La start-up belge qui veut redonner la vue au monde entier

Publié : lundi 18 juin 2018

Koen Van Pottelbergh a représenté la Belgique à la compétition « Entrepreneuriat social Chivas Venture » qui s’est tenue en mai dernier à Amsterdam.

Comment est né votre projet ?

Il y a une dizaine d’années, j’ai eu un très grave accident de voiture qui m’a plongé dans le coma pendant près d’un mois. S’en est suivi un très long travail de réhabilitation. Aujourd’hui, je suis aveugle de l’œil gauche. Mais, malgré les séquelles, j’ai vécu cette expérience comme une seconde chance. Je me suis réveillé avec l’intime conviction qu’il fallait que je fasse quelque chose d’important de ma vie. Je me suis dit qu’il fallait venir en aide aux plus démunis en mettant mes compétences d’optométriste à profit. Chez les Van Pottelbergh, on est optométriste de père en fils. Et j’ai donc mis sur pied mon projet. J’ai d’abord créé l’association «Beautiful Vision », qui se donne pour objectif de fournir des lunettes adaptatives aux enfants et aux seniors dans le monde.

La vue, un problème sous-évalué ?

Tous ceux qui ont un problème de vue le savent : changer de lunettes ou acheter des lentilles coûte cher. En Belgique, un enfant sur six vit en situation de pauvreté. Et on sait que les frais en lunettes et en ophtalmologistes sont parmi les premiers frais médicaux dont on se passe quand on a des soucis financiers. Or la vue est particulièrement importante. De nombreuses études montrent par exemple que la qualité de la vision a un fort impact sur la scolarité.

Comment fonctionnent vos lunettes ?

Concrètement il s’agit de lunettes en plastique. Les verres se basent sur la technologie de lentilles développée par Alvarez. Chaque verre comprend en fait deux lentilles. Via la molette située sur chaque branche des lunettes, on peut faire coulisser les lentilles. Grâce aux différentes positions des lentilles par rapport aux autres, on peut donc arriver à un résultat négatif ou positif. On arrive donc à corriger les problèmes de myopie ou d’hypermétropie grâce à une même paire de lunettes. Et elle peut suivre l’évolution de la vue si le problème venait à s’aggraver.

Combien ça coûte ?

Un des plus gros avantages des lunettes que l’on produit est leur prix. Une paire coûte 60 euros à fabriquer. Pas besoin ici de passer par un ophtalmo pour lequel il faudrait des mois d’attente avant d’obtenir un rendez-vous, ni d’une ordonnance. Puisque les lunettes s’ajustent à la vue, il suffit d’un premier réglage avec un optométriste ou un oculiste pour y voir clair. Et si la vue se dégrade, le patient peut les régler seul. Même si le résultat est bien entendu meilleur en passant par un professionnel.

En Belgique, nous travaillons avec les CPAS. Concrètement, l’acheteur paie 20 euros au final sur les 60. Ce sont les mutuelles qui prennent en charge la différence. Nos verres sont fabriqués aux Pays-Bas dans un atelier à Eindhoven qui travaille avec des personnes en situation de handicap, tandis que les montures sont réalisées en Chine.

Quels sont les développements prévus pour Adaptive Eyeworks ?

Aujourd’hui, au sein de notre start-up, nous sommes une équipe de 20 personnes en tout, volontaires compris. Et nous consacrons la plupart de nos ressources à équiper des enfants ; environ 70 % des projets sont créés en partenariat avec des écoles dans le monde. Lors des derniers Jeux olympiques à Rio, nous avons par exemple pu distribuer quelque 1.500 lunettes à des enfants vivant dans les favelas.

Nous travaillons actuellement sur un projet de création d’un hôpital des yeux mobile à Madagascar. Mais pour créer ce genre de projets, nous avons besoin de financements. Pour cette raison, des initiatives comme celles de « Chivas venture » sont une formidable opportunité. Notamment la possibilité que nous avons eue de suivre une semaine de formation au Skoll Centre for Social Entrepreneurship de l’Université d’Oxford, qui nous ouvre énormément de portes et nous apprend énormément de ficelles pour mener à bien nos projets. Au-delà, cela nous permet aussi de rencontrer les autres finalistes et de tisser des liens entre entrepreneurs qui veulent avoir un impact positif sur le monde.

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