La technologie, aussi une affaire de femmes

Date de publication: 10 déc. 2021
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La technologie, aussi une affaire de femmes

Les métiers techniques ou liés aux TIC souffrent d’une surreprésentation masculine. Dès les études, les femmes sont minoritaires voire absentes des filières d’enseignement, ce qui se répercute bien sûr au sein des entreprises. Des cours en non-mixité sont organisés pour augmenter le nombre d’étudiantes.

Aujourd’hui, les femmes représentent moins de 20 % des professionnel.le.s du secteur des TIC (Techniques de l'Information et de la Communication). Le problème est bien connu des écoles et des services de recrutement. Même si les entreprises adoptent des politiques en faveur de l’égalité des genres, les profils féminins sur le marché de l’emploi sont insuffisants. Les causes de cette sous-représentation, comme dans d’autres secteurs, sont diverses et multiples : manque de légitimité, stéréotypes genrés au sein de la profession, méconnaissance des opportunités, etc. Au sein de son association Interface3, Laure Lemaire tente justement de démystifier l’image du geek homme, seul et asocial, qui pèse sur les métiers de l’informatique. « Quand les femmes sont entre elles, la technologie devient une affaire de femmes ! » aime-t-elle répéter. L’association Interface3 forme, depuis plus de 30 ans, des femmes en réorientation professionnelle aux métiers des TIC.

A sa création en 1988, le but de l’ASBL était d’aider les femmes à s’adapter à la nouvelle société d’information en les formant notamment à la maitrise des outils bureautiques. En effet, que ce soit dans le secteur commercial ou administratif, l’arrivée des ordinateurs et d’autres outils concernaient majoritairement des travailleuses. Petit à petit, l’association a développé en parallèle d’autres formations pour que les femmes s’emparent de l’aspect technique de cette révolution numérique : développeuses back-end et front-end, administratrice système et réseau, Game Developer…

Depuis, l’offre de cours s’est élargie à d’autres métiers en pénurie comme l’électromécanique ou la logistique.

Des cours non-mixtes

Dès le départ, l’association a pris le parti de ne s’adresser qu’à des femmes. Elle peut ainsi travailler frontalement les freins qui mènent ces candidates à s’auto-restreindre, notamment en combattant les stéréotypes autour du métier. Retrouver d’autres camarades à qui parler au sein de la formation est aussi crucial. « C’est difficile d’être en minorité voire seule dans un groupe de cours. Si les femmes se réorientent via un organisme de formation classique, elles se retrouvent dans un groupe de garçons ce qui n’est pas toujours évident » constate Laure Lemaire.

Après de nombreuses années de pratique, l’association constate que ce type d’enseignement fonctionne bien. Le taux d’emploi au terme des formations IT est de 85 %. Elle aimerait élargir son action, et est actuellement à la recherche de financements. Les cours non-mixtes permettent un apprentissage hors concurrence avec les hommes, ce qui, lors de formations traditionnelles, survient dès la sélection. En effet, les garçons ont souvent l’occasion d’expérimenter davantage les technologies dans leur parcours et ont donc plus de prérequis. « Certaines avouent que la non-mixité les a aidées. Ces femmes se sentent plus confiantes dès le départ ce qui est important pour que l’apprentissage se déroule bien. »

Laure Lemaire [square]

Laure Lemaire

Des entreprises partenaires

Si les étudiantes trouvent rapidement un stage et un emploi vu la tension sur le marché, Interface3 noue tout de même des relations de confiance avec certaines entreprises. Une façon de crédibiliser la formation et de motiver les futures candidates. « C’est valorisant pour elles de savoir qu’elles sont attendues et désirées par de grandes entreprises. » L’association met sur le marché 75 candidates par an, autant que toutes les écoles supérieures de la Fédération Wallonie-Bruxelles réunies. L’année dernière, Infrabel a recruté trois d’entre elles à l’issue de leurs stages en tant que développeuses au sein de l’équipe de Samuel Longueval, Manager real time solutions ICT. Pour lui, la différence avec d’autres juniors ne porte pas sur les connaissances mais bien sur les profils. « Ce sont des personnes qui se réorientent donc elles ont véritablement choisi ce qu’elles veulent faire.

Au niveau de la motivation, il n’y a pas photo ! Cela n’a rien à voir avec un jeune qui entame son premier emploi. » souligne-t-il. Ce partenariat permet aussi à Infrabel de diffuser ses offres d’emploi à la source. En effet, l’entreprise a recruté 72 informaticien.ne.s (developer, analyst, tester, chef.fe de projet, technicien.ne telecom et architect) cette année et les besoins seront identiques pour 2022.

Sarah Poucet