Le bilinguisme ? Un "plus"... à géométrie variable

L'un des points forts de la Belgique, tel qu'il est « vendu » notamment auprès d'éventuels investisseurs étrangers, est la connaissance des langues, qui est elle-même essentiellement liée au statut de Bruxelles, capitale de l'Europe et siège de nombreuses multinationales. De fait, il apparaît clairement que la connaissance des langues constitue un indéniable adjuvant sur le plan salarial. Encore faut-il savoir de quelle langue... on parle.

S'agissant du bilinguisme de base – français/néerlandais –, il est frappant de constater que l'impact salarial est plus élevé auprès des néerlandophones qui maîtrisent le français, dont l'impact positif sur le salaire est chiffré à  5 % dans notre enquête, que pour les francophones qui maîtrisent le néerlandais : pour ces derniers, le bilinguisme ne rapporte qu'un surplus de 2 % par rapport aux collègues qui ne connaissent pas la langue de Vondel.

L'explication ? Les DRH que nous avons contactés ne cachent pas leur embarras, d'autant que l'avantage ne jouerait pas pour les entreprises installées à  Bruxelles, pour la plupart desquelles le bilinguisme est considéré comme une exigence minimale au recrutement. Mais une hypothèse semble se dessiner : la prime serait surtout octroyée par les entreprises qui entretiennent des relations commerciales assidues avec l'autre partie du pays, celles-ci étant apparemment plus demandeuses en Flandre qu'en Wallonie où l'on se tournerait davantage vers le marché français. L'avantage lié à  la connaissance de l'autre langue nationale serait donc davantage valorisé, statistiquement, par les entreprises du nord du pays.

S'agissant de l'anglais, en revanche, l'avantage salarial est très nettement supérieur puisqu'il s'élève, dans notre enquête, à  environ 7 %. L'explication est dans ce cas plus évidente : l'anglais, bien que largement pratiqué, n'est pas une langue nationale en Belgique et sa (parfaite) maîtrise est d'autant plus récompensée qu'elle tend à  devenir la langue de travail dans nombre de grands groupes – parfois afin d'éviter les susceptibilités nationales...

Quant à  la maîtrise du chinois, elle est récompensée en raison même du phénomène de rareté. Et il y a fort à  parier que l'avantage salarial ira croissant dans les prochaines années, à  mesure que s'intensifieront les investissements d'entreprises chinoises dans notre pays.

Reste, enfin, cette incongruité : la connaissance de l'arabe qui n'est pas récompensée et qui, apparemment, constituerait même... un désavantage – un malus salarial de 3,4 % selon les réponses compilées dans notre enquête. Davantage encore que pour les commentaires relatifs aux susceptibilités linguistiques belgo-belges, les DRH se montrent dans ce cas – très – prudents. Car l'hypothétique explication est forcément désagréable, les personnes maîtrisant l'arabe étant pour la plupart issues de l'immigration : ces collaborateurs exerceraient-ils, toutes choses égales par ailleurs, des fonctions inférieures à  celles des collaborateurs qui ne parlent pas arabe ? Le malus, dans ce cas, ne serait pas directement lié à  la connaissance de la langue en tant que telle, mais de manière indirecte, par le biais du niveau de responsabilité auquel elle permettrait d'accéder...

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