Le boom des sans-bureau-fixe

Le coworking n’est plus l’apanage des seuls travailleurs indépendants. Google, British Telecom, GlaxoSmithKline ou Nokia s’inspirent de plus en plus de ces espaces de travail partagés, qui encouragent l’échange et la flexibilité.

Nomade. C’est le point commun d’une nouvelle génération de travailleurs ultraflexibles, mobiles, qui n’ont plus besoin de bureau fixe pour être productifs. Ils sont créateurs de startup, graphistes, professionnels du web, journalistes ou traducteurs indépendants. Ordinateur sous le bras, smartphone à la main, ils peuvent travailler de partout et à toute heure. Ce phénomène se cristallise depuis quelques années avec l’apparition de nouveaux espaces de travail, plus flexibles, moins conventionnels. Des lieux tiers entre la maison et le travail où l’on partage les frais de bureau, un café, des idées. Le travail collaboratif ou coworking n’en est qu’à ses balbutiements. Il connaît malgré tout un boom extraordinaire, en offrant aux travailleurs indépendants les mêmes avantages qu’une entreprise : du lien social, des collaborations possibles, un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée.

La révolution du partage

Marina Aubert est administratrice et porte-parole de la Rue du Web, une coopérative nichée à l’Axis Parc Louvain-la-Neuve, regroupant dix-sept entreprises et indépendants actifs dans le web. Ici, les travailleurs se côtoient et partagent des espaces ouverts, suivant le modèle du coworking. Nous faisons partie de sociétés distinctes, mais nous mettons nos ressources en commun : bureaux, salles de réunion, internet, papeterie. Au-delà de cette mutualisation de moyens, on déjeune ensemble et des espaces de détente communs ont été aménagés. On coorganise des événements, on suit des formations, on crée des activités. Comme nous sommes tous coopérants, la Rue du Web est notre lieu : un cadre créatif où l’on expérimente ce que l’on veut. Ces échanges entre des sociétés du web ont notamment mené deux d’entre elles à créer Tweetwall Pro, un outil de buzz utilisé aujourd’hui partout dans le monde. Cette mise en réseau crée une grande émulation. Elle nous rend plus dynamiques. 

Serons-nous tous nomades ?

En pleine expansion, le coworking ne s’adresse donc plus qu’aux seuls indépendants. Des géants comme Google, British Telecom, GlaxoSmithKline ou Nokia leur ont emboîté le pas ; ils ont rejoint Regus, un réseau de centres d’affaires hyperflexible qui attire plus d’un million de travailleurs nomades. Nous leur proposons des bureaux à louer à l’heure, à la journée ou à la semaine dans six cents villes et cent pays, précise William Willems, Regional General Manager de Regus BeLux. Ces entreprises ont tout à y gagner : les coûts sont partagés, nos clients peuvent se concentrer, dialoguer, organiser des réunions, passer un coup de fil ou simplement imprimer un document, et ce, partout dans le monde ! Une nouvelle façon de travailler, qui est loin de devenir obsolète. Selon une enquête récente réalisée par Regus, près de huit entreprises sur dix dans le monde accordent de la flexibilité horaire ou spatiale à leurs employés. C’est pourquoi Regus installe ses centres d’affaires à proximité des gares, dans les aéroports, à la sortie d’autoroutes et bientôt dans les stations-service. Avec la création de nos centres, nous voulons aussi rapprocher le lieu de travail du lieu de vie des gens, ajoute William Willems. Les travailleurs ne veulent plus rester coincés deux heures dans les embouteillages pour se rendre au bureau ni faire des trajets immenses pour aller chercher leur enfant à la crèche. Les technologies actuelles permettent ce travail flexible. Et les mentalités sont en train de totalement évoluer. 

« Plus qu’un espace professionnel, ils cherchent du lien »

Ramón Suarez est fondateur de Betacowork, à Bruxelles. Rencontre.

Qu’est-ce que Betacowork ?

Un espace de coworking qui compte aujourd’hui deux cents membres : des entrepreneurs du web, mais aussi des professionnels free-lance. Beaucoup en avaient marre de travailler de chez eux. Nous leur proposons des open spaces, selon différentes formules.

Qu’attendent ces entrepreneurs en vous rejoignant ?

Plus qu’un espace professionnel, ils cherchent du lien. Aujourd’hui, chacun travaille pour soi mais partage beaucoup. Avec internet, les entreprises deviennent de plus en plus petites et performantes. Et les travailleurs recherchent des personnes avec qui interagir. Faciliter les connexions entre eux est devenu notre corps de métier.

Cela demande-t-il des compétences d’animateur ?

Oui, Stefania et moi, on est là pour ça. On est des « accélérateurs de découverte fortuite positive » : notre tâche est de mettre les bonnes personnes en relation au bon moment. Lors des pauses déjeuner, on facilite la dynamique entre les gens. C’est ce qui nous différencie des centres d’affaires. On ne fait pas que proposer un nid ; on facilite les connexions entre nos membres pour qu’ils créent des œufs : leurs projets de business.

Texte : Caroline Chapeaux

 

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