurs, d’automaticiens, d’hydrauliciens, d’électromécaniciens... Et les domaines sont variés : parcs éoliens, installations pétrochimiques, réalisation d’une ligne de train à grande vitesse, maintenance de grandes machines, installation électrique dans les bâtiments.

Moins de tournevis, plus de méninges

Le secteur enregistre une croissance, car de plus en plus d'entreprises veulent confier l'entretien et le montage de machines, grues et installations existantes à des entreprises spécialisées. Parmi elles, la branche belge du groupe industriel SPIE. Son souhait : recruter 150 collaborateurs cette année. Nous cherchons essentiellement des mécaniciens, des électriciens, des tuyauteurs, des soudeurs, des project managers, des estimating engineers et des dessinateurs techniques, explique Annick Vandeputte, responsable du recrutement. Mêmes besoins auprès de Cofely Fabricom. Les projets ne manquent pas : dans l’industrie, nous devons installer de nouvelles lignes de production ; dans les infrastructures publiques – comme les chemins de fer –, il s’agit d’assurer des processus d’automatisation, explique Sophie De Koninck, HR Development Manager. Et d’insister : Il s'agit d'un secteur offrant beaucoup d'opportunités d'évolution professionnelle aux techniciens ambitieux : on peut tout aussi bien développer une expertise technique qu’apprendre à gérer des équipes ou aiguiller des clients.

Les métiers de la maintenance impliquent un savoir-faire de plus en plus aigu. L’acte manuel se réduit au profit de l’amélioration des performances des équipements industriels, explique Maxime Di Martino, chargé des programmes maintenance auprès du centre de compétences Technofutur Industries. Aujourd’hui, un maintenancier peut passer en quelques minutes d'un travail sur ordinateur à une intervention « en urgence » sur le terrain. Il est amené à intervenir sur des équipements de technologies tellement variées (électricité, automatismes industriels, pneumatique, hydraulique, mécanique), qu’il faut compter 2 000 heures de formation technique, pour pouvoir se profiler en tant que généraliste.

Pour remettre ce type d'études à l'honneur, Agoria plaide pour une collaboration approfondie entre l'industrie et l'enseignement. Les initiatives ne manquent pas. Vingt-trois chantiers et sites industriels du pays ont ouvert leurs portes mardi à 293 étudiants de l'enseignement technique et professionnel, à l'occasion de la journée Technorally, afin d'encourager les jeunes à s'engager dans les métiers de maintenance industrielle.

2 000 € brut

Détecter la panne, établir un diagnostic, réparer : c’est le rôle essentiel du technicien de maintenance pour les équipements électriques et mécaniques industriels. Suivant la nature et la taille de l’entreprise, le salaire annuel d’un technicien débutant peut atteindre 25 000 € brut. Un technicien de maintenance confirmé gagne aux environs de 35 000 € brut.

1 600 € brut

« Spécialiste polyvalent », l’agent de maintenance du bâtiment intervient pour maintenir en état des bâtiments d’entreprise ou de collectivité. Électricité, plomberie, vitrerie… Il effectue des travaux courants de rénovation et d’aménagement intérieur. Les salaires oscillent entre 1 500 € pour un débutant et 1 600 € à 2 200 € pour un professionnel confirmé.

1 500 € brut

L'agent de maintenance participe à l'installation, à l'entretien et au dépannage des systèmes mécaniques de production. Il optimise les équipements et prévient les pannes. Il peut être spécialisé en électricité, en mécanique, en pneumatique, en carrosserie... Au début de carrière, un agent de maintenance gagne 1 500 € brut par mois. Ce chiffre peut être supérieur dans le cadre de missions d’urgence sur des pannes qui requièrent son intervention sans délai : samedi, dimanche, jour férié ou la nuit.

Rafal Naczyk

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