Le « graduate program » : filière d'élite pour jeunes talents

De plus en plus d'entreprises offrent aux diplômés de haut vol des parcours professionnels accélérés, accompagnés de formation et de coaching. Secrets de fabrication de futurs cadres dirigeants.

Ils portent des noms évocateurs : Accelerated Management Programme, Future Leaders Programme, Flying Start, Fast Track ou University Talent Program. Pour séduire l'élite de la génération Y, les entreprises cisèlent désormais des parcours professionnels en or, appelés graduate programs. Le principe est simple : le jeune diplômé élabore avec son employeur un parcours professionnel à la carte, véritable fast track qui doit le mener très vite dans les hautes sphères de la direction. Pendant une période de deux à cinq ans, il exerce plusieurs fonctions dans l'entreprise, assure plusieurs missions, et ce, en principe, dans plusieurs pays.

Damien Laloux, 27 ans, est un être de perfection. Son pedigree n'est pas seulement académique, mais il est worldwide, interconnecté, curieux de tout et touche à tout. Trois années d'études en gestion à l'UCL, deux années de master à la Louvain School of Management, deux autres à se spécialiser dans le business européen. Il pourrait être unijambiste, demandeur d’asile ou diphtérique, son CV continuerait à faire saliver la plupart des recruteurs. Après un quatrième cycle à Johannesburg, six mois de voyage en Afrique et douze autres à parcourir les steppes et les temples d’Asie, Damien a décroché un graduate program chez Coca-Cola Enterprises : En sortant des études, on a l’impression de tout connaître. Mais certains métiers, comme le marketing, ne s’apprennent qu’avec la pratique. Grâce à l'University Talent Program, j’ai la possibilité, en trois ans de contrat, d’essayer trois jobs différents au sein de l’entreprise. À la clé : un poste de manager en CDI.

Chez Coca-Cola, le programme se déroule dans quatre services différents : vente, supply chain, ressources humaines et IT. Je suis entré en fonction en tant que délégué commercial. Mais au bout de six mois, j’ai dû prendre le lead sur un tout nouveau projet qui, aujourd’hui, est appliqué par plusieurs équipes, confie Damien. Entre chaque affectation, Damien bénéficie d’un débriefing de ses missions, d’une formation en interne et d’une formation plus poussée, à Londres, sur un campus de business school. Au menu : des thématiques techniques et des compétences managériales. Je voulais être challengé, exposé, progresser vite, explique Damien. À présent, j’entame ma troisième mission. C'est un test grandeur nature qui permet non seulement de se faire une expérience de terrain, mais surtout de se perfectionner. C’est indispensable pour être légitime ensuite. Durant toutes ces missions, les fast trackers sont encadrés et reçoivent le soutien d’un mentor, le plus souvent cadre dirigeant de l’entreprise.

Une sélection drastique

Dans la même lignée, Unilever a créé le Future Leaders Programme. Un programme sur trois ans avec un parcours à travers trois postes : Supply Chain, Finance ou Sales & Marketing. D’une manière moins formelle, le groupe Henkel applique le principe du « triple 2 » : deux fonctions dans deux divisions et deux pays. Chez nous, les nouveaux collaborateurs savent que leur évolution dépend de leur aptitude à multiplier des expériences. Pour ce faire, ils doivent jouer sur trois ressorts de mobilité, explique Éric Dumez, President & General Manager Beauty Care Retail chez Henkel Benelux. Au terme de quatre à cinq ans, soit le temps nécessaire à la construction d’une réelle expertise, Henkel propose à un marketer d’évoluer vers le commercial, à un contrôleur de gestion de rejoindre les services informatiques. Mais nous n’incitons pas à bouger pour bouger. Seuls les hauts potentiels sont invités au « triple 2 ».

Quels sont les critères de recrutement de ces graduate programs ? Les procédures de recrutement relèvent du défi. Au menu : questionnaires en ligne, tests de motivation et de personnalité, d'agilité intellectuelle, test de langues, entretien téléphonique individuel, puis évaluation par mise en situation pendant un ou deux jours. Coca-Cola ouvre les candidatures dès septembre. Mais le Graal se conquiert de haute lutte : ce n’est qu’au bout d’un an que les « gradués » entrent dans la danse. Ce sont les Top Executive qui sélectionnent les huit finalistes, explique Bernard Escoyez, vice-président ressources humaines de Coca-Cola Enterprises Belgium. Les profils recherchés ? Des masters, trilingues, entreprenants. Mais aussi avec des expériences de vie antérieures et engagés dans la vie sociale. Les critères sont sévères, car la courbe d’apprentissage est forte et la progression de carrière rapide, conclut Bernard Escoyez. Sauf erreur de casting, tout est permis pour capter l'élite de demain.

10 % de plus

Ces graines de cadres dirigeants sont, en moyenne, rémunérées 10 % à 15 % de plus que leurs pairs au parcours traditionnel.

8 sur 10

En moyenne, 8 participants sur 10 arrivent au terme du parcours proposé par Coca-Cola. Au bout de trois ans, ils décrochent un poste de manager en CDI.

3 langues

La pratique courante du néerlandais et de l’anglais est exigée, souvent accompagnée d’une quatrième langue. Mais plus encore, c’est l’exposition internationale qui est recherchée et l’ouverture multiculturelle.

Master

La majorité de ces programmes sont destinés à des jeunes diplômés niveau master et post graduate. Il faut surtout pouvoir attester de résultats d’excellence et être classé dans les premiers rangs de sa promotion.

 

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